1er décembre : Séropos, on vote pour qui ?

Publié par jfl-seronet le 03.12.2016
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Initiative1er décembre 2016

Près de six cents participant-e-s ont défilé à Paris lors de la traditionnelle marche du 1er décembre ; la dernière de l’unique quinquennat de François Hollande. Seronet y était.

Des barrières et encore des barrières, des uniformes et encore des uniformes, le froid, la nuit, un unique point de contrôle policier largement insuffisant, des files d’attente que les gendarmes interrompent et déplacent par deux fois… C’était ça le comité d’accueil et l’ambiance au début de la marche du 1er décembre à Paris. Bon, marche, il y a finalement eu car la menace d’un simple rassemblement a tenu jusqu’à la veille du 1er décembre. La préfecture de police n’était manifestement pas favorable à une marche publique… au prétexte de la sécurité. Et comme nous vivons désormais en état d’urgence permanent… les interdictions de défilés sont plus faciles à imposer. Le 29 novembre, les organisateurs étaient d’ailleurs montés au front pour dénoncer cette mauvaise volonté politique. Des blocages administratifs que les Sœurs de la perpétuelle indulgence du couvent de Paname ont dénoncé devant les quelque six cents manifestant-e-s réunis : "Ras le bol qu’on nous prenne pour des cons ! L’année dernière, nous étions cent cons coincés place Baudoyer sous un énorme sapin de Noël bleu blanc rouge… Et cette année, nous avons failli ne pas marcher". De fait, cette année encore, il n’a pas été possible d’avoir une manifestation classique puisque le parcours demandé par les organisateurs a été réduit de moitié par la préfecture de police. Une sanction que n’a pas connue le dernier défilé en date de la Manif pour tous comme l’a signalé une des Sœurs.

Entre critiques d’aujourd’hui et craintes pour demain

Cette édition 2016 de la marche du 1er décembre s’est placée sous le sceau de la critique (la majorité socialiste en a pris pour son grade) et des craintes pour l’avenir… Il faut reconnaître que le contexte, largement né de la primaire de la droite et du centre, suscite bien des inquiétudes. Il y a eu la radicalité de certaines mesures programmatiques (fin de l’AME, etc.), le soutien de la Manif pour tous et de Sens commun (deux mouvements homophobes) à François Fillon, une remise en cause à peine voilée de l’IVG, la censure de la dernière campagne de prévention du sida de Santé publique France, etc. Comme l’a dit un des orateurs avant la marche, la campagne présidentielle de 2017 démarre mal. Si les inquiétudes sont vives, les critiques sur le quinquennat Hollande ont été raides. C’était d’ailleurs étonnant de les entendre énoncées en tribune, alors qu’en parallèle le chef de l’Etat allait annoncer quelques instants plus tard qu’il ne serait le président que d’un unique mandat. Pas sur que si cette nouvelle avait été connue au moment des prises de parole associatives (vers 18h30) elle aurait fait verser une larme aux participant-e-s. Car la gauche aux mannettes a reçu sa claque. Les trois premiers intervenant-e-s, dont Mikaël Zenouda, président d’Act Up-Paris, ont lu le texte d’appel de la Marche. Un texte signé par de très nombreuses structures qui rappelle que l’épidémie de sida et d’hépatites virales est "une épidémie politique" qui nécessite des "luttes politiques". Un texte qui fait le bilan d’un quinquennat, dont la société civile (VIH et droits LGBTI) estime qu’il a été marqué d’une part "par des décisions iniques (pénalisation des clients des travailleuses et travailleurs du sexe, expulsion de malades étrangers, PMA abandonnée, coupes dans les financements internationaux, fixation des prix des médicaments, etc.)". Et d’autre part par des revendications des associations "imparfaitement satisfaites" ou qui le sont "trop tardivement" comme les autotests de dépistage du VIH trop chers, les salles de consommation à moindre risque expérimentées tardivement et uniquement adossées à des hôpitaux, la réforme des centres de dépistage sans budget supplémentaire, celle des minima sociaux aux conséquences bien incertaines, la campagne d’affichage de prévention ciblée acquise au forceps, etc."

Un bilan de la gauche au pouvoir médiocre voire mauvais

Bref, le bilan est plus que mitigé voire médiocre et assurément mauvais sur certains points. La marche 2016 a donc permis de faire, déjà, le bilan et de mobiliser pour 2017. Car, la campagne pour la primaire de la droite et du centre n’annonce pas des lendemains qui chantent. "Nous qui manifestons le 1er décembre sommes une communauté politique qui refuse de considérer sous un jour comparable les menaces encore plus grandes qui nous guettent si des forces politiques de droite extrême ou d’extrême-droite viennent à bénéficier d’une majorité gouvernementale, complétant la majorité sénatoriale et les majorités de bon nombre d’exécutifs locaux, lesquelles fournissent autant d’exemples des conséquences à attendre d’une telle alternance", a ainsi expliqué un des orateurs. Et de citer les "menaces sur l’Aide médicale d’Etat, sur l’IVG, le racisme, l’antisémitisme, l’islamophobie, le sexisme, l’homophobie, la lesbophobie, la biphobie, la transphobie, le démantèlement des solidarités, la casse de l’hôpital, le renforcement des pouvoirs répressifs de la police" qui pourraient alors être "généralisés". Bien sûr, les militant-e-s qui sont intervenues ont  affiché une certaine pugnacité sur le mode "Nous sommes une communauté politique qui ne se rendra pas", mais on a bien senti que les perspectives d’une éventuelle alternance à droite étaient craintes parce qu’elles pourraient avoir pour effets : "une recrudescence des contaminations par le VIH ; de nouvelles dégradations de la prise en charge des personnes vivant avec le VIH, qui peuvent avoir pour conséquence une recrudescence de cas de sida, voire une augmentation du nombre de décès liés au sida". "Nous protéger, c’est protéger tous les publics les plus vulnérables et exposés au risque de contamination, et en particulier les plus précaires d’entre nous", ont indiqué certains orateurs.

Entre émotion et revendications

Présidente de Acceptess-T, Giovanna Rincon a rappelé dans une intervention émouvante que quatre personnes trans, proches de l’association, étaient décédées des suites du sida cette année. "Brenda, notre amie, nous manque ce soir… Elle n’est pas derrière notre banderole", a-t-elle expliqué. "Ces quatre personnes disparues étaient des femmes trans migrantes, travailleuses du sexe. Elles ont connu un parcours difficile, lourd", a-telle mentionné. Pour la militante trans qu’elle est, il est nécessaire de rappeler que les femmes trans sont invisibilisées, qu’elles sont les plus défavorisées, parmi les plus exposées au VIH a fortiori lorsqu’elles sont travailleuses du sexe et tout spécialement à la suite de l’adoption de la loi de pénalisation du client par la gauche. "Je compte sur vous pour que nous continuions à militer ensemble. Les femmes trans doivent être défendues comme tous les autres", a-t-elle conclu.

Des critiques contre la loi sur la prostitution, Thierry Schaffauser, coordinateur national de Droits et Prostitution et membre du Strass (syndicat national du travail du sexe) n’en a pas été avare non plus. Travailleur du sexe et militant de la lutte contre le sida depuis 15 ans, il a critiqué l’actuelle majorité à la fois sur le plan national et sur le plan local. Il a ainsi sévèrement attaqué la maire de Paris Anne Hidalgo, dénonçant un double discours qu’elle tiendrait sur le VIH. D’un côté, elle se présenterait comme volontariste en matière de lutte contre le sida. De l’autre, elle conduirait une politique municipale qui permettrait"la chasse aux putes dans paris", favorisant le "harcèlement policier" contre les travailleuses et travailleurs du sexe. "Anne Hidalgo n’est pas une alliée, c’est une complice", a-t-il affirmé. Dans un récent communiqué, le Collectif droits et prostitution rappelait que depuis le vote de la loi anti-prostitution du 16 avril 2016, il constatait "une précarisation accrue, des déplacements induits par la pénalisation, un pouvoir croissant des clients au détriment des travailleuses et travailleurs du sexe dans la négociation des pratiques, de l’utilisation du préservatif, des tarifs". "Nous recueillons des témoignages sur un moindre usage du préservatif, et une augmentation des violences", indiquait le Collectif, ce que son coordinateur n’a pas manqué de rappeler place de l’Hôtel de Ville.

Administratrice de AIDES, présidente de la région Ile-de-France de l’association, Camille Spire est intervenue pour parler des malades étrangers et pointer les dérives des préfectures qui reconduisent à la frontière des personnes vivant avec le VIH ou une hépatite virale chronique. Elle a également rappelé que les personnes consommatrices de drogues étaient aussi des oubliées de la prévention, tout spécialement celles en détention. "La dernière loi de santé, entrée en vigueur en janvier dernier, permet les programmes d’échanges de seringues en prisons, mais le décret relatif à l’application de la politique de réduction des risques en milieu carcéral n’est toujours pas signé. Les débats ont lieu, le cadre législatif existe et il ne se passe rien", a-t-elle dénoncé.

Un double deuil ?

Dernière marche du 1er décembre du premier et dernier quinquennat de François Hollande, cette édition 2016 avait, entre amertume, désillusion et colère, des allures de deuil : le deuil de certaines promesses de la gauche au pouvoir, le deuil d’un avenir souriant aux revendications de la lutte contre le sida et les hépatites virales et à celles des LGBTI. "Vous êtes importants… vous êtes IMPORTANTS, VOUS ETES IMPORTANTS", s’époumonait une des Sœurs de la perpétuelle indulgence avant de lâcher : "La folitude vaincra !" Reste à croiser les doigts.

Plus d’infos sur le manifeste contre la pénalisation des prostituées et de leurs clients.