20 millions de personnes séropositives sont sous traitement

Publié par Mathieu Brancourt le 30.07.2017
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Mondeépidémiologie VIH

L’agence des Nations Unies contre le sida (Onusida) a publié le 20 juillet les dernières données sur l’épidémie de VIH dans le monde. Atteignant un nouveau pic, le nombre de personnes vivant avec le VIH ayant accès à un traitement atteint 53 %. Malgré quelques autres progrès, la route reste longue vers un horizon sans sida. Pire, la lutte stagne, voire accuse de nets reculs en Europe de l’Est et en Asie Centrale.

Plus de la moitié des personnes séropositives au VIH dans le monde sont sous traitement, d’après les dernières estimations de l’Onusida. L’Agence a publié, jeudi 20 juillet, son nouveau rapport, pour l’année 2016, qui vient faire un point d’étape sur les progrès accomplis vers les objectifs 90-90-90 (1), cibles indispensables pour mettre fin à l’épidémie en tant que menace mondiale de santé publique.

En 2016, sur les 36,7 millions de personnes vivant avec le VIH, 19,5 millions ont accès aux antirétroviraux, indispensables à leur survie. Les décès liés à un stade sida ont baissé de 47 % entre 2005 et 2016. "Nous avons atteint l’objectif 2015 de 15 millions de personnes sous traitement et nous sommes en train de doubler ce chiffre, pour arriver à 30 millions et atteindre l’objectif 2020", explique Michel Sidibé, directeur exécutif de l’Onusida. A quelques jours de la Conférence mondiale "HIV Science" de Paris, il est venu présenter ces résultats devant la presse, en compagnie de la maire de Paris, Anne Hidalgo. Ces progrès salutaires sont particulièrement notables en Afrique de l’Est et centrale, la zone la plus touchée par le sida et dans laquelle la moitié des personnes séropositives au VIH vivent. Là-bas, les nouveaux cas ont chuté de 29 % et de 56 % chez les enfants depuis 2010. Malgré toutes ces victoires, des progrès restent à faire et les obstacles demeurent nombreux.

Pour atteindre les fameux 90-90-90, du travail reste à faire. Si sept pays ont d’ores et déjà atteint cet objectif (Botswana, Cambodge, Danemark, Islande, Suède, Singapour, Royaume-Uni et Irlande du Nord) et que d'autres s’en approchent, le chemin reste immense. Déjà, le nombre de nouvelles infections annuelles baisse, mais pas assez vite. En six ans, elles ont diminué de 16 %, passant de 2,1 millions à 1,6 million. A ce rythme, les objectifs ne seront pas atteints et l’Onusida demande une intensification du dépistage et de l’accès à la prévention. Et cela touche particulièrement les populations clés, celles les plus exposées au risque d’infection.

En dehors de l’Afrique sub-saharienne, les membres de ces populations et leurs partenaires représentaient 80 % des nouvelles contaminations en 2015. Et même en Afrique, 25 % des nouveaux cas concernent des travailleuses du sexe, des hommes gays ou les personnes usagères de drogues, groupes très vulnérables. Les jeunes, et notamment les jeunes filles vivant en Afrique Sub-saharienne ont encore trop peu accès à la prévention ou au dépistage. Les nouvelles infections sont 44 % plus élevées chez elles que pour les jeunes garçons. "Cela se joue par l'éducation et l'accès à l'école mais aussi par la lutte contre les mariages forcés. Il faut protéger ces jeunes filles" a insisté le directeur exécutif de l’Onusida. Enfin, l’accès aux traitements pour les enfants nés séropositifs demeure bien insuffisant. "La situation d'Afrique Centrale et de l'Ouest, avec le manque d'accès aux traitements est révoltante. Des enfants naissent encore avec le virus et nous n'avons pas d'ARV pour eux", s’est ému, à juste titre, Michel Sidibé. Un rapport de Médecins sans frontières, publié en 2016 à la Conférence mondiale de Durban, révélait que seul un enfant sur dix avait accès aux antirétroviraux en Afrique de l’Ouest, parent pauvre de la réponse à l’épidémie en Afrique. Mais d’autres zones concentrent l’inquiétude de l’Onusida et des organisations de lutte contre l’épidémie.

Il y a des (petits) progrès partout, sauf en Europe de l’Est et en Asie centrale. Ces deux régions sont les seules à avoir vu le nombre de décès liés au sida augmenter, respectivement de 48 % et 38 %. "En Russie, c'est 75 % d'augmentation des infections en dix ans. Et notamment chez les groupes les plus discriminés", indique Michel Sidibé, soucieux d’une situation dont les ressorts politiques sont complexes. Les minorités y sont notamment beaucoup plus discriminées qu’à l’ouest. "Il faut réussir à protéger les gays, les usagers de drogues et les travailleuses du sexe partout et surtout là bas", insiste-t-il encore. Au-delà des contextes répressifs qui nuisent à la prévention, l’Onusida note également la stagnation des ressources allouées à la lutte contre la pandémie. A la fin de 2016, 19 milliards de dollar étaient consacrés au VIH pour les pays à revenu faible ou intermédiaire. Mais 57 % de cette somme est pourvue par les pays eux-mêmes… Les pays riches, eux, se désengagent de plus en plus. Une enquête conjointe de la Fondation Kaiser et de l’Onusida rendue publique l’année dernière montrait une baisse de 6 % des financements internationaux contre le sida en 2015. Vendredi 21 juillet, deux jours avant le début officiel de Conférence de Paris, la Fondation Kaiser a publié les résultats pour 2016 : nouvelle baisse de 7 %, avec le plus bas niveau de financement depuis 2010. Pourtant, comme l’indiquait Michel Sidibé, c’est plus qu’il faut, pas moins ! Pour atteindre la réponse mondiale suffisante pour éradiquer le VIH/sida en 2030, tel que des pays comme la France et les Etats-Unis s’y sont engagés, il manque sept milliards de dollars par an. Plus que jamais, le sida reste une maladie politique et 17 millions de personnes attendent toujours, en 2017 ou 20 ans après l’arrivée des trithérapies, d’avoir accès à un traitement.

(1) : A l’horizon 2020, 90 % des personnes vivant avec le VIH connaissent leur statut sérologique. A l’horizon 2020, 90 % de toutes les personnes infectées par le VIH dépistées reçoivent un traitement anti rétroviral durable. A l’horizon 2020, 90 % des personnes recevant un traitement antirétroviral ont une charge virale durablement supprimée, selon la définition de l’Onusida.