2022 : mieux vivre avec le VIH ! (5/5)

Publié par Rédacteur-seronet le 01.04.2022
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Politique

À l’occasion des élections présidentielle et législatives 2022, AIDES mène campagne sur ses revendications concernant la lutte contre le VIH/sida et les hépatites virales et le soutien aux personnes qui vivent avec ou qui y sont plus particulièrement exposées. En amont des votes, Seronet y revient dans une série d’articles. Aujourd’hui, comment mieux vivre avec le VIH, demain ?

Mieux vivre avec le VIH

En 2016, l’Assemblée générale des Nations-Unies adopte un objectif de fin de l’épidémie du VIH pour 2030, le « 90-90-90 ». Il s’agit d’assurer que 90 % des personnes vivant avec le VIH connaissent leur statut sérologique, que 90 % des personnes diagnostiquées soient sous traitement antirétroviral et que 90 % des personnes sous traitement aient une charge virale indétectable. En 2017, la France déclare aller plus loin en intégrant à sa stratégie nationale de santé sexuelle 2017-2030 un objectif rehaussé : 95-95-95. Ces objectifs reposent sur la prévention auprès des populations les plus exposées au virus, le dépistage et la mise sous traitement des personnes infectées par le VIH. Ils supposent aussi le maintien des personnes vivant avec le VIH dans un bon état de santé et le plus longtemps possible, ce qui induit un suivi médical de haute qualité, une bonne qualité de vie et la possibilité pour les personnes qui en ont besoin de disposer d’un accompagnement.

Qualité des soins et qualité de vie

La précarité et les discriminations éloignent de la santé, c’est pourquoi la lutte contre le VIH doit combattre les inégalités sociales de santé. Il est nécessaire de garantir aux personnes vivant avec le VIH une qualité de vie, de soins et de santé qui leur permettent de rester en bonne santé le plus longtemps possible. Dans ses revendications pour 2022, AIDES préconise sur ce sujet :

  • la création d’espaces collectifs pour les personnes vieillissant avec le VIH afin d’identifier leurs besoins et les réponses nécessaires, notamment l’accès effectif aux résidences pour personnes âgées ;
  • l’amélioration de la prise en charge multi-pathologies, notamment des cancers et des dépendances, dont le tabagisme ;
  • l’accès à des programmes d’éducation thérapeutique du-de la patient-e à toute personne vivant avec le VIH ou une hépatite en ayant besoin, et leur construction en lien avec les personnes concernées dans le cadre d’une démarche communautaire en santé ;
  • la généralisation de la dispensation trimestrielle des médicaments pour les maladies chroniques, dont les antirétroviraux, dans le cadre de l’infection à VIH ;
  • la réitération programmée d’une étude nationale sur la qualité de vie des PVVIH ;
  • le déploiement d’une campagne nationale de communication rappelant le principe « Indétectable = Intransmissible » : lorsque le virus est contrôlé par les traitements et indétectable dans le sang, il n’y a aucun risque de transmission.

 

Lutter contre la sérophobie

Malgré les progrès thérapeutiques et scientifiques, les discriminations contre les personnes séropositives persistent. Lutter contre les préjugés et l’ignorance vis-à-vis de la réalité du VIH est indispensable pour mettre fin aux comportements de défiance et d’exclusion sur lesquels reposent les discriminations sérophobes. Le droit et les pratiques doivent évoluer : les restrictions qui persistent dans l’accès à l’assurance-emprunteur constituent une forme de discrimination, tout comme l’interdiction d’accès à certains emplois. Quant aux plaintes, puis procédures judiciaires engagées pour « transmission du VIH », elles reproduisent des repré­sentations datées des risques de transmission et entretiennent les discriminations associées à l’infection à VIH. Le VIH se nourrit de la stigmatisation, de la répression et des discriminations. Elles constituent l’obstacle majeur au dépistage, à l’accès et au suivi du traitement, mais également à la dicibilité du statut sérologique à l’entourage, notamment aux partenaires. Contre les discriminations sérophobes, les recommandations sont :

  • l’accès aux contrats d’assurance-emprunteur et d’assurance prévoyance pour les personnes séropositives au VIH avec une couverture effective des risques, sans surprime et sans considération des antécédents médicaux ;
  • l’abrogation des interdictions professionnelles de principe appliquées aux personnes vivant avec le VIH, afin de prohiber toute forme de discrimination en raison de l’état de santé. Cela passe par la modification du référentiel Sigycop déterminant l’aptitude physique et médicale pour intégrer notamment les forces armées : la cotation actuelle empêche les personnes séropositives d’accéder à ce type de métiers ;
  • des politiques publiques pour agir contre les représentations datées de la police et de la justice envers les personnes séropositives ; dans le cadre de procédures civiles ou pénales pour transmission du VIH, il est nécessaire d’agir contre les pratiques qui entretiennent la stigmatisation et les discriminations véhiculées par la police et la justice ;
  • un cadre légal permettant de lutter efficacement contre les refus de soins sérophobes, mais aussi : renforcer la formation-sensibilisation des professionnels-les de santé ; soutenir les dispositifs de médiation en santé entre les professionnels-les de santé et les populations qui rencontrent des difficultés à accéder aux soins et à la santé ; améliorer la capacité des personnes concernées à faire valoir leurs droits au travers de procédures de contentieux et de sanctions renforcées.

 

Défendre un système de santé équitable et pérenne

Évidemment, tout cela ne peut s’inscrire que dans un « système » soutenable financièrement, équitable et assuré sur le long terme. Autrement dit, l’enjeu est de « mettre en place une politique de santé publique qui soit transparente, efficace, ambitieuse et partout sur le territoire national ». La crise sanitaire liée à la Covid-19 a montré l’impor­tance et l’urgence de disposer d’un système de santé fort et solidaire. En tant qu’association représentant les malades et les usagers-es du système de santé, AIDES défend le droit à une prise en charge médi­cale de qualité. L’association regrette « que l’hôpital, seul lieu de soin accessible tous les jours et à toute heure, ne cesse de se dégrader du fait de politiques finan­cières d’austérité ». C’est pourtant souvent le premier lieu d’accès aux soins identifié par les populations les plus vulnérables. La logique budgétaire prend le pas sur la qualité des soins, au détriment de l’intérêt des patients-es qui subissent des prises en charge dégradées, mises en œuvre par des personnels de santé aux conditions de travail détériorées. La fermeture de lieux de soins, les disparités territoriales et le manque de professionnels-les alimentent les inégalités d’accès aux soins et à la santé. Le système public de santé doit être doté des moyens financiers et humains suffisants pour pouvoir accom­pagner les populations, notamment les plus vulnérables. Pour ce faire, il faut :

  • doter l’hôpital public de moyens financiers et humains permettant d’accompagner efficacement les populations vulnérables et plus largement, de refondre son organisation et son modèle de financement ;
  • garantir un accès de qualité aux soins et à la santé en proximité sur l’ensemble du territoire, avec une prise en charge de la santé mentale, sans reste à charge pour les plus vulnérables ;
  • renforcer le maillage et les moyens mis à disposition dans les territoires d’Outre-mer pour l’accès à la santé : transports, centres de santé, équipes mobiles, etc.
  • assurer une répartition territoriale des professionnels-les de santé pour répondre aux besoins des populations ;
  • augmenter la reconnaissance et le soutien financier des actions de médiation en santé et faciliter le recours à l’interprétariat professionnel ;
  • renforcer les moyens alloués aux actions « d’aller-vers » les populations les plus éloignées du soin pour réduire les inégalités sociales et territoriales de santé ;
  • associer les représentants-es des usagers-es, notamment en période de crise, en leur donnant toutes les informations utiles pour améliorer la qualité des prises en charge, et assurer le respect des droits des patients-es.