2022 : quelle place pour les LGBT+ ?

Publié par Fred Lebreton le 30.03.2022
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PolitiqueLGBTPrésidentielle 2022

Lundi 21 mars 2022, La Bellevilloise, une salle parisienne du 20e arrondissement. L’Inter-LGBT (Interassociative lesbienne, gaie, bi et trans) et l’AJL (Association des journalistes lesbiennes, gays, bis-es, trans et intersexes) organisaient un débat public avec les représentants-es des principaux-les candidats-es à l’élection présidentielle (à l’exception de l’extrême droite) sur les questions liées aux droits et à la santé des personnes LGBT+. Seronet était présent.

Ont répondu présents-es la députée Danièle Obono (pour Jean-Luc Mélenchon, La France Insoumise), l’adjoint à la maire de Paris Jean-Luc Romero-Michel (pour Anne Hidalgo, PS), la sénatrice Mélanie Vogel (pour Yannick Jadot, Europe Écologie Les Verts), la conseillère de Paris Barbara Gomes (pour Fabien Roussel, PCF), Tiphaine Morier (pour Philippe Poutou, NPA) et la députée Bérangère Couillard (pour Emmanuel Macron, La République en marche). En introduction, l’Inter LGBT a souligné l’absence remarquée d’un-e représentant-e de Valérie Pécresse, la candidate LR : « Vous remarquerez qu'il n'y a pas tous les candidats, nous regrettons l'absence de LR qui n'a pas répondu, et nous avons décidé de ne pas inviter l'extrême droite car ils nient nos existences et appellent à la violence contre nos communautés ».

Sur 2h30 de débat, très peu de désaccords entre les représentants-es de chaque candidat-e sauf Bérangère Couillard (LREM) qui, faute de propositions concrètes sur les questions LGBT+, a préféré défendre le bilan du Président-candidat Macron rappelant à plusieurs reprises l’ouverture de la PMA à (presque) toutes les femmes (puisque les personnes trans sont exclues). Petit tour d’horizon des moments forts de ce débat.

Changement d’état civil simple et gratuit

À la question : « Supprimerez-vous la mention de genre sur l'état civil ? », réponse quasi unanime des représentants-es des candidats-es : Oui ! Pour Mélanie Vogel (EELV), « ce n'est pas à un juge de décider qui on est. Les personnes trans et intersexes sont toujours les dernières roues du carrosse, on les fait toujours passer en dernier. Bien sûr qu'il faut déjudiciariser, c'est absurde de devoir prouver qui on est à un juge ». Même son de cloche du côté de Danièle Obono (LFI) : « Nous sommes pour la suppression de la mention de genre, et nous avons même proposé des amendements dans ce sens. C’est une question d’égalité. Nous proposons également le remboursement des parcours de transition, ainsi que la PMA ouverte aux personnes trans ». Plus réservée sur cette question, Bérangère Couillard (LREM) a déclaré : « Il n'est pas prévu de revoir le passage devant le juge pour le changement d'état civil ». Quid de l’ouverture de la PMA aux personnes trans ? « J’espère que nous avancerons sur ce sujet, c’est une anomalie », a concédé la porte-parole du candidat Macron.

La mutilation des enfants intersexes

Le chiffre fait froid dans le dos : 96 % des enfants intersexes sont encore mutilés-es et opérés-es de force en France, d’après l’Inter-LGBT. Sur ce sujet, l’ensemble des candidats-es de gauche sont unanimes pour faire interdire ces pratiques. « Oui, nous allons l'interdire, et nous pensons opérer une réparation à hauteur des préjudices subis. Aussi former le personnel soignant pour une meilleure prise en charge dans le milieu médical notamment », a déclaré Tiphaine Morier (NPA). Même réponse pour Jean-Luc Roméro-Michel (PS) : « La lutte pour obtenir son dossier médical est évidente. Et bien sûr, nous sommes pour l'interdiction des mutilations et une réparation pour les personnes trans qui ont dû subir des mutilations ». Sur cette question, Bérangère Couillard (LREM) se veut plus nuancée : « C'est un sujet sensible. Les professionnels ne sont pas unanimes, donc ça n'a pas été facile. Nous avons discuté avec l'Ordre des médecins, il y a beaucoup de progrès à faire sur ce sujet. Nous irons plus loin sur ce sujet les prochaines années, mais il n’est pas facile d’un seul coup de tout interdire, il faut un débat approfondi ». Réponse de Mélanie Vogel (EELV) : « Il n'y a pas de mutilations appropriées. C'est inacceptable. C'est bien trop tôt pour que l'enfant puisse donner son consentement. Il faut absolument les interdire, reconnaître le préjudice subi, et former le personnel de santé ».

Une France sans sida ?

Au sujet de la santé des personnes LGBT+ et en particulier de la lutte contre le VIH/sida. Les représentants-es des candidats-es sont tous-tes d’accord sur un point : la fin de l’épidémie est une question de moyens financiers et de volonté politique. Jean-Luc Roméro-Michel (PS) : « On pourrait totalement vaincre le sida, mais les moyens ne sont pas là, et notre politique internationale ne suit pas. Nous devons mettre l'argent pour lutter correctement contre ça. On peut être une France sans sida, si on arrive à dépister et traiter tout le monde d’ici 2030 et c'est l'objectif d'Anne Hidalgo ». De son côté, Danièle Obono (LFI) souligne l’importance d’une souveraineté sur la production de médicaments : « Nous voulons construire un pôle public dans ce sens et être à l'avant-garde internationale en termes de distributions de traitements ». Bérangère Couillard (LREM) rappelle que c’est sous la mandature actuelle que la primo prescription de la Prep a été ouverte aux médecins de ville, mais elle ne donne pas de propositions concrètes du Président-candidat Macron pour mettre fin à l’épidémie de VIH. Mélanie Vogel (EELV) est la seule représentante à rappeler qu’il faut aussi améliorer la vie des personnes vivant avec le VIH et arrêter l'expulsion des étrangers-ères malades. Enfin, Tiphaine Morier (NPA) rappelle que le sida touche la communauté LGBT+ de façon disproportionnée et se prononce pour la levée des brevets sur tous les vaccins et médicaments. « Il faut arrêter de fermer des hôpitaux, d'enlever des lits, dépister partout y compris en prison, former les soignant-e-s et ne pas attaquer en justice les associations de terrain ». Une dernière remarque qui vise clairement le PCF avec l’affaire qui concerne Marc-Antoine Bartoli, ancien président d'Act Up-Paris poursuivi en diffamation par l'adjointe PCF à la mairie de Paris, Hélène Bidard.

Accueil des réfugiés-es LGBT+

Les associations ont pu poser quelques questions dans la dernière partie du débat. L’Ardhis (Association pour la reconnaissance des droits des personnes homosexuelles et trans à l’immigration et au séjour) : « Dans beaucoup de pays dans le monde, il est dangereux d'être LGBTI. On constate un mauvais accueil des réfugiés-es, souvent privés-es de l'allocation dont ils-elles ont besoin pour vivre. Pour les personnes LGBTI, elles subissent des violences allant jusqu'au retrait de leur droit de séjour. Que comptez-vous faire pour cela ? » Bérangère Couillard (LREM) s’est contentée d’un « toute personne LGBTI étrangère devra être protégée par la France ». Pour Mélanie Vogel (EELV), il faut aller au-delà : « Supprimons la liste des pays sûrs. Aussi, il faut croire les personnes LGBTI étrangères quand elles disent qu'elles sont LGBTI. C’est le principe d'auto-détermination, et il faut protéger les personnes LGBTI des violences lors de leur accueil ». De son côté, Danièle Obono (LFI) a affirmé que « ce manque d'accueil est un choix politique ». La représentante de Jean-Luc Mélenchon a prôné pour  une régularisation facilitée pour protéger les réfugiés-es : « Le droit d'asile ne doit pas être bafoué comme cela, et les personnes LGBTI en font aussi les frais, d'autant plus quand elles sont mineures et isolées ».

Travail du sexe : le sujet qui divise

Le Strass (Syndicat du travail sexuel) a posé une question sur un sujet qui divise les candidats-es à la présidentielle, y compris à gauche : « Quand allez-vous travailler avec les organisations concernées par les TDS, pour la décriminalisation ? » Seule Mélanie Vogel (EELV) a dit clairement : « Nous sommes pour la décriminalisation, car cela précarise les TDS ». Par ailleurs, le candidat Yannick Jadot souhaite également revenir sur la loi de 2016 dite de « pénalisation des clients ». Jean-Luc Roméro-Michel (PS) a admis qu’il était, lui-même, en désaccord avec Anne Hidalgo sur ce sujet : « Personne n'est unanime dans chaque parti. Anne Hidalgo est abolitionniste, mais elle veut trouver un compromis, cette position évolue ». L’adjoint à la Maire de Paris en charge de la lutte contre les discriminations a révélé, à cette occasion, que la maire de Paris a prévu de le nommer avec Anne Souyris (adjointe en charge de la santé publique) à la tête d’une mission « pour trouver à Paris une voie médiane sur la situation des travailleuses du sexe ». Tiphaine Morier (NPA) a déclaré que Philippe Poutou était également pour l'abrogation de la loi de 2016 sur la pénalisation des clients. Même son de cloche pour Danièle Obono (LFI) : « Jean-Luc Mélenchon est abolitionniste, mais nous avons eu des échanges avec les associations concernées et nous ne pouvons que reconnaître l'échec de la loi de 2016 sur tous les points. Nous sommes prêts et disponibles pour travailler à protéger les travailleuses du sexe, leur accès aux droits, à la santé, leur protection contre les violences ». De son côté, Barbara Gomes (PCF) a déclaré qu’il y avait un besoin « urgent » de débat sur ce sujet : « Fabien Roussel est abolitionniste, mais contre la loi de 2016. Il faut réfléchir d'une autre façon sur ces questions-là ». Enfin, une fois de plus, Bérangère Couillard (LREM) s’est démarquée des autres représentants-es : « Emmanuel Macron est abolitionniste et il n’est pas question de revenir sur la loi de 2016 ». Un statu quo donc pour le Président-candidat Macron sur la question des TDS comme sur la plupart des sujets discutés lors de ce débat. Le changement, ce n’est pas pour maintenant…

Pour qui votent les LGBT+ ?
Dans un récent sondage (16 mars) réalisé par l’Ifop pour Têtu, le média révèle les intentions de vote des LGBT+ à l'élection présidentielle 2022. Un sondage qui montre que la montée de l'extrême droite n'épargne pas l'électorat LGBT+, plus dispersé que jamais, malgré les positions répétées de ses candidats-es contre l'ouverture du mariage ou de la PMA. Si Éric Zemmour y bénéficie d'intentions de vote en-dessous de la population générale, il dépasse néanmoins les 10 %. Quant à Marine Le Pen, plus populaire chez les femmes, elle arrive en deuxième position derrière Emmanuel Macron (en tête) et deux points devant Valérie Pécresse. Avec Nicolas Dupont-Aignan, le bloc de l’extrême droite s'établit à 30 % des intentions de vote LGBT+, en progression par rapport à 2017 et 2012. À droite, les intentions de vote sont de 37 % (respectivement 22 % pour Emmanuel Macron et 15 % pour Valérie Pécresse). Le bloc de gauche arrive tout juste à 26 % (10 % pour Jean-Luc Mélenchon, 7 % pour Christiane Taubira [qui est hors course], 5 % pour Yannick Jadot et 4 % pour Anne Hidalgo). À noter que ce sondage a été réalisé avant le retrait de Christiane Taubira et la question reste ouverte sur le report de ses voix. Ce sondage fait partie d’un dossier de 25 pages consacré aux élections présidentielles dans le nouveau numéro de Têtu, actuellement en kiosques.

L’enquête a été menée auprès d’un échantillon de 1 002 personnes LGBT, extrait d’un échantillon national représentatif de 13 046 Français âgés de 18 ans et plus. La représentativité de l’échantillon global a été assurée par la méthode des quotas (sexe, âge, profession de la personne interrogée) après stratification par région et catégorie d'agglomération. Les interviews ont été réalisées par questionnaire auto-administré en ligne du 1er au 18 février 2022.

 

La position des Français-es sur la GPA
Afin d'éclairer le débat sur une éventuelle légalisation de la gestation pour autrui (GPA), l'Ifop a sondé l'état de l'opinion pour l'Association des familles homoparentales (ADFH) et le site d’infos Têtu. Le résultat montre que l'opinion publique est non seulement prête à l'ouverture de ce débat, mais que les Français-es sont largement favorables, à un niveau inédit, à une légalisation de la GPA en France. En effet, 75 % des Français-es se disent favorables à l'autorisation de la GPA aux couples hétérosexuels (+15 points depuis 2014) et 59 % des Français-es se disent favorables à l'autorisation de la GPA aux couples homosexuels (+18 points depuis 2014). Parmi les personnes favorables à l'autorisation de la GPA, 52 % se prononcent pour une GPA dite éthique : « La mère porteuse ne pourrait pas être rémunérée, mais seulement indemnisée des frais liés à la grossesse ». Premières concernées, les femmes sont encore plus favorables à la GPA (66 %) que les hommes (52 %).

L’enquête a été menée auprès d’un échantillon de 1 503 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus; La représentativité de l’échantillon global a été assurée par la méthode des quotas. Les interviews ont été réalisées par questionnaire auto administré en ligne du 10 au 22 février 2022.