8 mars : un succès et des idées !

Publié par jfl-seronet le 14.03.2022
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Initiativedroits des femmes

Succès des manifestations, tribunes, lancements d’initiatives, l’édition 2022 de la Journée internationale des droits des femmes a été le terrain d’une forte mobilisation, sans doute liée au contexte électoral, mais surtout le résultat d’une inégalité de traitement de plus en plus difficilement acceptable.

Une déferlante pour l'égalité

Les collectifs féministes avaient appelé à une « déferlante pour l'égalité » et contre les violences sexistes, à l'occasion de la Journée internationale pour les droits des femmes, le 8 mars. À Paris, les organisateurs-rices attendaient au moins 10 000 participants-es à la manifestation qui a relié la gare du Nord à l'hôpital Tenon, pour « exiger des moyens contre les violences sexistes » et une lutte accrue contre les inégalités. Dans les faits, ce sont près de 35 000 participants-es qui ont défilé.

Des défilés se sont également déroulés dans de nombreuses autres villes de France, à l'appel d'une soixantaine d'associations, de syndicats et collectifs et de partis politiques. À Lille, quelques centaines de personnes ont réclamé « une vraie égalité professionnelle et salariale entre les femmes et les hommes », ou encore « un monde sans violences sexistes et sexuelles ». Place de la République, à Rennes, on pouvait apercevoir des drapeaux ukrainiens parmi les centaines de manifestants-es réunis-es en musique avec des pancartes proclamant « On ne naît pas femme mais on en meurt. » À Bordeaux, environ 600 personnes se sont mobilisées.
Dans cette « grève féministe », les revendications étaient teintées de critiques envers la politique du gouvernement sortant : aux yeux des militantes, le quinquennat Macron représente « cinq ans de perdus » dans la lutte contre les inégalités de genre. « Nous sommes parfaitement conscients qu'il reste beaucoup à faire » sur le sujet de l'égalité entre les femmes et les hommes, avait d’ailleurs convenu, la veille des manifestations, le Premier ministre Jean Castex. Cependant « nous avons progressé, car le sujet, qui a longtemps été mis sous le tapis, est désormais porté sur la place publique », a poursuivi le chef du gouvernement, lors d'une visite aux militantes féministes qui venaient d'achever un tour de France à bord d'un « Train de l'égalité ».

Un sujet de campagne… en manif !

Trois candidats-es de gauche à la présidentielle ont participé à la manifestation parisienne : l'écologiste Yannick Jadot, le communiste Fabien Roussel et la socialiste Anne Hidalgo. Tous-tes trois veulent notamment rétablir un ministère de plein droit des droits des femmes, et renforcé les financements a rappelé l’AFP. « On mettra un milliard d'euros pour sortir de l'impunité dans les violences sexuelles et sexistes », a dit à l'AFP Yannick Jadot, une mesure partagée dans les programmes socialiste, communiste et de la France insoumise. Une délégation de La France insoumise s’était jointe au cortège, menée par la députée (FI) Clémentine Autain. Pour illustrer symboliquement les inégalités persistantes, les collectifs féministes avaient appelé les femmes à débrayer mardi à 15h40, heure à partir de laquelle elles « travaillent gratuitement » chaque jour. En moyenne, les femmes gagnent, en effet, 22,3 % de moins que les hommes dans le secteur privé (hors agriculture), selon des données publiées mardi 8 mars par l'Urssaf. Un tiers de cet écart s'explique par le fait que leur temps de travail global est inférieur, du fait du temps partiel ou des contrats courts : les femmes représentent ainsi 57,4 % des CDD courts, mais 42,5 % des embauches en CDI. De plus, les salariées enceintes ou de retour de congé maternité sont encore trop souvent victimes de discrimination au travail, s'est inquiétée Claire Hédon, la Défenseure des droits (DDD). La DDD a publié lundi 7 mars un « guide juridique » pour rappeler aux femmes que la loi les protège, et qu'elles ne doivent pas renoncer à se plaindre par peur de perdre leur emploi.

Durant cette journée, les militantes ont également dénoncé les « défaillances » des forces de l'ordre dans la prise en charge des victimes de violences. Pendant la manifestation parisienne (8 mars), plusieurs centaines de manifestants-es ont réalisé un « die-in » devant le cimetière du Père Lachaise, pour rendre « femmage » (et non pas hommage) aux victimes de féminicides.

Un pacte d’urgence

Toutes ces doléances et revendications sont reprises dans les propositions de mesures envoyées par des associations féministes aux candidats-es à la présidentielle. Plusieurs organisations, dont la Fondation des femmes et Oxfam, ont présenté, il y a quelques jours, un « pacte d'urgence » de dix mesures qu'elles espèrent voir mises en œuvre dès le début du prochain quinquennat, dont un « Grenelle de l'égalité salariale ». Au travail, dans les relations ou à la maison, le sexisme reste ancré dans le quotidien des Français-es malgré leur volonté croissante de le combattre, a relevé de son côté le Haut conseil à l'égalité femmes-hommes, dans un rapport publié le 7 mars. Parmi les données recueillis, on apprend que six Françaises sur dix disent avoir subi un acte ou des propos sexistes dans la rue et les transports, 46 % des femmes interrogées ont vécu des actes sexistes au travail, et 43 % en sont victimes chez elles, selon les « chiffres alarmants » de ce baromètre.

Propositions des candidats-es à la présidentielle

Harcèlement, violence faites aux femmes, égalité salariale... Huit candidats-es à la présidentielle ont présenté lundi 7 mars leurs propositions pour les femmes, dans une émission « face aux Françaises » de LCI et le magazine Elle. L’événement était proposé la veille de la Journée internationale des droits des femmes. Emmanuel Macron, tout juste candidat, a affirmé, dans une séquence enregistrée en amont pour cause d'actualité ukrainienne, que la « grande cause » de son prochain quinquennat serait « encore » l'égalité femme-homme, parce qu'il y a encore « beaucoup à faire ». Ce que confirme le bilan critique fait par plusieurs associations féministes qui considèrent que l’on a d’ailleurs perdu cinq ans sur la question. Le président sortant a notamment proposé le « triplement du montant de l'amende des délits d'outrages sexistes », « le doublement du nombre d'enquêteurs sur les sujets de violences intra familiales et faites aux femmes » et la « création d'un fichier des auteurs de violences conjugales ».  La candidate d’extrême droite du Rassemblement national Marine Le Pen a dit vouloir que « les harceleurs de rue soient inscrits au fichier des délinquants sexuels ». Elle a aussi souhaité « créer un statut pour les femmes atteintes d'endométriose et une contraception gratuite pour toutes et « pas seulement pour les moins de 25 ans », comme mis en place récemment par le gouvernement. L'écologiste Yannick Jadot veut la possibilité de porter plainte dans les hôpitaux pour les victimes de viols et verbaliser davantage les harceleurs de rue, avec plus de policiers sur le terrain. Il prévoit également d'« inverser la charge de la preuve », en matière d'inégalité salariale, afin que ce soit à l'entreprise de justifier d'éventuelles inégalités salariales.

Mêmes propositions pour la socialiste Anne Hidalgo qui propose aussi un milliard d'euros contre les violences faites aux femmes, notamment pour des lieux d'accueil, et une justice plus rapide, avec des assistantes sociales dans les commissariats pour accueillir leurs plaintes. L'Insoumis Jean-Luc Mélenchon a plaidé pour une police spécialisée dans le cyber-harcèlement. Il a aussi souhaité « davantage de référents dans les transports » et « davantage d'éducation » vis-à-vis des garçons. Il a aussi rappelé qu'il proposait une prime de 10 % pour les femmes dans les entreprises qui ne respectent pas la loi sur l'égalité. La candidate LR Valérie Pécresse veut étendre la distribution gratuite des protections périodiques dans tous les Crous et taxer ces produits à 2,5 % comme « des biens de première nécessité ». Elle veut aussi « interdire le port du voile forcé pour les petites filles dans la rue, sanctionné par une amende ».  Eric Zemmour a lui défendu comme « mesure fondamentale » sa proposition de revitaliser les zones rurales avec une prime de naissance de « 10 000 euros ». Il a aussi jugé que « c'était essentiellement parce que les femmes ne choisissent pas les mêmes métiers qu'il y a des différences de salaires entre les hommes et les femmes ».  Le communiste Fabien Roussel veut lui mettre en place l'égalité salariale « en un an » et nommera « des administrateurs judiciaires à la tête des entreprises qui le refusent ».

Femmes et médias

Les femmes n’ont jamais été aussi présentes à la télévision et à la radio que l’an dernier, mais cela ne veut pas dire qu’on les entend beaucoup plus, selon un rapport annuel de l’Arcom (ex-CSA). Publié mardi 8 mars lors de la Journée internationale des droits des femmes, ce rapport montre que la proportion de femmes à la télévision et à la radio (présentatrices, journalistes, expertes ou intervenantes) a été de 43 % en 2021 (+2 points par rapport à 2020). C’est le plus haut niveau depuis 2016, année où cette évaluation a commencé. Pour autant, leur temps de parole (36 %, +1) reste nettement inférieur à leur temps de présence, selon les mesures réalisées par l’Ina (Institut national de l’audiovisuel) pour ce rapport. Le taux de présence de 43 % « prouve que les efforts collectifs ont été payants », a commenté Carole Bienaimé Besse, membre du CSA, citée par l’AFP. « C’est encourageant, car on est dans une dynamique », a-t-elle indiqué. En revanche, le temps de parole des femmes est « clairement une chose sur laquelle il faut travailler », a-t-elle poursuivi. « On ne distribue pas la parole de la même manière en plateau, on interrompt plus souvent les femmes. En outre, il y a des femmes qui ont du mal à s’imposer, à venir en plateau, à ne pas s’autocensurer, à ne pas se laisser couper la parole », a-t-elle expliqué. Les femmes restent plus présentes à la télévision (45 %, +2 points) qu’à la radio. Mais cette dernière tend à rattraper son retard (42 %, +3 points par rapport à 2020). Par catégories, la part des femmes à la télé et à la radio a augmenté chez les journalistes (43 %, +3), les expertes (43 %, +2) et les présentatrices (48 %, +1). En revanche, elle a baissé chez les invitées politiques (30 %, -1). « C’est la catégorie qui compte le moins de femmes pour la cinquième année consécutive », selon l’Arcom. Autre différence, à la télé, la présence des femmes est moins importante sur la tranche stratégique 18h-20h (40 %) que sur l’ensemble de la journée (45 %). À la radio, la « présence importante » des femmes dans les matinales (43 %) « ne se traduit pas encore par un temps de parole plus important (35 %) ».

Réactions de la société civile

Dans un communiqué, Actions Traitements a rappelé son « engagement aux côtés de toutes les femmes vivant avec le VIH et/ou une hépatite virale, y compris quand elles sont d’origine étrangère, transgenres, usagères de drogues ou travailleuses du sexe ». « La crise sanitaire liée à la Covid19 a exacerbé les inégalités auxquelles les femmes sont déjà confrontées au quotidien, note l’association. La situation est d’autant plus préoccupante pour les femmes vivant avec le VIH, notamment celles qui cumulent plusieurs vulnérabilités, liées à leur origine, leur activité ou leur identité de genre. À cela s’ajoutent les violences sexistes et sexuelles, qui sont en recrudescence depuis le début de la crise Covid. La lutte contre les discriminations, dont la sérophobie, est au cœur de nos préoccupations. C’est pour répondre à ces enjeux qu’Actions Traitements met en place, depuis sa création en 1991, des outils d’information et programmes d’accompagnement en direction des femmes vivant avec le VIH et/ou une hépatite ». Plusieurs projets ont vu le jour pour accompagner et aider les femmes à devenir actrices de leur santé et de leur prise en charge, notamment des ateliers collectifs tels que « VIH et Allaitement », « Plaisir et VIH », « Jeûne/Ramadan, Covid et VIH » ou encore « Hormonothérapie ». Actions Traitements propose également des consultations gratuites avec une psychologue-sexologue avec qui les femmes séropositives peuvent aborder tous les sujets concernant la vie avec le VIH y compris les violences sexuelles qu’elles ont pu subir dans leur parcours migratoire. Par ailleurs, le programme d’éducation thérapeutique du-de la patient-e (ETP) accueille toutes les femmes vivant avec le VIH et/ou une hépatite qui le souhaitent, dans un cycle d’entretiens individuels afin de répondre à leurs besoins. À noter qu’une brochure sur les discriminations et les refus de soins sera bientôt disponible ; elle est réalisée en partenariat avec des médecins, dentistes et gynécologues.

L’Inter-LGBT n’a pas raté l’événement. Dans un communiqué, intitulé : « 8 mars : non au sexisme, à la lesbophobie, la transmisogynie, la transphobie, la biphobie/panphobie et l’intersexophobie ! Égalité pour tou-te-s ! », l’association rappelait que cette journée est « l’occasion d’exiger l’égalité de droits pour toutes les femmes et minorités de genre ». « Aujourd’hui encore, les femmes et les minorités de genre sont moins payées. Elles sont la cible de violences physiques, sexuelles et symboliques. Elles ne disposent pas des droits qui leur permettraient de construire leur vie et leurs familles en toute autonomie. Nous exigeons la fin des violences cispatriarcales et des droits pour tou-te·s ! », explique l’association. Le collectif demande aussi : « La mise en place de politiques efficaces pour mettre fin aux discriminations des femmes et des minorités de genre, lesbiennes, bies et pan et des personnes trans et intersexes. La liberté de travailler pour les travailleur·se·s du sexe en abandonnant les politiques répressives et en finançant des programmes de santé communautaires œuvrant à la santé et la sécurité des travailleur·se·s du sexe. Nous exigeons un égal accès à la santé physique, mentale, sexuelle et reproductive, et le respect de notre intégrité physique et psychique ! »

Directive européenne contre les violences

Chaque jour, sept femmes meurent dans l’Union européenne, victimes de violences sexistes, le plus souvent de la part de leur partenaire, rappellaient récemment (7 mars), dans une tribune au Monde, les députées européennes Iratxe Garcia Perez et Sylvie Guillaume. « Entre 12 % et 15 % d’entre elles vivent l’enfer au quotidien. Elles ne font pas la « une » des journaux, mais ont besoin d’aide afin de sortir de cette spirale du désespoir : besoin de soutiens psychologique, financier et judiciaire. Depuis des années, les Socialistes & Démocrates réclament ainsi une stratégie européenne contre la violence fondée sur le genre qui comprenne un instrument contraignant », développent les deux parlementaires.  « Nous avions pressé Ursula von der Leyen de rédiger une proposition législative qui aille dans ce sens et, plus de deux ans après, la Commission européenne a enfin annoncé qu’elle présenterait, le 8 mars, une directive visant à prévenir et à combattre les violences faites aux femmes et les violences domestiques. ». La nouvelle directive accordera une attention particulière aux mesures de prévention, de soutien et de protection. Elle devrait aussi obliger les États membres à veiller à ce que la violence exercée par un partenaire intime soit un facteur décisif lors de l’examen des cas de garde. Cette directive constitue un « élément de plus dans une stratégie globale qui nécessite de nombreux autres instruments juridiques, ainsi que d’autres actions coordonnées visant à changer les mentalités, à dénoncer l’injustice et l’anachronisme qui consistent à accorder moins de droits à la moitié de la population mondiale, à gaspiller son talent et à dénigrer sa dignité », soulignent les députées Iratxe Garcia Perez et Sylvie Guillaume.

Une initiative européenne

À l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes, le 8 mars, la députée européenne Chrysoula Zacharopoulou (groupe Renew Europe, La République en marche) a défendu le principe d’un plan d’action pour mieux soigner les femmes. Comme l’explique Le Monde (8 mars), la parlementaire a dressé une lettre à Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, à Stella Kyriakides, commissaire européenne à la santé, et Emer Cooke, directrice exécutive de l’Agence européenne des médicaments (EMA), pour demander la mise en place d’un vrai « plan d’action européen pour la santé des femmes ». Pour l’élue, c’est une « question de santé, bien sûr, mais aussi de droits ». « Hommes et femmes ne sont pas égaux en termes de santé. Les différences sont d’ordre biologique (génétique, hormonal, physiologique…) mais elles sont aussi liées aux comportements (modes de vie, tabac, activité physique…), et à des rôles socialement construits », soulige le quotidien. De fait, sexe et genre interagissent, y compris dans le domaine de la santé. Et Le Monde de citer l’exemple de la recherche médicale, ce que pointent d’ailleurs différents-es acteurs-rices. « Beaucoup de pays européens et nord-américains ont intégré le genre dans leurs programmes de recherche et leurs politiques de santé publique, la France accuse encore un retard dans ce domaine », relève ainsi le Haut Conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes (HCE) dans un rapport remis en 2020. Il en va de même pour la place des femmes dans la recherche, à la fois comme autrices des études et comme participantes des essais.

Comme on le voit, l’édition 2022 de la Journée internationale des droits des femmes a suscité beaucoup de commentaires, d’appels et de lancements d’initiatives ; dont on espère qu’elles se concrétiseront vraiment pour enfin assurer l’égalité complète que toutes et tous méritent.