AFRAVIH 2014 : Alors, le VIH fait-il plus vieillir et plus vite ?

Publié par Vincent Leclercq le 29.04.2014
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ConférencesvillissementAfraVIH 2014

Aïe… me voici assis au milieu d’une assemblée de médecins et chercheurs avec comme mission de tirer quelques informations intéressantes sur le vieillissement prématuré des personnes vivant avec le VIH. Et plus particulièrement de comprendre quelle mouche a piqué les organisateurs de l’AFRAVIH pour poser la question qui me semblait pourtant traitée : le VIH induit-il un vieillissement prématuré ? De nombreuses études font état de la survenue précoce chez les séropositifs des troubles pourtant rencontrés par la population générale lorsqu’elle entre dans l’âge. Alors pourquoi poser cette question…

Vieillissement : de quoi parle-t-on ?

Jacqueline Capeau de l’hôpital Tenon à Paris nous présente un schéma très intéressant de ce qu’on entend par "vieillissement " d’un point de vue médical : une plus grande fragilité, comme une marche ralentie, la sénescence, c’est-à-dire la dégradation lente de l’organisme et enfin les troubles qui surviennent en raison de l’affaiblissement que le vieillissement engendre, ce que l’on appelle les comorbidités associées. Il est désormais admis que les personnes vivant avec le VIH vieillissent plus vite et avec plus d’intensité, par exemple en présentant davantage de troubles cardiovasculaires que la population générale ou une baisse plus rapide des capacités cognitives. En cause ? L’inflammation. Ce processus chimique du corps réagissant à la présence du virus et qui se produit malgré une charge virale indétectable, en raison notamment des virus dormants. Mais l’inflammation n’est pas la seule pointée du doigt : certaines anti-protéases, une classe de traitement antirétroviral agissant directement sur le virus, sont aussi accusées de favoriser un vieillissement prématuré, bien qu’il soit difficile d’isoler l’impact d’un traitement par rapport à un autre, en particulier lorsqu’on en combine plusieurs comme avec les trithérapies.

Ce qui compte : l’histoire personnelle avec le VIH

Quand on lui parle de vieillissement prématuré, Dominique Costagliola, garante de la rigueur scientifique dans la recherche sur le VIH, annonce la couleur : "Je ne suis pas certaine que la séropositivité entraine un vieillissement prématuré. Une personne qui aurait été infectée après 2005, diagnostiquée tôt et dont le traitement marche avec une bonne immunité n’aurait pas de raison de vieillir plus vite que la population générale". Ou bien, formulé autrement, ce qui compte dans le vieillissement prématuré observé chez les personnes séropositives, c’est avant tout l’histoire personnelle avec le virus. A savoir la durée sans traitement ; la quantité des virus dormants ; les épisodes de sida et de maladies opportunistes ou encore à quel point le système immunitaire a pu être dégradé par le passé et le temps qu’il met à se restaurer. Sans compter l’environnement socio-économique, la consommation de tabac et de produits psychoactifs qui ont un impact sans commune mesure sur le taux de mortalité des séropositifs.

Cette analyse souligne donc l’importance d’une prise en charge globale et précoce des personnes vivant avec le VIH. Et de l’intérêt de diversifier toujours plus les opportunités de dépistage tant du VIH, chez les personnes qui ignorent leur statut, que des comorbidités associées dont certaines sont trop souvent oubliées par les professionnels de santé. A l’image de la broncho-pneumopathie chronique obstructive (BPCO), une maladie des bronches figurant parmi les premières causes de mortalité dans le monde et qui toucherait plus d’un quart des séropositifs consommant plus de 20 paquets de cigarettes par an d’après Alain Makinson, du CHU de Montpellier. Et ce alors que près des trois quarts l’ignoreraient, faute de s’être vus proposés un dépistage par leur médecin.

Un manque de recul

Jacqueline Capeau (hôpital Tenon) à qui l’on a confié la tâche de montrer en quoi le VIH induit un vieillissement prématuré confirme la difficulté d’établir un lien direct entre séropositivité et vieillissement : la population des séropositifs de 50 ans et plus que l’on suit aujourd’hui a un lourd passé avec le VIH. Si l’on assiste à des troubles du vieillissement plus fréquents chez les personnes vivant avec le VIH, ce que l’on observe en termes de maladies cardiovasculaires, d’ostéoporose, de diabète ou encore de baisse des capacités cognitives sont les conséquences d’une longue vie avec le virus et notamment à une époque où il n’existait pas de traitement. Ou lorsque les traitements délivrés présentaient un haut niveau de toxicité avec un impact élevé sur le métabolisme de la personne, comme les lypodistrophies. Mais elle souligne pour autant qu’il ne faut pas sous-estimer le risque chez les personnes dépistées tôt et bien suivies qui auront été exposées pendant plusieurs décennies aux molécules actuelles, sur lesquelles nous n’avons pas assez de recul aujourd’hui pour juger de l’impact au long cours. Et Jacqueline Capeau de plaider en faveur, autant que possible, des allègements de traitement. Faire de "l’écologie thérapeutique" comme le dit si bien Christine Katlama de la Pitié-Salpêtrière pour, à efficacité égale du traitement antirétroviral, limiter l’exposition à des molécules ayant une toxicité avérée ou méconnue sur le long terme.

En conclusion ?

Le meilleur moyen de prévenir du vieillissement prématuré des personnes vivant avec le VIH reste donc le diagnostic précoce de la séropositivité, tout autant que des comorbidités associées. Ce qui implique une prise en charge de qualité et dans la durée alors qu’en France à peine plus d’un séropositif sur deux a une charge virale indétectable (et la France s’en sort plutôt bien comparée au reste du monde). L’impact direct du VIH et des traitements sur le corps doivent faire l’objet d’une attention particulière des professionnels de santé et de beaucoup d’anticipation. Si des allègements thérapeutiques sont envisageables et doivent être abordés par les médecins avec leurs patients pour limiter l’exposition à des molécules toxiques, tout un champ de recherche existe aussi sur les traitements visant à contrôler l’inflammation chronique chez les séropositifs, même traités, et qui fatigue l’organisme sur le long terme. Une affaire à suivre !

Commentaires

Portrait de vénus

"tu as quel âge ?" voilà une question que j'entends beaucoupde fois,,à laquelle je ne donne pas suite car ça n'a rien à voir pour moi  pour parler de tout et de rien.

 et si c'est à eux de me donner approximativement un âge je vous jure ,ils me donne plus de la moitié inférieure de mon âge ,j'en rigole et passe et pourtant ça fait 8 ans que je suis sous tri ,rien à changé sur ma phorphologie ,je connais pas encore les effets secondaires ..

 merci ,cela se passe dans nos craintes et de trop tenir compte de toutes les conséquences pouvant advenir mais qui ne sont pas générales!!

 merci

Portrait de guerinandre

Dépisté en 1986 et vraisemblablement contaminé en 1983, à l'époque de la folie toxicomane ou les seringues n'étaient pas encore en vente libre en France, contairement à certain pays précurseurs en addictologie. j'ai vue de nombreux amis partir, jeunes et dans la souffrance et la détresse. j'ai vue des actes d'un courage inouie, de l'emphatie, mais aussi les regards malsains, les préjugés , le rejet. Avec l'arrivée de l'AZT il y a eu une lucarne, une lueur d'espoir, mais les tatonnements légitimes du corps médical, l'apprentissage des dosages ont été longs et ont fait des dégats tout en faisant progresser à vitesse grand V la recherche. 1996 arrivée des premières TRI, et beaucoup de gens n'avaient pas eu la chance d'arriver jusque là, les services d'infectiologie avaient été surchargés et la détresse ce lisaient sur le visage des patients et des soignants, car les décés avaient été conséquents. Les premières TRI, idem que l'AZT , dosages hards et effets trashs. Mais pour tout ceux qui ont cru ne vivre que quelques mois dans les années 80, au file du temps il a été possible de croire en années de SURVI , puis en décennies.Alors bien sur comorbidité il ya , bien sur tristesse et douleurs il y a eu quand le regard des gens se posaient sur les visages émaciés, les corps amaigris et déformés par les LYPO. Mais que de temps passé, même si le symdrome du survivant à hanté certain d'entre nous, même si la solitude et les conséquences sociales ont eu un impact d'une rare violence pour bon nombre d'entre nous. Pour ceux qui sont encore parmi nous de cette EPOQUE EPIQUE, que d'expériences et de souffrances , car ils n'ont pas vécus ces années sombres, elles ont SURVECUENT et le différence est fondamentale.

  Affectueusemnt à tous.

AndréWink

Portrait de guerinandre

[Et oui , mais vivre ,vivre et essayer d'être heureux pour le temps bénis de nos expériences qui nous est imparti.