Afravih 2018 : la démédicalisation en action

Publié par Lucas Riegel et Paméla Palvadeau le 06.04.2018
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ConférencesAfravih 2018démédicalisation

Au sein des associations membres de Coalition PLUS comme de ses partenaires, le dépistage du VIH par les militants-e-s associatifs a lieu depuis plusieurs années. Ce dépistage communautaire, le plus souvent par le biais de tests rapides à orientation diagnostique (Trod), est un exemple concret d’une démédicalisation testée et réussie. C'est ce qu'illustrent les travaux de terrain de quatre associations membres ou partenaires de Coalition PLUS en Afrique de l’Ouest et dans les Caraïbes, travaux présentés à la conférence Afravih 2018.

Au Mali, l’association Arcad sida a réalisé une étude rétrospective (janvier 2014-septembre 2017) concernant les populations les plus exposées au VIH/Sida, dépistées via un Trod au sein de leur cadre de vie. Ces dépistages ont eu lieu dans des lieux de vie préalablement identifiés et auprès de populations clés (majoritairement hommes ayant des relations sexuelles avec d'autres hommes (HSH), travailleuses du sexe (TDS) et leurs clients). Durant la période de l’étude, 78 des 3 600 personnes testées (2,2 %) ont eu un résultat positif. Cette prévalence, plus importante que celle de la population générale malienne (1,1 % des 15-49 ans) ainsi que la forte proportion de primo-testants (46 %) démontre l’intérêt de la démarche pour accéder aux populations à risque les plus éloignées du système de santé.

Au Burkina voisin, l’association Revs PLUS a développé une stratégie innovante combinant empowerment des pairs éducateurs et dépistage démédicalisé. L’association a identifié douze pairs éducateurs (cinq HSH et sept TDS), qu’elle a formés au counselling et au dépistage du VIH. Les résultats de cette stratégie sont visibles sur deux plans. D’une part, 4,2 % des 420 tests réalisés auprès des HSH et 2,8 % des 1087 tests réalisés auprès des TDS se sont révélés positifs. De plus, 89,8 % des personnes dépistées positives ont pu être directement référées vers le soin avec pour objectif d’atteindre une charge virale indétectable. D’autre part, cette stratégie a également des résultats auprès des pairs éducateurs puisque deux d’entre eux ont décidé suite à cette expérience d’entreprendre une formation d’infirmier.

En Haïti, la prévalence du VIH chez les HSH est de 12,9 % et de 8,7 % chez les TDS, contre une prévalence nationale de 2 %. Dans ce contexte, l’association Volontariat pour le développement d’Haïti (VDH) a développé, pour la première fois dans ce pays, un projet de dépistage communautaire auprès de ces populations clefs. Ce projet cherchait à confirmer l’efficacité du dépistage communautaire en Haïti, en mettant en place des Trod par des militants-e-s formés par AIDES, ainsi qu’une recherche opérationnelle sur l’efficacité et l’adhérence de ce dispositif à laquelle AIDES a également participé. Le dispositif a permis la formation de 70 leaders communautaire au dépistage démédicalisé. Entre juillet 2015 et septembre 2016, 2 033 tests ont été réalisés avec une prévalence générale de 5,9 % (7,8 % chez les HSH et 6 % chez les TDS). Parmi les personnes dépistées 18 % étaient primo-testantes. Le taux de découverte de séropositivité est plus élevé lors des actions de dépistage dans les lieux de rencontre des HSH et des TDS (44 %) et au sein d’associations communautaires (32 %). Cette collaboration entre AIDES et VHD a rendu possible ce projet et le dépistage communautaire du VIH est aujourd’hui inscrit dans la politique de santé en Haïti, faisant d’un projet de recherche un enjeu de plaidoyer.

Un autre exemple réussi de cet échange de compétence est celui de l’expérience de renforcement de capacité Sud-Sud pour le dépistage communautaire entre l’association SOS Pairs Educateurs (SOS PE) en Mauritanie et l’Association de Lutte Contre le Sida (ALCS) au Maroc. Avec une épidémie concentrée (prévalence forte au niveau des populations clés et prévalence plus faible dans la population générale), il est important pour les acteurs de santé mauritaniens de cibler les interventions auprès des populations les plus vulnérables et souvent réticentes à fréquenter les systèmes de santé classiques de peur d’être discriminées. SOS PE a développé un programme de formation de conseillers communautaires visant la mise en œuvre du dépistage communautaire démédicalisé auprès de ces populations. Pour ce faire, l’association s’est appuyée sur l’expérience de l’ALCS, première association à avoir mis en place le dépistage communautaire au Maghreb. Cette collaboration a pu se faire dans le cadre de la plateforme Mena (coalition d’ONG nationales de l’Afrique du Nord et du moyen Orient), mise en place par Coalition PLUS). La plateforme a ainsi pu permettre un échange de moyens techniques (partage d’outils tels que le guide de formation, le guide du conseiller communautaire, des outils d’auto-évaluation, etc.) et un échange de moyens humains avec la mise à disposition de deux personnes de l’ALCS pour la formation de 25 conseillers communautaires.

Pour mettre fin à l’épidémie du VIH d’ici 2030, il est indispensable d’optimiser les approches de dépistage. Le dépistage communautaire, dont 4 exemples de mises en œuvre ont été décrit ci-dessus, s’inscrit pleinement dans le concept de démédicalisation. Dans les pays ou l’épidémie est concentrée aux populations clefs, la force du communautaire est d’atteindre ces populations souvent marginalisées et éloignées du soin. Au sein de Coalition PLUS, sa mise en œuvre a été rendue possible par de nombreux échanges et renforcement de compétences Sud Sud ou Nord Sud, des partages de projets de recherche, permettant dans certains cas une évolution des pratiques et des représentations des acteurs impliqués dans le processus.