Afrique : le "traitement comme prévention" et la réalité

Publié par jfl-seronet le 28.06.2010
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prévention par le traitement
Orienter les programmes de traitement antirétroviral de façon à donner la priorité aux personnes dont l'immunité est faible et à la charge virale élevée pourrait être une stratégie efficace de prévention du VIH. Une nouvelle étude, publiée dans The Lancet (mai 2010) le soutient. Le site Plus News y a consacré un article (1er juin) Explications.

Le traitement anti-VIH (ou ARV) serait une stratégie efficace de prévention du VIH. C'est ce que soutient une nouvelle étude publiée dans The Lancet (mai 2010). Comme l'explique le site Plus News, cette étude, réalisée auprès de 3 381 couples dans sept pays d’Afrique, a révélé que le risque de transmission du VIH aux partenaires sexuels était 92 % plus faible lorsque la personne suivait un traitement anit-VIH. Les participants de cette étude dont le taux de CD4 était inférieur à 200 CD4/mm3 présentaient le taux de transmission du VIH le plus élevé ; c’est pourtant dans ce groupe que le traitement ARV a été le plus efficace pour réduire la transmission du virus. "L’étude a révélé que le risque de transmission était plus élevé lorsque la charge virale [la quantité de virus dans l’organisme] de la personne était elle-même plus élevée. Une fois que les participants ont commencé à suivre un traitement ARV et que leur charge virale a diminué, la transmission du VIH est devenue très rare", a précisé un des auteurs de l'étude à Plus News. "Moins de 50 % des patients du monde dont le taux de CD4 est inférieur à ce seuil [200 CD4/mm3] suivent actuellement un traitement ARV", rappellent les auteurs. "Nos données soulignent [que le risque de transmission] serait réduit si l’on assurait une couverture ARV maximale des patients dont le taux de CD4 est inférieur à 200".


Dans ce même numéro, The Lancet a demandé à un spécialiste français, le docteur François Dabis de l’université Victor Segalen de Bordeaux, de livrer quelques pistes de réflexion sur le traitement anti-VIH comme moyen de prévention. Selon lui, les résultats de cette étude indiquent qu’il est nécessaire d’effectuer d’urgence davantage de recherches cliniques sur ce concept. "Réserver les traitements antirétroviraux aux personnes atteintes du VIH à un stade avancé n’incite pas les populations à se soumettre au dépistage du VIH", estime-t-il. "Nous ne devrions pas attendre les résultats d’autres modèles, d’autres études observationnelles, ni de l’essai en cours sur la prévention au sein des couples avant de procéder à des essais de dépistage et au traitement en population générale", explique t-il dans la revue scientifique.

 
Reste que cet idéal est aujourd'hui, pour partie, contrecarré par la réalité. Ainsi dans l'article de Plus News, des responsables associatifs africains font observer que la plupart des pays d'Afrique ne disposent pas des traitements qui seraient nécessaires pour répondre à de telles recommandations. "Au Kenya, bon nombre de gens qui répondent aux critères des anciennes directives nationales en matière de traitement [ces dernières recommandent de démarrer un traitement anti-VIH lorsque le taux de CD4 est inférieur à 250 CD4/mm3] n’ont déjà pas accès au traitement, alors comment voulez-vous que l’on place sous traitement les personnes dont le taux de CD4 est inférieur à 350 [ce que recommandent les nouvelles directives de l’Organisation mondiale de la santé] ? Nous avons besoin de solutions pratiques, pas de nouvelles recommandations théoriques".
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