Afrique : les gays font parler d'eux !

Publié par jfl-seronet le 05.12.2008
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Afrique
La Conférence de Dakar (Icasa) consacre plusieurs ateliers aux "minorités sexuelles" en Afrique. C'est une nouveauté qu'imposent les mobilisations récentes dans plusieurs pays, malgré la persistance de tabous importants.

La 15e Conférence internationale sur le sida et les infections sexuellement transmissibles en Afrique (Icasa) qui se déroule jusqu'au 7 décembre à Dakar, montre que la lutte contre le sida est en train de changer en Afrique. Elle prend désormais en compte certains groupes comme les homosexuels et ce dans plusieurs pays d'Afrique. Ces progrès qu'illustre la tenue de plusieurs ateliers consacrés aux "minorités sexuelles" ne doivent pas gommer les nombreuses difficultés qui demeurent. Ainsi, l'existence de tabous et de l'homophobie reste très forte. Comment pourrait-il en être autrement sur un continent où trente-huit des cinquante trois Etats possèdent des lois qui pénalisent, plus ou moins sévèrement, l'homosexualité.


"On n'a pas de baguette magique, on a conscience que le chemin sera long. Il y a des progrès mais pas encore à grande échelle", explique un des responsables d'Africay à l'AFP.
Africagay est un réseau unique qui regroupe dix-huit associations de dix pays africains. "On a constitué ce réseau en octobre 2007 pour être plus fort, pour changer les mentalités car la thématique [homosexuelle] n'était pas prise en compte dans la prévention et la prise en charge", rappelle ce responsable d'Africagay. Mais les choses évoluent et "les associations de lutte contre le sida et les gouvernements intègrent cette thématique dans leurs politiques".


Interrogé par l'AFP, Abdoulaye Sidibé Wade, directeur du programme de lutte contre le sida au ministère sénégalais de la Santé, reconnaît qu'il "y a encore beaucoup de résistances, mais le VIH doit constituer une opportunité" pour une meilleure acceptation des homosexuels.
"La question du VIH fait émerger la question gay [sur le continent], elle sert de révélateur", explique Stéphane Simonpiétri, directeur des programmes internationaux de AIDES. Pour Africagay, c'est une évidence qu'une lutte contre le sida efficace ne peut pas se faire indépendamment d'une reconnaissance des communautés homosexuelles y compris sur le plan juridique, notamment par une dépénalisation de l'homosexualité. Bref, pas de lutte contre le sida efficace chez les homosexuels si ces derniers sont victimes de discriminations qu'elles soient du fait de la société dans son ensemble ou des autorités.


L'enjeu est réel et majeur car comme l'explique Stéphane Simonpiétri : "Il y a une épidémie homosexuelle en Afrique", continent le plus touché par la pandémie, même si la grande majorité des infections se fait dans la communauté hétérosexuelle. Tout le pari, notamment d'un projet d'envergure comme Africagay, est bien aujourd'hui de changer la donne : de briser les tabous, de modifier l'image de l'homosexualité sur le continent... Et du travail, il y en a.


Au niveau africain, "la tendance est d'alourdir les peines comme au Burundi", regrette Cary Alan Johnson, responsable Afrique de la Commission internationale des gay et lesbiennes pour les droits de l'Homme, interrogé par l'AFP. Fin novembre, le parlement burundais a adopté un code pénal pénalisant l'homosexualité. Et la répression est toujours d'actualité sur le reste du continent. Ces dernières années, nombreuses ont été les arrestations d'homosexuels au Cameroun et même au Sénégal. Face à la discrimination, à la stigmatisation qui pousse de nombreux homosexuels à vivre dans la clandestinité, sans accès à la prévention ou aux soins, "il faut un leadership dans la communauté, il faut que les homosexuels prennent leur responsabilité", souligne l'Ivoirien Cyriaque Yapo Ako à l'AFP. "Il faut que les Africains comprennent que c'est leur problème".