Aids 2022 : master class sur la santé communautaire

Publié par Rédacteur-seronet le 05.08.2022
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ConférencesAids 2022

Rena Janamnuaysook est une activiste trans thaïlandaise qui a fait très forte impression en plénière du quatrième jour de la conférence Aids 2022, en délivrant une véritable master class sur la force de la santé communautaire. Une présentation puissante qui nous a donné envie de la rencontrer. Entretien.

Pouvez-vous vous présenter et expliquer votre travail en tant qu’activiste pour les droits des personnes trans ?

Rena Janamnuaysook : Avant toute chose, merci de me donner cette opportunité de présenter mon travail à vos lecteurs et lectrices. Je m’appelle Rena Janamnuaysook et je suis responsable d’un programme pour la santé des personnes trans à l’Institute of HIV research and innovation (IHRI) à Bangkok, en Thaïlande. En 2008, avec mes frères et sœurs trans, j’ai cofondé la Thai transgender alliance, tout premier réseau dirigé par des personnes trans et qui promeut et défend la santé et les droits humains des personnes trans en Thaïlande. Dans le cadre de mon travail, j’ai lancé la Tangerine community health clinic, première clinique en Asie conçue pour et par des personnes trans qu’on appelle KPLHS pour Key population led health services (services de santé dirigés par des populations clés).

Comment fonctionne cette clinique ? Quelle offre de soin proposez-vous, notamment aux personnes trans vivant avec le VIH ?

C’est la première clinique en Thaïlande avec un personnel principalement composé de professionnels-les de santé pairs-es, des personnes trans formées à la santé des personnes trans. La clinique fournit des soins d'affirmation de genre, c’est-à-dire un système de santé qui prend soin d'une personne et l'accompagne tout en reconnaissant son identité et son expression de genre. Cette clinique a été lancée avec l’aide du Pepfar [Plan d’urgence présidentiel de lutte contre le VIH/sida, ndlr] et aujourd’hui nous avons le soutien du ministère de la Santé thaïlandais. Notre offre propose un parcours de soin en santé globale des personnes trans qui inclue les traitements hormonaux, la prise en charge de la santé mentale et de la santé sexuelle avec offre de dépistage du VIH et des IST, le TPE, le suivi Prep et le suivi VIH. À ce jour, nous avons plus de 5 000 personnes trans suivies à la clinique. La prévalence du VIH en Thaïlande chez les femmes trans était de 12 % en 2020, ce qui est très élevé quand on compare avec la population générale. En cas de résultat positif à un dépistage VIH, nous pouvons initier le traitement ARV le même jour que le diagnostic. Le but étant de ne pas perdre de vue les personnes et les faire entrer dans le soin le plus vite possible. Nous proposons aussi aux personnes de faire des autoprélèvements pour les check up IST. Cela leur permet de prendre le contrôle de leur propre santé.

La santé communautaire est parfois perçue comme anti-républicaine par ceux qui prônent l’universalisme en santé, avez-vous subi des critiques, voire connu des obstacles dans la mise en place de cette clinique ?

Dans un monde idéal, chaque personne, peu importe son identité de genre, son origine, ses revenus ou son orientation sexuelle, devrait avoir accès à des services en santé sans être stigmatisée ou discriminée. La réalité est tout autre malheureusement et à l’heure actuelle en Thaïlande, certaines minorités comme les personnes trans sont encore très stigmatisées. C’est pour cela que nous avons besoin de nos propres espaces sécurisés avec du personnel composé de personnes concernées qui appartiennent à la même communauté, qui comprennent nos besoins, nos vies et les problématique spécifiques aux parcours de transition. Quand une personne trans vient à la clinique Tangerine, elle se sent la bienvenue. Elle se sent en sécurité et elle sait qu’elle peut être elle-même. C’est au gouvernement de faire en sorte que l’accès à la santé soit équitable pour tous, mais ce n’est pas le cas actuellement d’où l’importance de la santé communautaire. D’ailleurs notre modèle de clinique a inspiré la création d’autres cliniques pour les personnes trans au Vietnam, au Myanmar, au Népal et aux Philippines. Nous les avons aidés à mettre en place ces cliniques.

Fred Lebreton, Cynthia Lacoux, Célia Bancillon, Alicia Maria, Paul Rey et Léo Deniau

 

Partager les doses !
Share the shots ! Share the shots ! C’était l’autre moment fort de ce quatrième jour de conférence. Lors d’une session consacrée au Monkeypox, des activistes ont pris possession de la scène pour demander le partage équitable des doses de vaccin contre le Monkeypox. James, un militant trans et noir de Act Up-New York, explique qu'il a dû venir à Montréal pour avoir droit à une dose de vaccin. « Nous demandons l’arrêt de propriété intellectuelle en santé. Il faut arrêter vos conneries et agir ! » crie une activiste, en s'adressant aux gouvernements et industries pharmaceutiques. « Il faut partager les vaccins et les traitements », ajoute t-elle. Sur les pancartes des activistes, on peut lire : « Biden, tu as raté la réponse au Monkeypox » ou encore « Des communautés en souffrance, stop à la négligence ».

 

Mon tabernacle de vaccin Monkeypox en dix minutes chrono !
« Attache ta tuque parce que je suis en mosus. J’dirais même que j’suis tanné ! J’ai capoté lorsque Geneviève Bergeron, de la Direction régionale de Santé publique de Montréal, nous a dit que la vaccination contre la variole simienne (Monkeypox) était disponible gratuitement pour tous à Montréal, y compris pour nous les maudits français. J’vais vous raconter comme il est simple ici à Montréal d’accéder au vaccin pour lequel on tuerait nos mères à Paris ! En tant qu’homme gay multipartenaire parisien, j’te cache pas que j’ai la mine dans l’crayon. Comme tout l’monde, j’me suis rué sur mon téléphone pour essayer de capter un créneau pour me faire vacciner à Paris. Mais à l’hôpital, ils ont de la broue dans l’toupet, après une demi-journée de tentatives sans y arriver et un acharnement de forcené, j’ai réussi début juillet à avoir un créneau pour… le 30 août. Et je faisais partie des chanceux ! On dirait qu’ils attendent que l’curé s’mouche. J’te l’dis, j’ai mon voyage ! J’ai donc tenté ma chance à Montréal. En trois clics, je prends un rendez-vous sur ClicSanté, rendez-vous pris deux heures plus tard. J’suis reçu dans un centre de vaccination qui fait aussi la Covid, une grande salle de 200 mètres carrés avec un personnel de 30 personnes, la moitié des administratives, l’autre moitié des infirmières. Et j’vais vous dire, ils ont pas niaisé avec le puck : en dix minutes chrono, on m’a proposé un nouveau masque jetable, on m’a pris toutes mes informations, et j’ai relevé la manche mon chandail pour m’faire piquer l’bras. Ça n’a pas d’allure ! Pourquoi nous les Français de France on est autant à la bourre sur la variole simienne, alors que c’est aussi simple au Québec ? Ils ont déjà vacciné 15 000 personnes à risque ! On ferait mieux de s’inspirer de nos amis outre-Atlantique. Quand je pense que les assos comme AIDES, on a alerté pendant des semaines et des semaines et qu’on a attendu que la situation dégénère pour proposer la vaccination en France, j’me dis qu’on est coincé dans une boucle sans fin de bêtise et d’immobilisme, et qu’on a rien retenu des leçons de la Covid. C’est épeurant ».
Témoignage de Paul, militant et élu à AIDES Paris.

 

Violence faites aux femmes et VIH
Cette session sur les violences faites aux femmes commence avec des chiffres coups de poing rappelés par Ndumiso Madubela du réseau Nacosa en Afrique du Sud : dans son pays, une femme sur cinq subit des violences dans sa vie, 50 % des femmes se feront violer au cours de leur vie et une femme est tuée toutes les quatre heures. « C’est plus qu’une crise nationale, c’est une pandémie », déclare le président sudafricain, Cyril Ramaphosa. Afin d’amener des réponses à ce drame, des stratégies sont mises en place, et Ndumiso Madubela nous parle aujourd’hui du programme No means No destiné aux jeunes garçons, visant à les sensibiliser et améliorer l’information sur l’éducation sexuelle et les violences de genre. Les participants, à travers des dizaines d’heures d’échanges, discutent avec les formateurs-rices sur le consentement et comment apprendre à le demander, sur les violences envers les femmes et comment agir quand ils en sont témoins. Des études avant-après ont montré une hausse significative dans l’attitude positive des participants envers les femmes et une hausse de leurs connaissances. Ndumiso Madubela rappelle qu’il faut investir dans ces programmes car « sans les hommes soutenant la lutte, on ne peut pas supprimer les violences liées au genre ».
Seconde intervenante, Lucie Cluver de l’Université d’Oxford et de Cape Town en Afrique du Sud expose, à travers une étude auprès de plus de 1 000 adolescentes vivant avec le VIH en Afrique du Sud, que les violences des partenaires intimes (VPI) et les abus sexuels font baisser l’observance aux traitements antirétroviraux : le taux d’observance est de 38 % lorsque les adolescentes subissent ces veux violences, alors qu’il pourrait être de 72 %. Elle rappelle que pour agir sur ces résultats, il ne faut pas hésiter à demander aux femmes ce qu’elles vivent, et investir dans les programmes auprès des parents pour y inclure la question des violences.
Salome kuchukhidze de l’Université de McGill au Canada parle de son travail sur l’effet des violences des partenaires intimes (VPI), subit par une femme sur quatre, sur le dépistage, le traitement, et l’élimination de la charge virale en Afrique Sub-saharienne, entre 2000 et 2022. Ses résultats montrent que les VPI n’ont pas d’effet sur le dépistage ni la prise de traitements, mais qu’elles augmentent le risques de contracter le VIH (3,2 fois plus de risque), et font baisser de 9 % la chance de supprimer sa charge virale, même sous traitements antirétroviraux. Cela rejoint alors les résultats précédents en suggérant une mauvaise observance à ces traitements due aux violences subies dans la sphère intime.

 

Entendu à Aids 2022
« Le féminisme ne devrait pas être considéré comme un concept occidental juste parce que l’Occident a le privilège de le nommer ainsi » Morolake Odetoyinbo, activiste nigérienne
« J’exhorte tous les membres et représentants de gouvernements qui sont assis dans cette pièce, quand vous serez revenus dans vos pays, à travailler s’il vous plait avec vos communautés et populations clés (…) La santé communautaire ne veut pas dire essayer de voler le travail des fonctionnaires. Nous voulons vous aider à partager ce fardeau main dans la main et servir notre communauté » Rena Janamnuaysook, activiste trans thaïlandaise
« Il y a des preuves évidentes du besoin de centrer la prévention sur les populations clés mais nous faisons face à un manque de données pour guider et surveiller des programmes avec la précision et la vision de la stratégie globale de lutte contre le sida » Jeffrey Eaton, épidémiologiste à l’Imperial College de Londres

 

Commentaires

Portrait de Superpoussin

J'avoue ne pas comprendre le sens à donner ici au mot "républicain", pourriez-vous préciser?

Portrait de jl06

Mise à par ta lecture (un régal ) ,

je doit bien t"avoué que en France ont réfléchi beaucoup......... avant d"agir ! ,les couleuvres à avalées sont nonbreusent !

et puis tu et en pleines périodes de vacances ....alors le Monkeypox et bien  leur dernier souçi... pourtemps se virus vas finir par nous pétés à la figure un jour , 

Le virus circule actuellement dans un groupe de population principalement constitué d’hommes âgés entre 18 et 44 ans, selon un rapport de l’OMS daté du 3 août, et 97,5% des cas dont on connaît l’orientation sexuelle sont identifiés comme des hommes ayant des relations sexuelles avec d’autres hommes. Une très faible portion de cas est en dehors de cette catégorie.

voila pourvue que nos gouvernable passe de bonne vacances .........le reste ont verra bien à la rentrer (septembre )