Alcool, tabac : le Cese fait ses recos

Publié par jfl-seronet le 20.01.2019
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Alignement des planètes. Un jour après la publication officielle du dernier plan de la Mildeca (Mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives), le Conseil économique, social et environnemental (Cese) a mis au vote et adopté son « Avis relatif aux addictions au tabac et à l’alcool » Dans cet avis, le Cese appelle « à diversifier les politiques publiques, en donnant toute sa place à la réduction des risques ». Voici les points clefs.

Mais pourquoi travailler sur cette question ? Comme d’autres, le Cese a bien conscience que le « tabagisme et la consommation nocive d’alcool représentent respectivement les première et deuxième cause de mortalité évitable en France ». Au-delà de la santé, leurs « conséquences sont également sociales et économiques ». « C’est un large pan de la société qui est impacté par ces pratiques addictives », rappelle le Conseil économique, social et environnemental, qui constate une « évolution des comportements » et une « prise de conscience accrue de ces problématiques ». Il estime qu’il est, dans ce domaine, « tout à fait possible d’avancer plus rapidement et efficacement ».

Le Cese renvoie à la lecture des travaux de la Cour des comptes. Cette dernière a évalué les politiques publiques de lutte contre le tabagisme et  la consommation nocive d’alcool et publié des avis assez complets en 2016. Dans son avis, le Cese explique s’être «  attaché à proposer des solutions pour réduire les consommations à risque, notamment vis-à-vis de l’alcool dont les résultats sont très en deçà cède ceux obtenus pour le tabac ». De ce point de vue, ce n’est pas l’axe fort du nouveau plan de la Mildeca qui ne propose aucune mesure majeure contre la consommation d’alcool. Comme c’est le cas pour la Mildeca, le Cese a bien conscience que les politiques de santé publique dans ce domaine ne peuvent (pour être efficaces) qu’adosser à une modification des « représentations sociales de l’alcool » et à la promotion « des politiques de réduction des risques afin de sortir du diptyque caricatural laxisme/prohibition ».

Que préconise l’avis adopté le 9 janvier 2019

Premièrement, il faut « proposer une prise en charge adaptée à la variété des besoins et profils ». Le décalage entre le nombre de personnes souffrant de troubles liés à l’usage de l’alcool ou du tabac et le nombre de patients accompagnés dans le système de soins est important, constate le Cese. « Défaut d’information, crainte de la représentation sociale et découragement figurent parmi les principales raisons avancées », note-t-il. Le Conseil recommande donc de diversifier les solutions proposées aux personnes, notamment en « donnant toute sa place au baclofène dans la lutte contre l’addiction à l’alcool ou en positionnant la cigarette électronique, avec ou sans nicotine, parmi les autres dispositifs de sevrage tabagique ».

Il préconise , de cibler les publics les plus vulnérables, en soutenant la création de consultations d’addictologie pour femmes dans les Csapa (Centres de soin, d'accompagnement et de prévention en addictologie) ou autres regroupements professionnels, en multipliant les consultations jeunes consommateurs « hors les murs », et en créant davantage de structures résidentielles dédiées à l’accompagnement des femmes.

Deuxième grande recommandation : le renforcement de la prévention. Pour « contribuer à un environnement plus favorable à la prévention », le Cese propose de « créer un périmètre sans publicité pour les boissons alcoolisées », notamment près des lieux d’éducation et de formation. Les « pouvoirs publics doivent être les pilotes exclusifs de la politique de prévention afin d’éviter les conflits d’intérêt et la confusion des rôles », avance l’organisme.  Il préconise en outre d’instaurer un prix minimum des boissons alcoolisées vendues dans les lieux de fête. En mai dernier, l'Écosse a introduit un prix minimum de l'alcool (50 pence par unité d'alcool), afin d'empêcher la vente de bouteilles trop bon marché. Ainsi, une bouteille de 70 cl de whisky ne peut pas être vendue en dessous de 14 livres (15,60 euros) et une bouteille de 75 cl de vin à 12,5% pas moins de 4,69 livres (5,20 euros), indique un récent article de L’Express (9 janvier). Cette mesure est également défendue par l’Organisation mondiale de la santé (OMS). La ministre de la Santé Agnès Buzyn est nettement moins enthousiaste et doute  de la faisabilité de la mesure proposée par le Cese. « Imposer un prix minimum de l'alcool dans certains lieux et pas dans d'autres est compliqué pour des raisons techniques », a-t-elle avancé lors d’une interview (9 janvier) sur BFMTV. 

Troisième grande recommandation : sensibiliser les professionnels-les de santé. Le Cese préconise d’ « améliorer sensiblement le degré d’information des soignants, associations et patients sur la diversité et la complémentarité des solutions possibles relevant de la réduction des risques, leurs indications et leurs limites ». Une communication des pouvoirs publics en la matière serait la bienvenue, estime le Conseil. Il faudrait également « consolider l’implication de l’ensemble des professionnels de santé de premier recours. Les formations devraient être renforcées et une stratégie nationale de diffusion du RPIB (repérage précoce et à l'intervention brève) définie ». Il en appelle aussi aux agences régionales de santé qui « devraient être davantage impliquées dans l’organisation des interactions avec les structures hospitalières et médico-sociales ».

L’avis du Cese : « Les addictions au tabac et à l’alcool
Cet avis, rapporté par Etienne Caniard (Groupe de la Mutualité), et co-rapporté par Marie-Josée Auge-Caumon (personnalité associée), pour la Section des Affaires sociales et de la santé, présidée par Aminata Koné (Groupe UNAF), a été présenté lors de l’assemblée plénière du Conseil économique, social et environnemental du 9 janvier 2019. Il a été adopté en plénière avec 133 voix pour, 6 abstentions et 33 voix contre. L’avis comporte près de 60 pages. Il critique le « manque de constance des politiques publiques » dans ce domaine, détaille les évolutions des pratiques de consommation, mais aussi des représentations que les personnes s’en font. Il avance qu’il faut clairement fonder les politiques de santé « sur la réalité des dommages ». Il faut créer les « conditions d’une rencontre précoce avec le soin » et comme on a vu proposer une « prise en charge adaptée à la diversité des besoins et des parcours de vie ».

 

Le plan de Mildeca contre les addictions
Le gouvernement a finalement publié (8 janvier) son plan pour réduire la consommation des « substances addictives ». Après avoir été reporté à plusieurs reprises, le plan a enfin été publié par la Mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives (Mildeca). « Le Plan national de mobilisation contre les addictions 2018-2022 a été validé par le cabinet du Premier ministre le 19 décembre », a indiqué la Mildeca sur son site internet. Organisé selon six axes, ce document comprend quelque 200 mesures, détaille l’AFP. Certaines sont déjà connues. Le plan reprend ainsi la mesure phare du gouvernement contre le cannabis : l’amende forfaitaire pour usage de drogues, dont les recettes doivent financer des actions de prévention. Notons que le plan prône la poursuite de l’expérimentation des salles de consommation de drogue à moindre risque. Il « envisage » l’ouverture de nouvelles salles « pour répondre à des besoins non couverts ».