AME : Mariani en remet une couche !

Publié par jfl-seronet le 31.08.2010
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PolitiqueAME
Homme lige du président français Nicolas Sarkozy dont il est néanmoins un grand déçu (il n'a jamais été nommé ministre), le député UMP Thierry Mariani n'a pourtant jamais ménagé ses efforts pour défendre les projets de l'ancien ministre de l'Intérieur et actuel président en matière d'immigration. Déjà auteur, il y a quelques années, d'un rapport polémque sur l'Aide médicale d'Etat (AME), Thierry Mariani revient à la charge : il veut encore durcir l'accès à l'AME. Explications.

Cela pourra surprendre, mais certains députés de l'UMP estiment que leur parti et le gouvernement avec ne vont pas encore assez loin en matière d'immigration, et bien entendu en matière de sécurité. Ils avancent même l'idée que c'est cette "faiblesse" qui aurait fait perdre à la droite les dernières élections régionales. Certains d'entre eux ont donc décidé, sous la houlette du député UMP Thierry Mariani, de se réunir au sein d'un groupe de 37 parlementaires de droite : le "Collectif de la droite populaire". Leur maxime : "Nation, Patrie, République et travail" donne un aperçu de l'idéologie de ce mini rotary conservateur qui entend rogner sur l'électorat du FN. Comme annoncé en juillet dernier, ce Collectif entend se faire les dents et gagner une majorité d'élus UMP à ses vues lors de quelques textes emblématiques. Il en va ainsi de celui sur l'immigration, présenté en mars dernier par Eric Besson, ministre de l'Immigration et de l'Identité nationale. Un texte qui sera débattu dans quelques semaines à l'Assemblée Nationale. Ce projet de loi devrait comprendre de nouvelles restrictions concernant les personnes étrangères. Par exemple, le texte prévoit un durcissement des conditions de rétention des étrangers. Le délai de rétention administrative pourrait ainsi passer de 32 jours maximum à 48 jours. Il est aussi question de faciliter les expulsions et la reconduite dans le pays d'origine. Le projet gouvernemental prévoit que le juge des libertés ne pourra plus se prononcer avant que le juge administratif n'ait statué sur la régularité ou non du droit au séjour de la personne. Mécaniquement, cela devrait augmenter le nombre des expulsions.

Déjà bien corsé, le texte pourrait l'être davantage encore, Thierry Mariani et le Collectif de la droite populaire travaillent en ce sens. Selon "Le Journal du dimanche" (29 août), Thierry Mariani, par ailleurs l'inventeur des test ADN pour les étrangers, prépare plusieurs amendements visant à durcir davantage encore le projet de loi porté par Eric Besson. En fait, le député UMP entend profiter du texte pour remettre une nouvelle fois en cause le dispositif de l'aide médicale d'Etat (AME). L'AME permet aux personnes étrangères en situation irrégulière de se faire soigner gratuitement (sous certaines conditions). Ce dispositif tient à la fois du geste humanitaire, mais aussi de la politique de santé publique bien pensée (quel intérêt y aurait-il à laisser des personnes malades vivre en France sans aucun accès aux soins ?). C'est ce dispositif, largement écorné ces dernières années par la droite (2005), qui serait de nouveau visé en instaurant une taxe financière pour les bénéficiaires du dispositif. Thierry Mariani avance que "Les dépenses de l’AME ont augmenté quatre fois plus vite que les dépenses du régime général ou de la CMU, ce n’est pas normal. Les Français ou les étrangers en situation régulière se voient appliquer un forfait hospitalier, pas les clandestins ! Les fraudes à l’AME sont nombreuses car il n’y a pas de contrôles. Comme il n’y a pas de fichier centralisé, un étranger peut déposer simultanément quatre demandes. Je pense qu’il faut que le Parlement se saisisse de cette question rapidement." Ces arguments qui comprennent des approximations (pourquoi vouloir faire payer des personnes sans revenus auxquelles on interdit de travailler ?) et des mensonges (l'absence de contrôles par exemple) donnent déjà une idée de ce qui se trame. Le 16 juin, la ministre de la Santé Roselyne Bachelot avait déjà avancé cette hypothèse, devant la commission des Finances du Sénat, d'une "participation financière des bénéficiaires". Selon elle, cette mesure s'impose. Roselyne Bachelot compte "la proposer dans le prochain projet de loi de Finances" de la sécurité sociale pour 2011.

Il y a fort à craindre que l'AME soit de nouveau rognée. Ce serait d'autant plus préjudiciable que les spécialistes de la santé savent que les étrangers en situation irrégulière éprouvent de grandes difficultés en matière d'accès aux soins. Dans ce contexte, il est bon de se rappeler de ce que Nicolas Sarkozy, alors candidat à la présidentielle, avait promis (11 janvier 2007)  de maintenir la gratuité de l'AME pour "les plus nécessiteux". Mais dans l'esprit du gouvernement, c'est sans doute de l'histoire ancienne.
Plus d'infos sur l'AME sur http://www.cmu.fr

Voir aussi la rubrique "Quelques informations sur mes droits" sur Seronet