Assemblée : les nouveaux visages

Publié par jfl-seronet le 28.06.2022
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PolitiqueDéputés

Les récentes élections législatives (12 et 19 juin derniers) ont considérablement bousculé la vie politique française. Elles ont aussi rebattu les cartes dans les différentes formations politiques présentes à l’Assemblée nationale et conduit à l’arrivée de nouveaux-lles élus-es. Entre grosses craintes et modestes espoirs, Seronet fait le point.

Certains médias ont passé à la loupe le nouveau casting parlementaire. Dans un article (20 juin), Têtu s’est demandé : « Que retenir des résultats pour les LGBTQI+ ? » Ce n’est un secret pour personne, mais l’arrivée en nombre de parlementaires d’extrême droite ne sera pas sans conséquence sur les droits des minorités, ceux des personnes étrangères notamment, etc. « Dans son programme, Marine Le Pen s'engageait notamment à « refuse[r] de reconnaître la filiation des enfants nés à l'étranger par la GPA » et promettait une loi anti-GPA « renforcée, pour éviter les contournements de la loi en ayant recours à des filières étrangères ». Elle a également voté et milité contre la loi bioéthique et l'ouverture de la PMA aux couples de lesbiennes », analyse le journaliste Nicolas Scheffer. On peut également craindre des attaques en règle contre l’AME, lors des débats sur la loi de finances (prévus cet automne, voire des initiatives du parti d’extrême droite « contre » l’immigration.

LGBTQI+ : des pour et des contre !

Des personnalités très engagées dans la défense des LGBTQI+ lors de la précédente législature ont connu des sorts divers à cette élection. Laurence Vanceunebrock (LREM) n’a pas été réélue dans l’Allier. On doit à cette élue, ouvertement lesbienne, la proposition de loi sur les « thérapies de conversion ». Une belle avancée décrochée de haute lutte face aux tergiversations gouvernementales notamment incarnées par l’ancienne ministre de l’Égalité, Élisabeth Moreno, qui n’a pas été élue dans la 9e circonscription des Français-es de l’étranger, battue par un candidat de la Nupes. Ministre ouvertement gay, Clément Beaune a été élu de très peu à Paris face à la candidate de la Nupes, Caroline Mécary, célèbre avocate et militante LGBTQI+ ouvertement lesbienne. Le député LREM de Charente-Maritime, ouvertement gay, Raphaël Gérard a, lui aussi, été réélu de très peu. Lors de la précédente législature, ce député a beaucoup œuvré pour le renforcement des droits des LGBTQI+ Dans son article, têtu· rappelle aussi que des élus-es qui ont fait avancer les droits des minorités, notamment LGBTQI+, ont été réélus-es. On peut citer Bastien Lachaud (LFI, Seine-Saint-Denis), très investi lors des débats sur la loi de bioéthique.

Seronet s’est intéressé à d’autres candidats-es. Des personnalités politiques connues pour leur engagement contre les droits LGBTQI+ (soit de façon ponctuelle, soit de façon plus systémique) ont été élues ou réélues. On peut citer Philippe Gosselin (LR) réélu dans la Manche, Constance le Grip (ex-LR, passée chez Ensemble) réélu dans les Hauts-de-Seine, Dominique Potier (PS) qui s’était abstenu lors du vote sur le mariage gay a aussi été réélu en Meurthe-et-Moselle. C’est aussi le cas de François Jolivet (Ensemble) réélu dans l’Indre. Il fait partie des huit députés-es de l’ancienne majorité présidentielle à avoir voté contre la PMA pour toutes en 2021. Frédéric Descrozaille (Ensemble) qui a voté contre la PMA pour toutes a été réélu dans le Val-de-Marne. Vincent Bru (Ensemble) qui a milité pour « l’abrogation du mariage pour tous » et qui a voté contre la PMA pour toutes a été réélu dans les Pyrénées-Atlantiques. On peut aussi citer l’ancien ministre Éric Woerth (Ensemble) qui avait qualifié le mariage pour tous de « régression » et voté contre, et qui expliquait que l’on « joue les apprentis sorciers » avec la PMA… Il a été réélu dans l’Oise, cette fois avec l’étiquette Ensemble. D’autres n’ont pas été réélus-es. C’est le cas de l’ancienne députée (LREM) Aude Bono Vandorme qui avait participé aux manifestations de la Manif pour tous et qui a échoué dans l’Aisne, ou d’Agnès Thill, ancienne députée LREM exclue de son groupe pour des propos anti-PMA et homophobes qui se représentait dans l’Oise sous l’étiquette UDI et qui a échoué dès le premier tour. Échec aussi pour Yvon lachaud (Ensemble) dans le Gard.

La Covid ne porte pas chance

À l’évidence, la contestation de la stratégie menée contre la Covid-19, voire celle de la maladie elle-même n’a pas été la martingale attendue pour se faire élire ou réélire. Certains-es candidats-es pensaient pourtant que la contestation, des mois durant, du pass sanitaire, puis du pass vaccinal, pouvait se transformer en ticket d’entrée au Palais-Bourbon. Raté ! Slate (21 juin) a recensé les échecs de quelques fameux-ses covido-sceptiques. Échec pour Francis Lalanne (2,12 % des voix), Olivier Rohaut (3,37 %), Florian Philippot (4,62 %) et pour l’ancienne députée LREM (exclue de son groupe) Martine Wonner qui n’a recueilli que 5,38 % des suffrages bien loin de ce qu’elle avait fait lors de sa première élection en 2017. Il faut dire que cette médecin psychiatre en a fait des caisses à l’Assemblée nationale sur la Covid-19. Dans ce registre covido-sceptique, le seul rescapé semble être Nicolas Dupont-Aignan (Debout la France, celui qui voulait être le Premier ministre de Marine Le Pen en 2017) qui est réélu pour un sixième mandat.

De nouveaux profils

Cette année, les médias ont mis en avant la grande variété des profils de certains nouveaux-lles élus-es. On trouve ainsi Rachel Kéké (LFI, Val-de-Marne) qui était jusqu’à présent femme de chambre. Katiana Levavasseur (RN, Eure), agente d'entretien dans une grande surface ; Jorys Bovet (RN, Allier), chauffeur-livreur, qui a battu la députée sortante Laurence Vanceunebrock ; Sébastien Delogu (LFI, Marseille) qui est chauffeur de taxi ou encore Mathilde Hignet (LFI, Ille-et-Vilaine), ouvrière agricole dans une ferme bio, Ségolène Amiot (LFI, Loire-Atlantique), téléopératrice dans les assurances, Andy Kerbrat (LFI, Loire-Atlantique), téléconseiller sur une plateforme d'assistance automobile et militant LGBT, Christine Loir (RN, Eure), auxiliaire de vie, etc. L'essentiel de ces élus-es, souvent novices, appartiennent aux deux grands groupes d'opposition que sont La France insoumise (LFI) et l’extrême droite (RN). Pour autant, comme d’habitude les candidats-es qui sont cadres ou appartiennent aux professions libérales restent les plus représentés-es dans l’hémicycle.

Une assemblée rajeunie

C’était déjà le cas en 2017, l’Assemblée nationale rajeunit. L'âge moyen des députés-es diminue légèrement, notamment grâce aux élus-es des oppositions Nupes et Rassemblement national. Aujourd’hui, 118 députés-es ont moins de 40 ans et l'âge moyen de cette nouvelle assemblée est de 48,5 ans ; un chiffre qui se rapproche davantage de celui de la population française : 42,2 ans. La nouvelle moyenne d'âge dans l'hémicycle est donc en légère baisse par rapport à celle de 2017 (48,8 ans), souligne France 24. Lors des législatives cette année-là, les résultats avaient déjà été marqués par un fort rajeunissement, avec une baisse de près de six ans de l'âge moyen des députés-es par rapport à la précédente mandature en 2012 (54,6 ans). Le « spectaculaire rajeunissement » d'il y a cinq ans se confirme donc. Si on regarde par parti : l’âge moyen des élus-es est de 45,9 ans pour la Nupes et de 45,6 ans pour l’extrême droite (RN). Dans la majorité présidentielle, l'âge moyen augmente (49,8 ans). Cela s’explique par une reconduction des députés-es sortants-es. Le groupe de la droite (Les Républicains + UDI) a la plus haute moyenne d'âge : 51,2 ans. La moyenne d’âge des élus-es de la France insoumise est de 41,2 ans, de 43,2 ans chez Europe Écologie-Les Verts et accuse un coup de vieux au PS (54,4 ans) et au PCF (54,8 ans). Du côté du camp présidentiel, la moyenne d’âge est de 48,7 ans chez Renaissance (ex-LREM), de 51,2 ans chez Horizons et 54,3 ans au Modem. Elle est de 50,6 ans chez Les Républicains et de 60,2 ans pour l’UDI.

Les femmes en recul « historique »

Les hommes continuent de dominer très largement l’hémicycle français. La part des femmes députées a baissé à l’issue des législatives des 12 et 19 juin 2022. En cause, des partis politiques qui ne respectent toujours pas la loi sur la parité et qui placent en priorité les hommes dans des circonscriptions gagnables, analyse France 24 (23 juin). La situation actuelle est la suivante : 215 femmes sont députées sur 577 députés-es ; elles étaient 224 en 2017 et seulement 155 en 2012. « La parité a donc reculé depuis la précédente législature avec seulement 37,26 % de femmes cette fois, contre 38,8 % il y a cinq ans », explique France 24. Les femmes sont « sous-représentées » en politique alors qu'elles constituent 52 % de la population française et 52 % des inscrits-es sur les listes électorales. En matière de parité, le PCF et Les Républicains sont les moins bons élèves. « Prise dans son ensemble, la Nupes présente 43,07 % de femmes élues, mais au sein de La France insoumise (LFI) — sanctionnée lors de la précédente législature avec environ 250 000 euros de pénalités — les femmes sont proportionnellement moins bien représentées au palais Bourbon, avec un score de 33,77 %, qui la place derrière le Rassemblement national (37,07 %).  Seul un parti français dispose davantage d'élues femmes que d'hommes. Il s'agit d'Europe Écologie-Les Verts (EELV) avec ses 54 % de députées. Quant à la majorité présidentielle, son score reste honorable, mais pas encore paritaire avec 42,22 % pour Renaissance (ex-LREM) et 40,11 % pour le MoDem, détaille France 24. On notera que quatre formations politiques ont désigné des femmes pour diriger les groupes parlementaires à l’Assemblée nationale : le RN, Renaissance, Europe Écologie-Les Verts, et la France insoumise.

Les cumulards-es vont céder des mandats

Près d’un quart des 577 députés-es élus-es dimanche 19 juin devront faire un choix. En effet, 115 élus-es exercent déjà un mandat qui ne peut pas être cumulé avec celui de député : maire, adjoint-e, vice-président-e d’exécutif local, eurodéputé, etc. À cela s’ajoute le fait qu’il y a douze ministres qui ont été élus-es et qui vont céder leurs sièges à leurs suppléants-es. En effet, au nom de la séparation des pouvoirs, ils et elles ne peuvent siéger à l’Assemblée nationale pendant leur présence au gouvernement. Au total, 127 députés-es sont donc tenus-es « de faire cesser cette incompatibilité » en démissionnant dans le mois qui suit leur élection, en vertu des articles 141-1 et 151 du code électoral comme le rappelle Le Figaro. S’ils-elles ne le font pas, leur(s) ancien(s) mandat(s) ou fonction(s) prendront fin automatiquement le 19 juillet.

Majorité relative, une « bonne chose »

Une majorité de Français-es estiment que la majorité relative obtenue par la majorité présidentielle aux législatives est « une bonne chose », selon des sondages : Odoxa pour Le Figaro, BVA pour RTL-Orange et Ifop-Fiducial pour Sud Radio, parus jeudi 23 juin. Le fait qu’aucune force politique n’ait obtenu la majorité absolue à ces élections législatives est « plutôt une bonne chose », car cela renforce le rôle du parlement, estiment 56 % à 69 % des sondés-es, selon les différents instituts. De plus, 24 % à 33 % des répondants-es estiment que cela risque de bloquer le pays. Une majorité de Français-es (53 %) se disent « satisfaits-es » du résultat des urnes de dimanche, selon Odoxa. Pour le même institut, 83 % des sondés-es considèrent qu’Emmanuel Macron « ressort affaibli » de ces élections, 76% qu’il sera « empêché » de mettre en œuvre son programme et 70 % qu’il « porte la responsabilité de cette situation politique ». Le départ de la Première ministre, Elisabeth Borne, nommée il y a un mois, est souhaité par 57 % des Français-es, contre 42 % qui estiment qu’elle doit rester en poste, des chiffres identiques pour Odoxa et BVA.

Mais seuls 38 % des sondés-es souhaitent que le président de la République procède à une dissolution de l’Assemblée nationale, selon l’Ifop. Par ailleurs, l’exécutif accuse une sévère baisse de sa popularité en un mois, selon BVA : - 4 points pour le chef de l’État (38 %) et - 9 points pour sa Première ministre (41 %).

Enquêtes réalisées auprès d’un échantillon de 1 005 (Odoxa), 1 007 (Ifop) et 1 000 (BVA) Français-es représentatifs-ves de la population âgée de 18 ans et plus, selon la méthode des quotas, interrogés-es par questionnaire auto-administré en ligne les 21 et 22 juin (Ifop) et par internet les 22 et 23 juin (Odoxa et BVA). Marge d’erreur entre 1,4 et 3,1 points.

Groupe d’études sida

Depuis des années, l’Assemblée nationale se dote, à chaque législature, d’un groupe d’études sur le sida, qui fait des rapports, auditionne, lance des propositions. Le groupe est plus ou moins actif selon sa composition et la période. Au terme de la dernière législature, le groupe était présidé par le député Jean-François Mbaye (LREM). Ce dernier n’a pas été réélu dans la 2ème circonscription du Val-de-Marne, défait une candidate de la Nupes. Le groupe aura donc un-e nouvel-le président-e d’ici quelque semaines. Vice-président de ce groupe d’études, le député sortant Jean-Luc Lagleize (Modem) n’a pas été réélu. Également vice-président, le député Jean-Louis Touraine (LREM) ne se représentait pas dans son ancienne circonscription (3ème du Rhône). Neuf députés-es étaient membres de ce groupe d’études : cinq ont été réélus-es : Marie-France Lorho (RN), Dino Cinieri (LR), Maxime Minot (LR), Jean-Paul Lecoq (NUPES), Bruno Millienne (ENS) ; un député sortant ne se représentait pas : Pierre Cabaré (LREM) et trois députées n’ont pas été réélues : Marine Brenier (ENS), Laurence Trasour-Isnart (LR) et Sylvie Charrière (ENS). On doit donc s’attendre à des changements dans ce groupe, unique structure au Parlement qui travaille sur les enjeux liés au VIH/sida.

Les métiers des députés-es

C’est intéressant de voir que quelles catégories socio-professionnelles viennent les députés-es. La part du lion vient des cadres de la fonction publique, des professions intellectuelles et artistiques (0173 députés-es), puis des cadres d’entreprises (119 élus-es), suivent les professions libérales et assimilés (82), les professions intermédiaires de l'enseignement, de la santé, de la fonction publique et assimilés (30), les chefs-fes d'entreprise de 10 salariés-es ou plus (22). On trouve aussi 12 agriculteurs-rices exploitants-es, deux artisans, 13 commerçants-es et assimilés, six employés-es de commerce, huit employés-es administratifs-ves d’entreprise, 14 employés-es de la fonction publique, un ouvrier agricole, un ouvrier non qualifié, deux techniciens-es et 18 personnes sans profession déclarée. Le Quotidien du médecin (23 juin) a fait le pointage des députés-es médecins. Ils sont 18 dans la nouvelle assemblée : cinq femmes, treize hommes, Douze médecins siègeront sur les bancs de la majorité présidentielle en face de trois LR, deux RN et un nationaliste corse. On comptait 26 médecins lors de la précédente législature. La profession médicale a perdu l'un de ses plus célèbres représentants à l'Assemblée nationale : le cardiologue LR Jean-Pierre Door, député du Loiret depuis 2002, ne s'est en effet pas représenté cette année. C’était aussi le cas du professeur de médecine Jean-Louis Touraine (LREM).