Australie : nouveau débat sur les recommandations suisses

Publié par tofo le 29.07.2008
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Une remise en cause des recommandations suisses (voir interview du professeur Bernard Hirschel), une nouvelle guerre entre scientifiques… c'est l'approche choisie, notamment par l'AFP, pour annoncer la publication dans la revue britannique The Lancet d'une étude portant sur une estimation des risques chez les couples sérodifférents à partir d'un modèle mathématique.

Réalisée par une équipe australienne, l'étude s'appuie sur un modèle mathématique (c'est-à-dire à partir de projections). Elle établit que la probabilité cumulée d'une transmission, avec une moyenne de 100 relations sexuelles par an sans protection, serait de 0,22 % par an pour les transmissions de femme à homme, 0,43 % pour les transmissions d'homme à femme, et de 4,3 % pour les transmissions d'homme à homme. L'équipe australienne a ainsi calculé que sur dix ans et sur une population de 10 000 couples sérodifférents (une personne séropositive et l'autre non), 215 hommes et 425 femmes seraient infectés lors d'une relation hétérosexuelle et 3 524 hommes à la suite de relations homosexuelles. Pour The Lancet, cela correspond à "un quadruplement des risques si aucune protection n'est utilisée".

Directeur de l'équipe scientifique australienne, le docteur David Wilson estime que, bien que le risque de transmission du virus soit bas, il n'est pas "égal à zéro". Soit très exactement, ce que disent les autorités de santé suisses dans leurs recommandations depuis le début. En effet, contrairement à une idée reçue, les recommandations suisses ne disent pas que le risque est égal à zéro, mais qu'il est négligeable ou minime. Les recommandations suisses qui s'appuient sur des enquêtes réalisées sur des couples sérodifférents ne prétendent pas que le virus disparaît totalement de l'organisme, comme le texte de l'AFP et sa façon d'opposer recommandations et étude australienne le laisse entendre. Les recommandations suisses parlent d'un virus indétectable car son niveau est si bas qu'il ne peut plus être mesuré, rien de plus. Les recommandations précisent surtout que plusieurs conditions sont requises pour les couples sérodifférents : Il faut que la charge virale soit indétectable depuis au moins six mois, que le couple soit stable (pour faire simple, ça veut dire "fidèle"), qu'aucun des partenaires n'aient une IST et que la personne séropositive soit strictement observante. C'est-à-dire qu'elle prenne scrupuleusement ses traitements selon la prescription du médecin.

Des critères que l'étude australienne ne prend pas tous en compte. Ainsi dans son commentaire critique sur l'étude australienne, Pietro Vernazza, un des co-auteurs des recommandations suisses, note que cette dernière n'a pas pris en compte les IST. Or, dans les recommandations suisses, l'absence d'IST est un élément particulièrement important pour limiter les risques éventuels de transmission. Par ailleurs, le chercheur suisse indique que l'étude australienne a retenu des valeurs "hautement improbables" concernant les risques de transmission éventuels chez les homosexuels, ce qui fausse, selon lui, les chiffres avancés concernant les gays. Enfin, Pietro Vernazza note que les éditorialistes du Lancet dans leur présentation de l'enquête australienne, indiquent que cette dernière valide les recommandations suisses. Soit le contraire de ce qu'avance l'AFP. Evidemment, sans une caricature des positions et de ce que disent vraiment ces recommandations, on pourrait avoir une information moins manichéenne.

Dans l'interview publiée par Seronet, le professeur Bernard Hirschel rappelle : "Notre annonce dit que si quelqu’un est traité et qu'il a une virémie [ou charge virale] indétectable le risque de transmission est très bas (…) L'absence d'"infectiosité" est soumise à certaines conditions : un traitement qui dure un certain temps (six mois au moins), une virémie indétectable prouvée pendant six mois, et une bonne observance (plus de 95 % des comprimés pris selon les prescriptions du médecin). A ces conditions, le risque de transmission est très bas. S'ajoute une autre condition (…) c’est l’absence d'infections sexuellement transmissibles (…) En revanche, notre annonce ne dit pas que dans des relations occasionnelles vous pouvez arrêter le préservatif, car vous ne connaissez pas assez votre partenaire (…) L'annonce intéresse donc surtout les couples stables et de statuts sérologiques différents."

Enfin, rappelons que les recommandations suisses affirment que c'est de la responsabilité des personnes de décider pour elles-mêmes. Personne ne peut et ne doit le faire à leur place.

Commentaires

Portrait de Phil86

que plus la charge est basse et plus elle l'est de façon durable, moins on est contaminant ceci dit l'étude suisse ne porte pas sur les homos mais que sur les hétéros et je ne sais pas si la sodomie entre dans les comportements du panel de l'étude (qu'en est-il ?) ; et vu le nombre très élevé de couples gays non stables (entre ceux qui assument ouvertement l'infidélité sexuelle et ceux qui prétendent être fidèles mais ne le sont pas), l'étude suisse me semble difficilement applicable aux gays perso, je continue avec la capote pour toutes les sodos, actives ou passives
Portrait de BESA

Bonjour! Je propose de ajouter ce document à la suite de l'interview du Dr. Hirschel publié dans "Tous les événements" à titre d'information. Merci