Bachelot rassure… mais des questions restent en suspens

Publié par jfl-seronet le 20.07.2010
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Vienne 2010test rapidedépistage communautaire
Son interview dans Libération n'avait pas convaincu, son discours à la Conférence de Vienne (19 juillet) était assez conventionnel… la ministre de la Santé a donc choisi (pas vraiment le choix dans un tel contexte…) de recevoir les associations françaises de lutte contre le sida présentes à Vienne. C'était hier à 19 heures. La ministre a également profité de son passage au stand de AIDES pour se faire dépister dans le cadre d'un dépistage conduit par des acteurs communautaires. Un geste fort qui est aussi un signal politique sur l'enjeu majeur du dépistage en France. Explications.
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Tailleur bleu, ruban rouge, franc sourire, doigt tendu et goutte de sang, la ministre de la Santé sait quand il faut donner un signe. Elle s'était faite vacciner contre la grippe A devant les caméras, il y a un an… pour montrer l'exemple. Elle a, à la l'occasion de la Conférence de Vienne, accepté de se faire dépister sur le stand de AIDES dans le cadre du dépistage communautaire (pas de blouses blanches) au moyen d'un test à résultat rapide. C'est un geste fort et un signal politique qui met un terme au flottement et aux inquiétudes suite à son interview du 19 juillet dans "Libération". Interrogée sur les nouvelles stratégies de dépistage, la ministre évoquait l'ouverture de 10 centres de dépistages avec une participation des acteurs associatifs aux procédures de dépistage. Cette piste fait d'ailleurs l'objet d'une recherche conduite par AIDES, l'ANRS et l'Inserm. Reste qu'il ne s'agit pas, loin s'en faut, de la seule solution pour améliorer et renforcer durablement la politique de dépistage en France. Une des pistes principales a été proposée par AIDES (dans le cadre, là encore, d'une recherche avec l'ANRS), il s'agit d'un dépistage communautaire proposé par des militants associatifs (formés spécifiquement pour cela), donc d'un dépistage non médicalisé. Cette option, complémentaire au dispositif actuel, a bien des atouts et s'annonce comme un moyen de faire accéder plus facilement certains groupes au dépistage, les gays notamment. Le geste ministériel est doublement important. Il gomme le flou artistique de l'interview du 19 juillet qui donnait la furieuse impression d'un retour en arrière. Il crédibilise le dispositif et la stratégie défendus par AIDES (alors mêmes que les textes réglementaires concernant ce dispositif n'ont pas été adoptés par le ministère de la Santé). D'ailleurs l'association, présente au temps d'échange avec la ministre à Vienne, l'indique dans un communiqué : "Roselyne Bachelot annonce la pérennisation du dépistage démédicalisé". Pour AIDES, la ministre met ainsi fin à des mois d’hésitations et précise les propos qu’elle tenait hier dans "Libération" : oui, le dépistage démédicalisé comme le pratique AIDES dans le cadre du projet de recherche Com’Test mené avec l’ANRS va être autorisé par modification réglementaire et sa mise en œuvre concrète sera effective dès 2011 dans dix villes de France avec des budgets pérennes. Pour l'association, c'est à la fois du "soulagement" et la "reconnaissance d’un travail intensif mené depuis plus de deux ans pour prouver qu’un autre dépistage est possible."

Si, en matière de dépistage, la ministre a rassuré, elle n'a manifestement pas convaincu ses interlocuteurs sur la mise en place de centres de consommation supervisée ! "On attend encore des précisions : deux villes – Paris et Marseille - seraient partantes pour lancer des centres de consommation supervisée, mais la ministre annonce dans le même temps une nouvelle concertation après la remise du rapport de l’Inserm", critique AIDES. Le risque étant qu’une concertation se succède à l’autre (une habitude très française)… comme un bon moyen de ne rien faire. L'exemple des programmes d'échanges de seringues en prison est, à cet égard, particulièrement édifiant. La mise en place de programmes d’échanges de seringues en prison étant toujours repoussée à une date ultérieure… Il a tout de même des fois où le "temps de la réflexion" ressemble beaucoup à de l'inaction ! D'autres sujets restent également préoccupants. C'est, par exemple, la taxation ou "droit de timbre" (sic) à l’entrée de l’Aide médicale d’Etat pour les personnes en situation irrégulière. Un projet que AIDES trouve "injuste" surtout quand on sait que les personnes qui perçoivent l’AME sont majoritairement sans revenus." Autre sujet d'inquiétude et de mécontentement : la situation en Guyane, région pour laquelle il n'y a toujours pas d’engagement à la hauteur de la situation d’épidémie généralisée que connaît le département.
Sur ces sujets là, pas d'engagements, pas d'annonces. Le ministère est probablement en pleine phase de réflexion !
Plus d'infos sur http://www.aides.org/

Commentaires

Portrait de nathan

Qu'en est-il de l'essai pilote d'autotests gratuits dans 40 pharmacie d'Espagne et de Catalogne qui s'est achevé en décembre 2009 ? Vous devez sans doute rencontrer des militants associatifs espagnols et catalans à Vienne. Qu'en disent-ils ?

On peut comprendre l'intérêt associatif à prendre une part plus grande dans la santé publique pour continuer à exister. Mais pour ceux qui ne souhaitent pas se rendre dans un centre associatif communautaire et disposer d'eux-mêmes et de leur santé, l'autotest disponible en pharmacie est a priori intéressant aussi. Cela constituerait une frange supplémentaire dans le spectre déjà large des possibilités de dépistage, la première étant, selon moi, le médecin généraliste qui peut prescrire à tout moment un test de dépistage en laboratoire de ville.

Portrait de derdeder

un auto-test ? style test de grossesse ? je suis assez dubitatif sur un tel objet, même si lors des résultats d'un test, on a un pronostic coup de poing comme le faisaient certains médecins, "vous êtes séropositif et vous avez moins de deux de vie a peu près en bonne sante...", d'autres y mettaient plus de forme, ou se plantait devant vous pétrifié essayant de prononcer le verdict, j'ai connu le 3eme puis le 1er, mais il y avait au moins quelqu'un devant soi, pour essayer de vous parler, ou se prendre une bonne droite, la, un auto-test, et ils vont le sortir avec option corde ou revolver ?
Portrait de vincent58

slt nathan jamais entendu ce projet par contre il y a depuis plusieurs années sur barcelonne, une assoc qui propose des tests vih gratuit. L'offre de dépsitage en Espagne est bien moindre que chez nous ! par contre je suis assez favorable à ce que chacun puisse faire comme il le souhaite en matière de dépistage. Donc si les auto test sont fiables il faudrait les mettre à dispo et proposer aux personnes d'apprendre à les utiliser. Perso je suis militant sur le projet dépistage rapide et associatif de Aides sur Paris et parfois à Lille. Au delà des proposer à la personne un entretien permettant d'avoir la possibilité d'échnager autour des pratiques et des moyens de réduire les risques, je suis toujours dans une démarche de permettre aux personnes d'apprendre à utiliser le matériel de dépistage afin de faire eux même le test et d'apprendre à lire le résultat. J'explique aux personnes que lorsque ces tests seront disponibles en vente libre ils sauront les utiliser ! D'autant plus qu'il est assez facile d'en trouver via internet (mais la fiabilité est moins bonne !) biz vincent58 http://www.seronet.info/article/depistage-rapide-l-experience-du-bcn-che...
Portrait de nathan

salut Vincent,

Il s'agit de cela :

"Des pharmacies de Catalogne mettront à disposition des tests du Sida lors d'un projet pilote inédit en Europe. Vingt cinq centres pilotes de l'agglomération de Barcelone donneront un diagnostic en 10 minutes sur le virus du Sida [1] (VIH.) Le projet pilote fait partie d'un Plan lancé par le Gouvernement Régional afin d'intégrer 3000 pharmacies catalanes dans le réseau sanitaire de l'Autonomie. Ce test qui durera entre 10 et 15 minutes pour en obtenir le résultat s'adresse aux adultes de plus de 16 ans et sa fiabilité est de 99,6%. Les pharmacies choisies devront prévoir un espace réservé où les patients seront reçus et le personnel recevra une formation sur la communication des résultats du test prenant en compte la charge émotionnelle que de tels résultats peuvent comporter." La suite

Le même essai pilote a concerné 20 autres pharmacies d'Espagne, autonomie oblige.

Tu écris ceci avec quoi je suis en total accord :

"Par contre je suis assez favorable à ce que chacun puisse faire comme il le souhaite en matière de dépistage.Donc si les auto test sont fiables il faudrait les mettre à dispo et proposer aux personnes d'apprendre à les utiliser.
Perso je suis militant sur le projet dépistage rapide et associatif de Aides sur Paris et parfois à Lille. Au delà des proposer à la personne un entretien permettant d'avoir la possibilité d'échnager autour des pratiques et des moyens de réduire les risques, je suis toujours dans une démarche de permettre aux personnes d'apprendre à utiliser le matériel de dépistage afin de faire eux même le test et d'apprendre à lire le résultat. J'explique aux personnes que lorsque ces tests seront disponibles en vente libre ils sauront les utiliser ! D'autant plus qu'il est assez facile d'en trouver via internet (mais la fiabilité est moins bonne !)
"

Voilà : vive l'autonomie !

D'ailleurs que ce soit pour l'insuline ou les anticoagulants ou pour contrôler sa glycémie, c'est déjà ce que de nombreuses personnes font.

Si je prends l'exemple des homos qui ont des rapports pas parfois risqués, on peut imaginer qu'ils contrôlent eux-mêmes leur séropositivité dans la durée, facilement, chez eux, comme les diabétiques contrôlent leur glycémie, sans avoir à accomplir un tas de démarches compliquées qui ont souvent un effet dissuasif. Qu'il y ait une forme d'éducation à la santé communautaire pour apprendre le geste, ok pour ceux qui le souhaitent. Mais ensuite, vive l'autonomie.

Pour ma part, je suis favorable à ce qu'on puisse trouver les autotests dans toutes les pharmacies, et subsidiairement dans des lieux communautaires. L'inverse ne peut que constituer un frein au dépistage facile et systématique.

Quant aux discours habituels sur le soutien psy etc, il suffit d'interroger les séropos sur la manière dont le résultat du test leur a été annoncé. Pas brillant en général. Comme pour les cancers d'ailleurs.

Bizzz

Portrait de nathan

Là où il faut de l'autonomie pour que ce soit efficace (dépistage, par exemple), les assos disent : "Non, nous sommes nécessaires. Vous n'êtes pas assez grands."

Et là où il faudrait du soutien (aide à domicile, par exemple), on dit "démerdez-vous".

Voilà sans doute pourquoi aussi le discours associatif devient de plus en plus inaudible pour les séropos.

Portrait de guppy

Et oui Nathan, c'est d'abord "AIDES, toi et le ciel t'aidera !
Portrait de barebackette

À moins de considérer les associations comme de simples prestataires de service, les associations c'est aussi ce que tu les laisses devenir, Nathan, par ton action ou ton inaction. Ensuite, on peut s'interroger sur la manière dont telle ou telle organisation est capable d'accueillir de nouveaux membres et de faire évoluer leur discour

Mais en l'espèce, pour ce qui concerne les autotests, je crois qu'on peut légitimement se poser des questions sur leur intérêt en matière de prévention compte-tenu qu'ils permettent moins de dépister des primo-infections que les tests en laboratoire.

La question est d'abord de savoir si certains plaident pour la mise à disposition d'autotests pour baiser sans capote en pratiquant un sérotriage qui ne resterait que théorique et inefficace ou pour étendre le niveau de dépistage dans la population.

Portrait de nathan

barebackette wrote:

À moins de considérer les associations comme de simples prestataires de service, les associations c'est aussi ce que tu les laisses devenir, Nathan, par ton action ou ton inaction. Ensuite, on peut s'interroger sur la manière dont telle ou telle organisation est capable d'accueillir de nouveaux membres et de faire évoluer leur discour

Bah, moi j'ai le sentiment que les associations se considèrent d'elles-mêmes comme des prestataires au service de l'Etat et que leur autonomie politique est toute relative compte tenu des sources de financement. On voit très bien ce mécanisme dans le désengagement de l'aide à domicile quoi qu'en disent certains dignitaires associatifs. Et comme l'objectif de l'Etat, c'est désormais - même confusément - l'éradication de l'épidémie... Quant à la capacité de "telle ou telle organisation (...) d'accueillir de nouveaux membres", c'est lourd et gras un mamouth.

barebackette wrote:

Mais en l'espèce, pour ce qui concerne les autotests, je crois qu'on peut légitimement se poser des questions sur leur intérêt en matière de prévention compte-tenu qu'ils permettent moins de dépister des primo-infections que les tests en laboratoire.

La question est d'abord de savoir si certains plaident pour la mise à disposition d'autotests pour baiser sans capote en pratiquant un sérotriage qui ne resterait que théorique et inefficace ou pour étendre le niveau de dépistage dans la population.

A vrai dire, le discours d'Act up m'est aussi très hermétique. Heureusement que tu es là pour en rappeler la substance de temps en temps.

Portrait de vincent58

Oui ce ne serait sans doute pas impossible que des gays ou des hétéros en couple puissent au bout de 3 mois utiliser ce type de test pour pouvoir bzer nokpote ! et alors ? si c'est leur choix ! il faudrait peut être arrêter de croire que les gens sont cons et irresponsbales ! et quand bien même si deux personnes sont ok pour utiliser un test rapide avant de bzer...c'est aussi leur droit non ? ils sont adultes... pourkoi toujours vouloir imposer à autrui une unique manière de se protéger... Ou bien alors vive internet et la mise à dispo (payante) dans les pays étranger de ce type de test.. vincent58
Portrait de nathan

vincent58 wrote:

Oui ce ne serait sans doute pas impossible que des gays  ou des hétéros (...) puissent (...) utiliser ce type de test (...)

Mais tu vois, je vais encore plus loin que toi en ne soumettant cette utilisation à aucune condition car ces conditions ne regardent que les personnes concernées elles-mêmes et personne d'autre. D'où les (...) que j'ai placés dans la citation de ton propos.

Et je modifie même ton "Oui ce ne serait sans doute pas impossible que..." par "Il est nécessaire que.."

Pour les raisons que tu donnes ci-dessous :

vincent58 wrote:

 il faudrait peut être arrêter de croire que les gens sont cons et irresponsbales ! et quand bien même si deux personnes sont ok pour utiliser un test rapide avant de bzer...c'est aussi leur droit non ? ils sont adultes... pourkoi toujours vouloir imposer à autrui une unique manière de se protéger... Ou bien alors vive internet et la mise à dispo (payante) dans les pays étranger de ce type de test.. vincent58

En fin de compte, mon énoncé serait alors :

Il est nécessaire que les gays et les hétéros puissent utiliser ce type de test quand ils le veulent et au motif qui les concernent seuls, à l'exclusion de toute ingérence dans leur décision...