Banlieues fières, banlieues vénères

Publié par Fred Lebreton le 09.06.2022
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PolitiquePride banlieues 2022

Beau succès pour la deuxième édition de la Pride des Banlieues qui s’est déroulée le 4 juin en Seine-Saint-Denis. L’événement a mobilisé une foule militante, joyeuse et hétéroclite.

Samedi 4 juin 2022, 14 heures, la météo annonçait une pluie battante, mais c’est sous un beau soleil que s’est lancée la deuxième Pride des Banlieues, après deux années d'interruption due à la crise sanitaire liée à la Covid-19. Une dizaine de milliers de personnes d’après les organisateurs-rices (5 000 d’après la police) ont défilé de la place René Dumont à la place Victor Hugo formant une marée arc-en-ciel dans le centre-ville de Saint-Denis (93). « C’est beaucoup plus que la première édition qui avait rassemblé trois milles personnes, le 9 juin 2019 », affirment les organisateurs-rices. « Les manifestants-es étaient rassemblés-es autour d’une revendication : l’ouverture de 10 000 places d’hébergement d’urgence en Seine-Saint-Denis pour que plus personne n'ait à dormir dans la rue quelles que soient son identité de genre, son orientation sexuelle, sa religion ou sa classe », expliquent les porte-paroles de l’événement. Parmi les manifestants-es, beaucoup de jeunes personnes LGBT+ pour la plupart racisées, mais pas que et sur les pancartes beaucoup de messages politiques : « Fiertés sans frontières ni nation. Régularisation » en soutien aux personnes sans-papiers LGBT+ ou encore « Banlieues fières, banlieues vénères ».

C’est dans une bonne ambiance et sans incident que la marche s’est terminée laissant place à un village associatif et à des prises de paroles de militants-es. Le VIH a eu sa place au coeur l’événement et dans l’esprit des organisateurs-rices. « C’est l’accès aux soins » qui est la revendication prioritaire, a ainsi expliqué Yanis Khames, un des organisateurs de la marche avec son association, Saint-Denis ville au cœur. « L’Île-de-France et la Seine-Saint-Denis sont les territoires avec le risque d’infection au VIH le plus élevé. Les LGBTQI + de quartiers populaires sont donc particulièrement concernés. Pour autant, les offres de prévention et de dépistage restent insuffisantes », assure le jeune militant, cité par l’AFP.

Au même moment sur les réseaux sociaux, changement d’ambiance. Le hashtag #PrideDesBanlieues est pris d’assaut par la fachosphère, mais pas uniquement… Les militants-es de droite et du Printemps républicain s’en prennent aux participants-es de la marche les traitant d’« indigénistes » ou de « complices des islamistes ».

Parmi des centaines de tweets, citons celui de Christine Le Doaré. L’ancienne présidente du Centre LGBT de Paris, qui se définit sur sa bio Twitter comme « féministe universaliste et laïque », écrit : « Lisez ma tribune, cette Pride n’est pas du tout dans l’intérêt des personnes LGBT, elle nous met plutôt en danger ». Extrait de la tribune en question publiée dans Marianne le 3 juin : « Selon moi, cette contre-marche LGBTQIA+, au lieu de militer en faveur des personnes homosexuelles et des trans, nous met encore plus en danger, nous associant à une culture anti-démocratique de l’outrance et de la censure, en nous livrant aux islamo-gauchistes complaisants avec l’islam politique ». Sébastien Tüller, responsable LGBT+ pour Amnesty France, présent à la Pride des banlieues, a répondu au tweet de Christine Le Doaré : « Le relativisme culturel, le wokisme, la cancel culture : vous cochez toutes les cases et vous vous trompez sur toute la ligne. Mais venant de Marianne, c'était prévisible ». Interrogé par Seronet, Yanis Khames, l’un des organisateurs de la Pride, n’a pas semblé surpris de ces réactions : « Nous nous y attendions. C'était déjà le cas en 2019 où nous avions subi des campagnes de cyber-harcèlement de la part de militants-es d'extrême-droite, parfois LGBT. Leurs méthodes sont à l'image de leurs idées, violentes et à 10 000 lieues de la réalité du terrain ».