Bien vieillir LGBT … tout un projet !

Publié par Mathieu Brancourt le 31.05.2011
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vieillirLGBT
A l’initiative du Centre LGBT (Lesbien, Gai, Bi, Trans) Paris-Ile de France, un projet sur la question du "Vieillir LGBT" a été lancé. Pierre Fourier, futur psychologue et référent du projet, nous donne les clés de cette nouvelle problématique, alors qu’un groupe de parole sera lancé à partir du 31 mai. Seronet l’a rencontré.
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Quel constat a motivé le projet "Vieillir LGBT" ?
C’est une réflexion que le Centre LGBT a nourri de son côté. Avec un constat de nouvelles problématiques sur le plan social, médical ou psychologique. Nous n’en connaissions pas tous les enjeux et il fallait y réfléchir pour élaborer des moyens d’action, afin de soulager une nouvelle population dans la communauté et essayer d’envisager des solutions.

Concrètement, comment cela se met-il en place ?

Il y a déjà eu une réunion publique d’information lancée en février, pour comprendre les besoins du public et savoir en quoi, de quelle manière le centre pouvait travailler sur ces problématiques. Le Centre LGBT a mis en place un groupe de travail, avec un référent santé travaillant au centre, pour les questions liées au VIH. De mon coté, en tant que futur psychologue, je fais une enquête sur les besoins psycho-sociaux des personnes, sur ces questions. Je travaille donc en interaction avec ce groupe de travail. Cela va déboucher sur une conférence sur les thèmes de la prise en charge du vieillissement dans les associations et par les pouvoirs publics. C’est aussi un groupe de parole qui va se mettre en place au niveau du Centre à partir du 31 mai, en partenariat avec l’association Paroles (association de soutien aux personnes), pour collecter des informations sur ces questions. Cela va permettre également d’aider des personnes en position de repli ou de solitude, à libérer leur voix.

Concernant la santé, comment ce projet inclut-il la question du VIH et de l’isolement ?
Le référent santé s’occupe de toutes les questions liées à la santé. La question du VIH est évidemment au centre des réflexions. Avec l’inconnue médicale liée au vieillir VIH. On constate l’arrivée d’une nouvelle population vieillissante, vivant avec le VIH. On peut penser que de nouvelles pathologies vont apparaître, avec donc de nouvelles questions. L’isolement est aussi un facteur très important dans le vieillissement. Et cela n’est pas le simple fait de vieillir. C’est un processus qui commence assez tôt dans la communauté LGBT, où règne une culture de la séduction, surtout au niveau de la population gay. C’est donc une problématique particulière, VIH ou pas. Un certain jeunisme existe, mais aussi un âgisme, avec une communauté qui sépare les vieux des jeunes, notamment dans les lieux de sociabilité. Cela donne forcément des personnes vieillissantes qui se retrouvent avec un manque de lien avec les plus jeunes. La problématique du couple est aussi différente dans la communauté LGBT. Avec des formes de couples moins reconnues socialement. Cette question du lien peut expliquer l’isolement, le repli sur soi. Le groupe de parole se fonde sur ce constat, et permet de donner la parole à des gens qui n’osent plus la prendre.

Comment y inclure les personnes, notamment séropositives ?
Ce n’est pas moi, mais le groupe de parole qui met cela en place et cela reste à construire. On est évidemment conscient de l’enjeu médical prioritaire que cela représente. Il y a un effort inter-associatif à faire. Nous savons que les moyens humains et la simple mobilisation ne suffiront pas. La conférence prend la forme d’une conférence inter-associative pour interpeller les pouvoirs publics. Et cela avec toute personne issue du tissu associatif ou des pouvoirs publics qui aurait une forme d’expertise, notamment sur la séropositivité. Mais vieillir LGBT, c’est aussi se poser la question du ressenti du vieillissement au travers d’une société, d’une culture. Evidemment la population LGBT est influencée par la culture gay et lesbienne, mais aussi par la culture assez hétéro-normée en dehors de ce cercle. Aussi, est-ce que la question du vieillir LGBT doit se prendre sur un plan sexuel ou avant tout avec un regard social qui différencie les homos et les transsexuels d’un parcours d’hétéro plus "classique", avec des questions plus intellectuelles ?

Comment sortir alors du cadre associatif LGBT ?
Pour avoir un retentissement, notamment sur la question des lieux de vie pour personnes âgées, il faut intervenir au niveau des pouvoirs publics. Si on reste dans un processus intra-communautaire, cela sera très compliqué. Il y a donc une volonté du Centre que cela soit associatif mais que, assez tôt, cela puisse interpeller les pouvoirs publics. Le Centre a déjà eu l’occasion grâce à Christine Le Doaré (présidente du Centre LGBT de Paris-IDF), de nouer des contacts. Si des relations sont déjà préexistantes, avec notamment la mairie de Paris, il en reste d’autres à construire. Le premier groupe de parole du 31 mai, a plusieurs objectifs : focaliser l’attention sur cette problématique et la médiatiser. Ensuite, faire comprendre les enjeux que le vieillissement pose pour la population et donner une place pour la parole de ces personnes.


Sentez-vous de l’intérêt pour ces questions dans la communauté LGBT, au delà des associations ?
Si on veut retracer de manière historique ce cheminement, le gros "cataclysme" de l’arrivée du sida et la lutte qui en a découlé, ont été très importants dans la construction des associations LGBT. Passée cette question urgente, de nouvelles problématiques commencent à émerger. Le vieillissement en fait partie, notamment celui des personnes séropositives, et rejoint ainsi cette lutte historique. Mais cela ouvre aussi une nouvelle période de l’action communautaire et militante, avec des associations qui apparaissent, comme l’Autre Cercle (association de lutte contre l'homophobie en milieu professionnel), montrant que le vieillissement et l’isolement des personnes interrogent parmi les LGBT. Après, je ne suis pas sûr que ces questions soient dans tous les esprits des personnes de la communauté…
Plus d’infos sur le site du Centre LGBT.

Propos recueillis par Mathieu Brancourt.

Commentaires

Portrait de jeanlouis

Je me sens bien sur concerné et ces sujets sont rarement abordés ou de façon marginale. Il y a de l'impudeur à exprimer ses peurs, ses fragilités face au vieillissement en cours et surtout futur. Perte de lien, fragilisation physique, perte de libido.....tout cela ne rend pas l'avenir si rose et pourtant je suis sur que le vieillissement fait partie aussi des étapes de la vie très intéressantes car on est libre sur bien des points de vue et on gère seulement le présent..... Je suis plein de contradiction sur ce sujet qui m'interpelle car je suis dedans Merci de libérer la parole sur ce sujet encore bien tabou car en totale contradiction avec les images people que nous cotoyons; toujours beaux, jeunes.....et prêts à consommer (dans tous les sens d'ailleurs). Bravo pour la démarche de ce chercheur et du centre LGBT;..............et merci