Brigitte Goldberg : "Toute personne résidant sur notre territoire doit bénéficier d’un accès aux soins"

Publié par jfl-seronet le 23.03.2012
1 527 lectures
Notez l'article : 
0
 
présidentielles 2012Brigitte Goldbergavenir 2012
Présidente du collectif LGBT Trans-Europe, Brigitte Goldberg est aussi la présidente du parti Avenir 2012. Formation politique dont elle dit qu’elle n’est pas un "parti transsexuel, mais le premier parti politique dirigé par une dirigeante transsexuelle". A ce titre, elle mène campagne pour la présidentielle 2012. A l’instar d’autres candidats, Brigitte Goldberg a répondu aux questions de Seronet sur la lutte contre le sida. Interview exclusive.
brigitte_Goldberg.jpg

En 2011, différentes mesures législatives ont été prises concernant la situation des personnes étrangères et tout spécialement celles qui sont malades, qu’elles soient ou non en situation irrégulière. L’Aide Médicale d’État (AME) a été ainsi largement réformée et le droit au séjour pour soins sévèrement attaqué. Que pensez-vous de ces décisions et quelle lecture politique en faites-vous ?

Ces décisions sont injustes et inéquitables. Toute personne résidant sur notre territoire doit bénéficier d’un accès aux soins quelque soit sa situation.

Si vous êtes en situation, comptez-vous revenir sur ces décisions, en rétablissant le droit au séjour pour soins, en supprimant le droit de timbre pour l’accès à l’AME ? Ou pensez-vous que l’AME doive être intégrée dans l’Assurance maladie et ne plus être un dispositif à part ?
Notre parti propose la régularisation des personnes dites "sans-papiers". Cette mesure permettra, entre autres, de faire bénéficier ces personnes de la CMU et de la CMU Complémentaire, ce qui permettra de réaliser des économies par rapport au coût de l’AME tout en garantissant la qualité des soins.

Ces dernières années, les choix du gouvernement en matière de comptes sociaux ont eu des conséquences importantes sur la vie des personnes malades et tout spécialement celles qui sont atteintes d’affections de longue durée comme les personnes atteintes d’une hépatite ou du VIH ?  La mise en place des franchises médicales, la multiplication des déremboursements de médicaments, la hausse du prix des consultations, des forfaits hospitaliers… ont eu pour conséquence d’augmenter le reste à charge pour les personnes malades et surtout de renforcer une logique individuelle contre la solidarité collective. Que pensez-vous de ces décisions ?
Ces décisions ont pour conséquence l’exclusion d’une catégorie de personnes défavorisées de notre système de santé. S’il est normal que les franchises médicales soient conditionnées au revenu, le droit à l’accès aux soins pour tous devrait être inscrit dans la Constitution. Il n’est, de plus, pas acceptable de constater des dépassements d’honoraires dans le secteur hospitalier public.

En matière de dépenses de santé, de tarification, d’équilibre des comptes sociaux… que faut-il éviter et quelles propositions faites-vous ?
Le déficit de la Sécurité sociale (tous régimes confondus) s’élevait à 18,6 milliards en 2011. Il importe de rationaliser et de mutualiser le système de santé ; notre parti propose des incitations fiscales visant les cliniques privées à devenir des cliniques mutualistes ainsi que la création de "points de santé" dans les zones de désertification médicale. Nous pensons qu’une meilleure maîtrise des dépenses est possible : large recours aux médicaments génériques, suppression des examens redondants, délivrance des médicaments à l’unité, etc. Et cela sans pour autant nuire à la qualité des soins. D’autre part, la réduction du budget du SAMU Social et l’absence d’une politique de prévention envers les populations les plus défavorisées entraînent une saturation coûteuse des urgences. Il convient donc de remédier à cette situation en se donnant les moyens d’agir en amont.

En matière de santé, le gouvernement actuel a tout misé sur la contribution des malades, les taxes sur les labos et les mutuelles et un programme contraignant d’économies pour les hôpitaux. Cette politique a d’ores et déjà des conséquences sur l’organisation des soins et la qualité de la prise en charge des personnes malades, notamment celles atteintes d’une affection de longue durée. On peut le mesurer avec ce qui se passe avec l’AP-HP en Ile-de-France. Selon vous qu’est-ce qui pose problème dans cette politique et que proposez-vous ?
Nous proposons une gestion rigoureuse des hôpitaux publics. Les problèmes rencontrés avec la construction du centre hospitalier Sud-Francilien [fusion des hôpitaux de Corbeil-Essonnes et d'Evry, ndlr] en partenariat avec le groupe Eiffage montre de toute évidence que le partenariat public-privé n’est pas adapté à ce type de structures. Il faut d’une part des structures publiques disposant des moyens nécessaires au traitement des pathologies "lourdes" nécessitant des moyens humains et matériels adaptés. D’autre part, il faut inciter les cliniques privées qui ne traitent que les pathologies les plus rentables à devenir des cliniques mutualistes, (donc sans but lucratif), et à mutualiser leurs moyens avec les hôpitaux publics de taille moyenne. Enfin, la création des "points de santé" précédemment évoquée permettra une réponse immédiate à la demande de soins de proximité. Ces deux derniers types de structures permettront d’éviter un recours systématique aux services des urgences et donc, leur saturation.

On parle beaucoup de démocratie sanitaire. Est-ce que cette idée vous intéresse et si oui… comment la concevez-vous ?
La démocratie sanitaire consiste pour nous en la participation de représentants des assurés
sociaux et des usagers des soins au sein des structures administratives des hôpitaux publics.
Nous constatons que, pour l’instant, les déclarations d’Emmanuelle Wargon [secrétaire générale des ministères en charge des Affaires sociales, ndlr] n’ont pas été suivies d’effet…

Nicolas Sarkozy s’est engagé lors de sa première campagne présidentielle à augmenter de 25% sur la législature le montant de l’allocation aux adultes handicapés. Il a récemment indiqué que la promesse serait tenue en 2012. Il y a eu plusieurs augmentations, malgré tout, les personnes qui en sont bénéficiaires vivent toujours sous le seuil de pauvreté. Du coup, de nombreuses associations et structures syndicales ou politiques, réunies au sein de Ni pauvre, Ni soumis, demandent à ce que cette allocation soit remplacée par un revenu d’existence aligné sur le SMIC. Etes-vous favorable à cette mesure ? Cela est-il, selon vous, finançable et si oui dans quel système ?
Il est possible de financer ce type de mesure à laquelle nous sommes totalement favorables par l’axe que nous proposons. Un axe de justice sociale par l’intermédiaire d’une réforme de la fiscalité qui rétablira la justice sociale par la suppression des niches fiscales et par une imposition plus équitable des sociétés et des particuliers, impositions qui viseront prioritairement, non pas les revenus du travail, mais ceux de la spéculation, qu’elle soit  boursière ou immobilière.

A la suite de l'affaire du Mediator, le gouvernement a proposé et fait adopter un projet de loi sur le médicament. Que pensez-vous de ce texte ? Quelles en sont les faiblesses ? Quelles mesures pensez-vous mettre en place dans ce domaine si vous êtes en situation ?
Le projet de loi sur le médicament présenté le 1er août comporte des mesures intéressantes
visant à la prévention des conflits d’intérêts. Il n’y a pas été malheureusement inclus des
mesures concernant des produits médicaux et chirurgicaux non considérés comme tels.
L’exemple du scandale de la société PIP [implants mammaires, ndlr] montre l’évidence de la nécessité d’un contrôle sur l’ensemble de la chaîne sanitaire. D’autre part, il faudrait étudier quel équilibre est possible entre la nécessité d’une sécurité sanitaire en ce qui concerne les nouvelles molécules mises sur le marché et la possibilité pour les patients atteints de pathologies "lourdes" de pouvoir en bénéficier dans des délais raisonnables.

En matière de lutte contre les hépatites et le VIH/sida, des organisations non gouvernementales réclament la mise en place de mesures qui ont fait leur preuve à l’étranger dont les programmes d’échange de seringues en prison, les créations de salles de consommation supervisée, l’accompagnement à l’injection, l’auto-prélèvement chez les personnes usagères de drogues (ce qui favorise l’accès aux services de santé). Etes-vous favorable à leur mise en place ?
Je suis favorable à toute mesure visant à la prévention et à la limitation de la contamination des maladies endémiques.

Ces derniers mois, le débat a été particulièrement intense sur la question de la légalisation de la consommation des drogues. Il y a eu des initiatives politiques, des revendications associatives… Selon vous, doit-on revenir sur la loi de 70 et si oui de quelle façon ? Etes-vous favorable à la légalisation et si oui de quoi ? La dépénalisation est-elle, selon vous, une décision de santé publique et quelles limites y mettez-vous ?
Notre parti préconise la légalisation du cannabis pour trois raisons : c’est un phénomène trop répandu pour pouvoir être efficacement combattu ; la légalisation du cannabis et sa vente par des structures sous le contrôle de l’Etat feront le plus grand tort aux réseaux de trafiquants, les forces de police pourront enfin concentrer leurs efforts sur la lutte contre les drogues dites "dures", la cocaïne notamment.


Ces dernières années, les avancées scientifiques en matière de VIH/sida ont été majeures. Paradoxalement, les avancées sociales (meilleure acceptation sociale du VIH, lutte contre les discriminations liées à l’état de santé…) ont été quasi inexistantes. Une récente affaire (celle de Dax, en mai 2011) a montré les limites de la loi pénale actuelle en matière de sanction des agressions sérophobes. Etes-vous favorable à ce que la sérophobie soit, comme c’est par exemple le cas pour l’homophobie, sanctionnée par la loi et reconnue comme une circonstance aggravante ?
Le jugement de mai 2011 n’est pas satisfaisant, mais il est logique, la loi ne permettant pas de considérer la sérophobie comme une circonstance aggravante. Cette loi devra être votée par le Parlement dans le cadre d’un ensemble législatif visant à la lutte contre toutes formes de discrimination… Par exemple, les actes transphobes qui ne sont également pas visés par la loi.

De très nombreux pays ont modifié leur législation concernant la pénalisation de la transmission du VIH. Certains l’ont renforcée (en Afrique…), d’autres l’ont assouplie (Suisse par exemple) notamment avec les avancées scientifiques sur le rôle du traitement en matière de transmission du VIH. On assiste, par ailleurs, à une multiplication des plaintes en France. Ce phénomène vous alarme t-il et si oui comment y répondre ? Cela passe-t-il par une modification de la législation actuelle, d’autres solutions ?
En 1991, le Sénat avait voulu inscrire dans le code pénal une disposition incriminant la diffusion d’une maladie transmissible épidémique. Il avait dû y renoncer face aux réactions virulentes des acteurs de la lutte contre le sida. Les condamnations pour transmission du VIH ont été jusqu’à présent faites sur la bases des articles 1382 et 1383 du code civil invoquant la réparation du dommage causé à autrui. Vu la complexité du problème, nous pensons qu’il est extrêmement délicat de légiférer sur la question et qu’il faut laisser les magistrats juger "au cas par cas". L’élément le plus important semblant à nos yeux de savoir si la contamination a été faite par une personne qui ignorait ou pas sa séropositivité.


Une nouvelle disposition de la loi LOPPSI 2 instaure le dépistage sous contrainte de personnes présumées séropositives lorsqu’elles ont été en contact avec des dépositaires de l’autorité publique (forces de l’ordre, huissiers…). Cette mesure a été adoptée malgré les mises en garde de la Société française de lutte contre le sida et un avis du Conseil national du sida qui pointent une atteinte aux droits de l’Homme et les effets contreproductifs en matière de dépistage, alors même que le gouvernement développe un programme d’incitation au dépistage. Que pensez-vous de cette mesure ? Doit-elle être conservée ?
En tant que présidente du collectif LGBT Trans-Europe, j’ai eu à traiter le cas d’une personne transsexuelle victime d’une agression. Lors de l’intervention des forces de l’ordre, l’un de ses agresseurs a mordu une policière et a affirmé être séropositif. Je vous laisse imaginer le calvaire qu’a été, (d’autant plus qu’à l’époque la durée d’attente du résultat des test était plus longue), l’angoisse de cette policière. Nous pensons donc que dans tout cas où il y a eu un contact physique susceptible d’entraîner une contamination, il s’agit d’une mesure justifiée. Cette mesure doit être uniquement réservée à ce type de cas à l’exclusion de tout autre.

Le débat sur la prostitution est animé entre les partisans de l’abolition et ceux qui y sont opposés. Des associations de personnes travailleuses du sexe, de lutte contre le sida et un organisme officiel tel que le Conseil national du sida mettent en avant qu’une abolition de la prostitution voire une pénalisation des clients auraient un impact négatif sur l’accès aux droits et aux soins des personnes qui exercent cette activité et des conséquences en matière de santé publique : obstacles supplémentaires dans l’accès aux structures de soins, de prévention du VIH et des IST, de dépistage. Etes-vous favorable à cette abolition ? Si oui, pour quelles raisons et si non, comment comptez-vous renforcer les droits des personnes concernées, notamment sur les enjeux de santé les concernant ?
Je me permets de vous renvoyer à notre programme : "On ne résoudra pas le problème de la
Prostitution en le traitant avec l’hypocrisie actuelle qui ne fait qu’induire une situation qui crée des conditions d’insécurité et ouvre la porte à des réseaux mafieux. Il convient donc de la légaliser en autorisant la création d’établissements spécialisés dans des conditions législatives très précises qui feront l’objet de contrôles afin de s’assurer de leur transparence financière dans le but de rendre impossible la main mise de la délinquance sur les établissements en question. Des contrôles sanitaires seront également pratiqués. Cela permettra de mettre en œuvre l’ensemble des moyens policiers chargés de ce problème pour éradiquer la prostitution sauvage, souvent le fait de réseaux des pays de l’Est et de fait, priver le grand banditisme d'une ressource lucrative. De plus, le fait pour les prostituées d’exercer dans un milieu sécurisé ne pourra être qu’une source de réduction des actes de violences dont elles sont parfois victimes".

Des organisations non gouvernementales réclament la création d’une taxe sur les transactions financières dites aussi "taxe Robin des Bois" dont le produit permettrait de financer la santé et le développement, la lutte contre la pauvreté et le changement climatique à l’échelle mondiale. Cette taxe pourrait rapporter, chaque année, des milliards d’euros. Etes-vous favorable à cette taxe et si oui comment comptez-vous la mettre en œuvre ?
La mise en œuvre de cette taxe ne sera efficace que dans le cadre d’une application au niveau mondial et d’une lutte sans merci contre les paradis fiscaux. Le fait qu’elle ne soit appliquée que par un pays entraînera instantanément le transfert de l’activité financière vers des cieux plus cléments avec pour conséquence des problèmes de financement des entreprises. En revanche, la mise en place que nous préconisons d’une taxation spécifique sur les produits dérivés nous semble plus réaliste.

Selon vous, qui doit gérer le produit de cette taxe et à quoi doit-il être affecté ?
Le produit de cette taxe devra être réparti entre les actions de maintien et de renforcement du service public et la réduction de la dette.


Le gouvernement oppose souvent aux organisations non gouvernementales, lorsqu’elles demandent à la France de tenir ses engagements en matière d’aide publique, le fait que la France ferait déjà beaucoup en matière de développement, notamment sur les questions de santé, via Unitaid, la contribution française au Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme. Partagez-vous cet avis et que proposez-vous sur les questions d'aide au développement international, par exemple en matière d’accès universel aux traitements des malades touchés par le VIH ?
L’action d’Unitaid n’est pas contestable, notamment en entraînant une baisse du prix des traitements contre le VIH. Grâce à la taxe sur les transports aériens, (163 millions d’euros en 2010), la France est devenu le premier contributeur d’Unitaid. Nous pensons qu’une contribution accrue du secteur privé via les laboratoires pharmaceutiques serait indispensable pour renforcer cette action.

Cette année, l’épidémie de sida a 30 ans. Concernant cette maladie, qu’est ce qui vous frappe aujourd’hui ?
Des choses toutes simples : Pourquoi n’y a t-il pas de distributeurs de préservatifs à un prix symbolique dans l’ensemble des collèges et des lycées publics et privés ? Pourquoi ne sensibilise-t-on pas les parents par le biais de brochures distribuées par les enseignants aux élèves, et, par des réunions de parents d’élève ? Quels que soient les progrès des traitements contre le VIH, nous considérons que la meilleure façon de lutter contre ce fléau, (que nous proposons, dans notre programme, de déclarer "grande cause nationale"), c’est par la prévention, par l’information et par l’éducation.

AIDES parle souvent à propos de ses militants et de ceux qui luttent contre le VIH/sida de personnes séro-concernées, qui se sentent concernées à des titres divers, de façon plus ou moins directe par le sida. Comme femme, citoyenne, militante, candidate à l’élection présidentielle, vous sentez-vous séro-concernée ?
Je pense que la proposition de notre programme citée ci-dessus répond à votre question.

Propos recueillis par Jean-François Laforgerie.