Cameroun : un projet pro gay suscite l’homophobie

Publié par jfl-seronet le 16.01.2011
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LGBThomophobie
Avocate, maître Alice Nkom est l’une des rares à défendre les homosexuels au Cameroun et ce ne sont pas les affaires qui manquent tant les autorités ont développé ces dernières années une homophobie quasi institutionnalisée. Militante aussi déterminée que chevronnée, Alice Nkom est aujourd’hui, une nouvelle fois, la cible des homophobes. On lui reproche aujourd’hui d’avoir reçu un soutien financier de l’Union européenne pour une projet LGBT d’envergure dans son pays. Explications.
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Le 11 janvier, le journal camerounais le Jour informe ses lecteurs que “L’Union européenne vient d’accepter de financer le Projet d’assistance et d’encadrement aux minorités sexuelles [Paemh] (….) d’un montant d’environ 300 000 euros, près de 200 millions de francs CFA”. Ce projet a été conjointement monté et présenté par Sidado, Cofenho (Collectif des familles d’enfants homosexuels) et l’Adefho (Association de défense des homosexuels), cette dernière association est présidée par maître Alice Nkom. Le journal précise que ce projet a démarré fin décembre et qu’il s’entend sur deux ans. “Le Paemh vise à réduire de 50 % le taux d’interpellation pour faits d’homosexualité”, indique le quotidien camerounais qui cite dans son article Stéphane Koche, coordonnateur du projet Paemh. “Au Cameroun, 200 personnes sont interpellées chaque année et gardées à vue arbitrairement”, explique ce dernier. Le projet qui bénéficie de fonds européens entend apporter une assistance judiciaire aux personnes gardées à vue ou incarcérées au motif de leur orientation sexuelle. Un volet comprenant une assistance matérielle et médicale est prévu, d’autant plus que certaines personnes précédemment détenues pour ce motif et dont certaines étaient malades (touchées par le VIH par exemple) n’ont pas pu avoir leurs traitements. Comme le précise Le Jour, un des objectifs du projet est de former un certain nombre de gays camerounais à devenir des militants de l'égalité des droits, notamment en menant des actions de sensibilisation dans la société camerounaise sur la question des minorités sexuelles. Enfin, le Paemh “comporte un volet plaidoyer à deux axes. Le premier concerne la Cour suprême appelée à se prononcer sur l’article 347 bis du code pénal qui pénalise les relations homosexuelles. Le deuxième axe touche à l’accès universel aux soins de santé pour les personnes homosexuelles”.
Comme on l’imagine, a fortiori dans un pays où l’homophobie est, avec le soutien des autorités, devenue un art de vivre, cette nouvelle suscite aussitôt la polémique… et même plus.

Le 11 janvier, le site d’informations Têtu indique que maître Nkom a reçu “des menaces de mort lorsque cet ambitieux projet financé par l'UE a été révélé”. Les critiques dénoncent une supposée “promotion de l'homosexualité” venue de l’étranger et financée par l’étranger. “Je reçois des menaces de mort, d'agressions physiques, explique l’avocate à Têtu. D'autres disent que l'Etat ne restera pas les bras croisés, qu'il faut m'arrêter”. Elle ne compte d’ailleurs absolument pas sur une protection de la part des autorités.
Cette situation a fait réagir à l’étranger où maître Alice Nkom est connue. Le Centre LGBT Ile-de-France à Paris a ainsi publié un communiqué. Il rappelle que “le Cameroun ne respecte pas ses engagements internationaux” et que les lois qui criminalisent l’homosexualité au Cameroun sont inquiétantes car elles violent le droit à une vie privée et le principe de non discrimination. L’article 347 bis du code pénal camerounais est particulièrement concerné, il  pénalise l’acte sexuel entre deux personnes de même sexe”. Le Centre s’alarme surtout des déclarations du Ministre de la communication, porte parole du gouvernement, qui espère que “l'Etat ne restera pas les bras croisés face au crime commis par maître Alice Nkom contre la légalité, la souveraineté et l'indépendance du Cameroun.” Il demande donc “aux institutions françaises et internationales de veiller à la sécurité d’Alice NKom et d’intervenir avant qu’elle ne soit inquiétée”, par les autorités.

Le 12 janvier, Act Up-Paris et l’association ADEFHO (Association de Défense de l'Homosexualité) montent à leur tour au front. Elles dénoncent "les élans de haine homophobes ". Elles rappellent que "le Cameroun fait partie des 88 pays qui pénalisent l'homosexualité". Les deux associations indiquent que ce projet a "notamment pour objectifs de réduire les garde à vue abusives, de proposer des aides matérielles et médicales aux personnes mises en prison pour homosexualité, et de permettre l'accès aux traitements contre le sida (…) Il serait inacceptable de voir [les fonds européens] interceptés, alors que les actions qui devraient voir le jour s'inscrivent dans une logique de promotion, de renforcement des droits humains, et de prévention en matière de sida vers une population vulnérable". "Croisades anti-gay au Cameroun : l’Etat français doit réagir !", demande AIDES dans un communiqué (13 janvier). "Le Cameroun est aujourd’hui le théâtre de réactions homophobes d’un autre âge", affirme l’association qui voit dans les faits et les déclarations actuelles : une "insupportable négation de la dignité humaine". "La stigmatisation dont sont victimes les homosexuels est une menace directe pour leur santé et contribue à nourrir l’épidémie de VIH", affirme AIDES. "De récentes études menées dans différents pays d’Afrique soulignent en effet une prévalence considérablement plus élevée au sein de la communauté gay que dans le reste de la population, en raison notamment de la stigmatisation et de la discrimination dont elle fait l’objet, qui rendent plus difficile l’accès à la prévention et aux soins". L’association rappelle "que toute forme de discrimination est incompatible avec une politique de lutte contre le sida efficace. En sa qualité d’inspiratrice de la Déclaration pour la dépénalisation de l’homosexualité, ratifiée par 66 pays le 18 décembre 2008 à l’ONU, la France doit saisir cette occasion en réaffirmant, haut et fort, son engagement dans le combat international pour la dépénalisation de l’homosexualité". L’association demande donc "à l’Etat français de condamner publiquement les violences dont les minorités sexuelles et leurs défenseurs font l’objet, au Cameroun comme dans le reste du monde".


Plus d’infos sur AIDES sur www.aides.org
Plus d’infos sur www.actupparis.org
Plus d’infos sur http://www.centrelgbtparis.org/

Commentaires

Portrait de jean-rene

Attention ,JFL, les autruches vont te faire le coup des dindophobes.
Portrait de romainparis

vont dire que l'on ne parle pas des crimes hétérophobes... connus pour être un fléau mondial.
Portrait de nicoleo

venant du cameroun tout ça ne me surprend pas, depuis que ce problème a eclaté les gays vivent dans la psychose et moi en particulier car ça fait les gros titres,le ministre des relations exterieures a rencontré le representant de l'eu, nous savons tous la suite il ny'aura plus de financements , certains personnes ne comprennent pas et font plutot l'amalgame entre financement de projet et financement de l'"homosexualité, en tout cas j'ai de plus en plus peur .
Portrait de pimousse

Bonjour.C'est avec émotion que je viens de lire ton post.A mon niveau,je continuerais à apporter mon soutien à la lutte contre le sida et l'homophobie.Notamment dans les pays africains qui subissent de plein fouet,des lois ignobles pour le 21 ème siècle!! Je comprend que la lutte contre l'homophobie soit indissociable de celle contre le sida,car de récentes études menées dans différents pays d’Afrique soulignent en effet une prévalence considérablement plus élevée au sein de la communauté gay que dans le reste de la population, en raison notamment de la stigmatisation et de la discrimination dont elle fait l’objet, qui rendent plus difficile l’accès à la prévention et aux soins.Je terminerais par te souhaiter du COURAGE car tu en as vraiment besoin.A bientot de te relire.......Sincères salutations.Bises.