Canada : le Saskatchewan vise le 90-90-90

Publié par jfl-seronet le 21.09.2015
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Mode de vieépidémiologieprévention

Les communautés autochtones de la Saskatchewan au Canada sont particulièrement exposées au VIH. Des chercheurs canadiens se sont fixé pour objectif de mettre en œuvre la stratégie 90-90-90 de l’Onusida dans cette région canadienne. L’objectif 90-90-90 vise à dépister 90 % des personnes séropositives, à administrer le traitement antirétroviral à 90 % des personnes dépistées et à atteindre une charge virale indétectable chez 90 % des personnes sous traitement, d’ici à 2020. Explications.

Les communautés autochtones de la Saskatchewan au Canada sont très exposées au VIH. En juin dernier, CBC/Radio-Canada expliquait que le taux d'infection au VIH chez les personnes autochtones de la province était onze fois plus élevé que la moyenne nationale. Ainsi, dans la première nation Ahtahkakoop, dans le nord de la Saskatchewan, 3,5 % de la population sont infectés par le VIH. Il s'agit d’une prévalence qui s'apparente à celle qu’on rencontre dans certains pays africains, comme la Guinée-Bissau ou le Nigeria. Les données les plus récentes de Santé Canada révèlent qu'il y avait 64 nouvelles infections pour 100 000 habitants dans les réserves indiennes comparativement à 5,9 cas pour 100 000 personnes dans le reste de la population. "Vous n'avez pas besoin d'aller en Afrique pour faire du travail humanitaire avec les séropositifs. Vous n'avez qu'à vous rendre en Saskatchewan", ironisait avec cynisme Mona Loutfy du Women’s college hospital à Toronto dans une interview à CBC/Radio-Canada. Cette situation a conduit des chercheurs canadiens à vouloir mettre en œuvre la stratégie 90-90-90 de l’Onusida dans cette région. Le groupe de recherche Saskatchewan HIV/Aids research endearvour (Share) propose ainsi une stratégie de lutte contre le VIH fondée sur la stratégie onusienne.

"C'est l'idée d'avoir 90 % des gens qui sont diagnostiqués, que 90 % des gens officiellement diagnostiqués reçoivent un traitement antiviral. Ensuite, 90 % des personnes traitées devraient avoir un niveau bas qu'on ne peut détecter", explique le docteur Ryan Meili, un membre du Groupe de recherche. "Ici en Saskatchewan, nous avons un taux de VIH qui est le double de celui au plan national. Nous avons beaucoup de nouveaux cas. Un problème qui dure depuis cinq à huit ans", explique le médecin cité par CBC/Radio-Canada (27 août). La Saskatchewan est la seule province canadienne où "l'incidence du VIH n'est pas passée sous le seuil de la moyenne nationale de 5,9 cas sur 100 000 habitants", fait valoir Ryan Meili. Dans cette province, environ 27 % des personnes séropositives ignorent qu’elles vivent avec le VIH. Le groupe compte sur l’appui des autorités sanitaires locales pour mettre en place le plan permettant d’atteindre l’objectif 90-90-90. Au total, les chercheurs préconisent une dizaine de mesures : une meilleure prévention, une amélioration du dépistage, un meilleur lien entre dépistage et mise sous traitement, etc. Ryan Meili a rencontré le ministre de la Santé de la province, Dustin Duncan. "Je pense qu'il connaît déjà nos dix points pour arriver à 90-90-90. Je pense qu'il comprend bien et j'espère qu'il fera quelque chose", dit-il.