Cancers : données récentes

Publié par jfl-seronet le 15.07.2023
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Thérapeutiquecancer

Que sait-on de l’incidence des principaux cancers en France en 2023 et quelles sont les tendances de ces maladies depuis 1990 ? C’est à ces questions que répondent les travaux d’une équipe de chercheurs-ses, dont les résultats viennent d’être publiés dans un récent numéro du BEH.

Données récentes

L’étude concernée visait à estimer l’incidence des 19 cancers les plus fréquents dans notre pays, celle de l’ensemble des cancers en France métropolitaine pour l’année  2023 et d’actualiser l’analyse des évolutions depuis 1990, en particulier pour les années les plus récentes. En 2023, le nombre de nouveaux cancers, toutes localisations confondues, est estimé à 433 136 cas. Les taux d’incidence standardisés sont de 355 et 274 cas pour 100 000 personnes-années chez l’homme et la femme respectivement.

Depuis 1990, chez la femme, le taux d’incidence « tous cancers » augmente de façon continue de + 0,9 % par an. Chez l’homme, ce taux a augmenté en moyenne de + 0,3 % par an de 1990 à 2023. Après une augmentation jusqu’en 2005, le taux d’incidence a diminué et semble se stabiliser depuis  2012. Deux cancers ont vu leurs tendances récentes modifiées : le cancer de la prostate, avec, depuis 2015, une nouvelle augmentation de l’incidence, et le cancer de la thyroïde, avec, depuis 2014, une diminution de l’incidence. Tous  cancers confondus, ces évolutions du taux d’incidence combinées aux évolutions démographiques ont conduit à un doublement du nombre de nouveaux cas de cancers depuis 1990 chez l’homme et la femme, expliquent les auteurs-rices de l’étude.

Méthodo

En 2020, selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), les  cancers auraient été responsables de 10 millions de  décès dans le monde. En France, ils  représentaient la première cause de mortalité avec 157 400 décès en  2018. En France, la surveillance épidémiologique est organisée dans le cadre d’un accord de partenariat réunissant le Réseau français des registres de cancers, l’agence Santé publique France, l’Institut national du Cancer (INCa) et le service de bio-statistique et de bio-informatique des Hospices civils de Lyon (HCL). Ce partenariat réalise, tous les cinq ans, une étude approfondie de l’incidence et de la mortalité qui détaille et commente pour 74 localisations cancéreuses les tendances de ces deux indicateurs par sexe et par âge avec une projection à court terme. Entre deux études approfondies, le partenariat réalise une étude plus succincte (faisant l’objet de cet article du BEH), dont l’objectif est de fournir de façon réactive des estimations de l’incidence des principaux cancers pour l’année en cours, 2023, et de mettre à jour les tendances récentes. Cette étude est restreinte aux 19 localisations cancéreuses les plus fréquentes et à l’ensemble de tous les cancers, seule l’incidence y est analysée. Les estimations de 2019 à 2023 sont des projections calculées à partir des données recueillies jusqu’en 2018.

L’étude porte sur les 19 cancers les plus fréquents (15 chez l’homme et 18 chez la femme), soit 17 tumeurs solides et deux hémopathies malignes, en plus de l’entité « tous cancers ». Seules les tumeurs invasives sont étudiées, les cancers de la peau autres que les mélanomes sont exclus.

Principaux résultats

En 2023, le nombre de nouveaux  cancers toutes localisations confondues en France métropolitaine est estimé à 433 136 cas, dont 57 % chez l’homme. Le taux d’incidence standardisé est de 355 cas pour 100 000 personnes/années chez l’homme et de 274 cas pour 100 000 personnes/années chez la femme. L’âge médian au diagnostic est de 70 ans et de 68 ans respectivement chez l’homme et la femme. Chez l’homme, les cancers de la prostate (59 885 cas), du poumon (33 438 cas) et du côlon-rectum (26 212 cas) sont les plus fréquents. Chez la femme, ce sont les cancers du sein (61 214 cas), du côlon-rectum (21 370 cas) et du poumon (19 339 cas) qui sont les plus fréquents.

Depuis 1990, chez la femme, l’incidence « tous cancers » augmente de façon continue, passant de 201 à 274 cas pour 100 000 personnes/années en 2023 (+ 0,9 % par an). Cette augmentation s’observe également lorsque le cancer du sein n’est pas pris en compte. Chez l’homme, si on exclut le cancer de la prostate, l’incidence reste stable (- 0,1 % par an). Avec le cancer de la prostate, l’incidence « tous  cancers » a d’abord augmenté jusqu’en 2006 de 321 à 401 cas pour 100 000 personnes/années, puis a diminué. Elle semble s’être stabilisée depuis 2012. Entre 1990 et 2023, le nombre de nouveaux  cas de cancers a doublé, avec une augmentation de 98 % des cancers chez l’homme et de 104 % chez la femme, toutes localisations confondues. Cette augmentation est principalement liée à des évolutions démographiques (en taille et en structure) et secondairement à une augmentation du risque de cancer (respectivement 78 % et 20 % chez l’homme, 57 % et 47 % chez la femme).

Pour certaines localisations, l’incidence évolue différemment selon le sexe, avec des tendances plus favorables chez l’homme, mais dans un contexte où les taux sont encore nettement supérieurs à ceux observés chez la femme en 2023. Ainsi, chez l’homme, de 1990 à 2023, les taux de mortalité standardisés (TSM) des cancers de l’ensemble lèvre-bouche-pharynx, de l’œsophage, du poumon et du côlon-rectum diminuent, avec une baisse plus importante pour les cancers de l’ensemble lèvre-bouche-pharynx (-2,6 %) et de l’œsophage (-2,7 %). L’incidence des cancers du foie, après une augmentation, se stabilise à partir de 2010. Chez la femme en revanche, l’incidence augmente depuis  1990 pour toutes ces localisations. Pour les cancers de la thyroïde, chez l’homme comme chez la femme, les TSM augmentent fortement de 1990 jusque 2013. Une inversion brusque de la tendance est constatée à partir de 2013-2014, avec des taux qui diminuent dans les deux sexes jusqu’en  2018 (de façon plus marquée pour les femmes).

Chez l’homme comme chez la femme, les TSM des mélanomes de la peau, des  cancers du pancréas ainsi que des cancers du rein augmentent entre 1990 et 2023. Si pour les cancers du rein, les taux d’incidence restent bien plus élevés chez l’homme que chez la femme, pour les mélanomes cutanés, ainsi que pour le cancer du pancréas, les taux d’incidence chez l’homme et chez la femme se rapprochent.

Chez la femme, la légère diminution des TSM observée pour les cancers du sein entre 2004 et  2008 ne s’est pas maintenue. Les projections pour 2023, qui tiennent compte de l’augmentation qui a suivi, correspondent ainsi au niveau le plus élevé depuis 1990.

L’incidence des cancers de l’estomac diminue régulièrement pour les deux sexes sur l’ensemble de la période d’étude. L’incidence des cancers de la vessie diminue également depuis 1990 chez l’homme alors que l’incidence est plutôt stable chez la femme. Celle des tumeurs invasives du système nerveux central, qui était en légère augmentation, se stabilise également depuis 2010 chez l’homme comme chez la femme et reste plus élevée chez l’homme.

Cancers des appareils génitaux

Dans l’ensemble, l’incidence des cancers génitaux féminins évolue favorablement. Le TSM diminue régulièrement pour les cancers de l’ovaire depuis 1990. Le TSM des  cancers de l’utérus est en baisse depuis  2010. Toutefois, pour le cancer du col de l’utérus, la baisse d’incidence observée depuis  plusieurs décennies s’est interrompue et le TSM est stable depuis 2010.

Projections

L’objectif de cette étude est d’estimer, à partir des données observées jusqu’en 2018, l’incidence des principaux cancers en France métropolitaine en 2023, et d’actualiser l’analyse des tendances depuis 1990. Les résultats montrent une augmentation du nombre annuel de nouveaux cas de  cancers, qui a quasiment doublé entre 1990 et 2023 pour les deux sexes. Les cancers de la prostate, du sein, du poumon puis du côlon-rectum restent les plus fréquents comme dans la plupart des pays européens en 2020. L’évolution du nombre de cas est liée à la fois aux évolutions démographiques (accroissement et vieillissement de la population) et aux évolutions du risque de survenue du cancer. Ce risque de cancer, qui peut être mesuré par le TSM, est lui-même influencé par l’évolution de la prévalence des facteurs de risque propres à chaque type de cancer, ainsi que par les modifications des comportements des populations et des pratiques diagnostiques. On observe en particulier pour les  cancers induits en partie par le tabac, notamment les cancers de l’ensemble lèvre-bouche-pharynx, de l’œsophage, du poumon ou de la vessie, une diminution de l’incidence chez l’homme. À l’inverse, chez la femme (sauf pour la vessie), l’incidence augmente considérablement, particulièrement pour le cancer du poumon, en lien étroit avec l’évolution de la consommation de tabac. Cette différence de tendances entre les deux sexes est également constatée dans d’autres pays.

L’enjeu des dépistages

En 2023, le cancer du sein reste le cancer le plus fréquent chez la femme en France, avec une incidence en hausse depuis 1990. Après les variations d’incidence observées au cours des années 2000-2009, en lien avec la généralisation du dépistage organisé et les modifications de prescription du traitement hormonal substitutif de la ménopause, les hausses modérées observées sur la période  récente (2010-2023) pourraient représenter une tendance pérenne, liée à l’évolution des facteurs de risque (dont les principaux connus sont les facteurs hormonaux et reproductifs, l’alcool, le surpoids, la sédentarité et le tabac), expliquent les auteurs-rices. Pour le cancer du col utérin, le dépistage cytologique sur frottis cervical mis en place depuis les années 80 a  permis, en France comme dans de nombreux pays, de réduire l’incidence de ce cancer. Cette baisse a pu être favorisée par la prévalence décroissante des maladies sexuellement transmissibles.  Cependant, cette diminution de l’incidence n’est plus observée depuis les années 2010 (surtout pour les femmes diagnostiquées à 50 et 60 ans) et le taux semble avoir atteint un plateau, pouvant révéler une augmentation de la prévalence du papillomavirus humain (HPV) à haut risque oncogène dans certaines classes d’âge, et par une participation au dépistage encore trop faible (inférieure aux recommandations européennes). Le déploiement du dépistage organisé à partir de 2018, associé à un renforcement de la couverture vaccinale anti-HPV chez les adolescents-es pour atteindre les taux de couverture recommandés pourraient induire une diminution de l’incidence en France.

Pour les cancers du côlon-rectum, l’augmentation modérée de l’incidence de 1990 à 2023 est particulièrement observée chez les femmes autour de 40 ans, explique le BEH. Il est possible que l’évolution des comportements, alimentaires ou d’activité physique, et l’augmentation du surpoids et de l’obésité puissent partiellement expliquer cette tendance, qu’il sera nécessaire de confirmer ou d’infirmer ultérieurement pour la France. Pour le cancer de la prostate, le dépistage individuel par le dosage de l’antigène spécifique de la prostate (PSA, Prostate Specific Antigen) suivi d’une biopsie diagnostique, a entraîné l’augmentation du nombre de nouveaux cas avec un sur-diagnostic de cas, surtout chez les personnes âgées qui n’auraient probablement pas développé cliniquement la maladie.

Conclusion

Depuis  1990, chez la femme, avec l’augmentation des cancers du poumon et du sein, le taux d’incidence « tous cancers » augmente de façon continue ; chez l’homme, après une augmentation entre 1990 et 2006 et une baisse entre 2006 et 2012, ce taux semble se stabiliser depuis 2012. Pour lutter contre l’augmentation de l’incidence des cancers chez la femme et favoriser leur diminution chez l’homme, les stratégies préventives doivent être renforcées parmi les populations et classes d’âge à risque élevé, recommandent les auteurs-rices. « Des causes évitables doivent être ciblées, telles que l’obésité et la sédentarité, facteurs de risque de plusieurs cancers et autres maladies chroniques, mais aussi, plus spécifiquement, le tabagisme, notamment pour le cancer du poumon, l’infection à HPV pour le cancer du col de l’utérus, ou encore les expositions aux ultraviolets (naturels ou artificiels) pour le mélanome cutané. Des études étiologiques doivent également être mises en œuvre, afin de comprendre et identifier les causes encore inexpliquées des tendances à la hausse ».

Références : Lapôtre-Ledoux  B, Remontet  L, Uhry  Z, Dantony  E, Grosclaude P, Molinié F, et al. Incidence des principaux cancers en France métropolitaine en 2023 et tendances depuis 1990. Bull Épidémiol Hebd. 2023;(12-13):188-204.