“C’est un rejet qui touche à autre chose que simplement l’apparence ou le critère physique”

Publié par olivier-seronet le 13.10.2009
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sérophobie
Vincent Jobin, responsable santé sexuelle à l'association homosexuelle genevoise Dialogai Checkpoint à Genève, partage avec les lecteurs de Remaides Suisse son point de vue sur le sujet des discriminations liées à la séropositivité chez les hommes gays aujourd'hui.
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La séropositivité est un instrument de discrimination dans les relations sexuelles. Qu’en est-il selon toi ?
Je constate que pour faire des rencontres sur internet, les personnes séropositives ne se présentent pas comme telles car elles ont à gérer la question potentielle du rejet. Les hommes ne parlent pas ou peu de leur statut sérologique, notamment dans le réseau gay, parce que s’ils en parlaient ils pensent qu'ils auraient à gérer ensuite une forme de visibilité non désirée dans leur environnement. C'est difficile d'assumer pleinement sa séropositivité en 2009, car cela renvoie aux interrogations : “Mais comment t’es-tu contaminé ? Tu es un idiot, tu devais bien connaître les risques”.


Nous sommes dans une société qui ne pardonne pas ou peu. On se rend compte à Checkpoint (centre de conseils et de dépistage VIH pour les hommes qui ont des rapports sexuels avec d'autres hommes) que beaucoup d'usagers ne connaissent pas de personne séropositive dans leur entourage, notamment les moins de trente ans. Nous constatons que les jeunes gays ne connaissent pas grand chose du VIH et lorsque certains découvrent leur séropositivité, la question est toujours la même : “Quand est-ce que je vais mourir ?”


La perception de la mortalité des débuts de l’épidémie persiste. Cela se reflète lors des rencontres car certains hommes séronégatifs n’ont pas envie d’avoir un rapport avec un homme séropositif. C’est un rejet qui touche à autre chose que simplement l’apparence ou les critères physiques. Ce mode de protection semble être en augmentation et est renforcé par le manque de visibilité des personnes séropositives qui sont de moins en moins actrices et vectrices de messages préventifs.

Ce qui ressort c’est un besoin criant de communication entre les hommes…
Oui, et cela pose une question : à partir de quand une personne séropositive devrait le dire à son partenaire ? A la première rencontre, la deuxième ou troisième fois ? Est-ce que la relation va s’arrêter là ? Quel était l’objectif ? Juste avoir du sexe, ou construire autre chose ? Je crois qu’à la première rencontre qui se fait dans un endroit anonyme, un sauna, sur internet, on a affaire à une personne anonyme, on ne se connait pas, on ne peut pas exiger quoique ce soit. Par contre après, c’est différent : peut être a-t-on échangé le numéro de téléphone, ou rencontré cette personne chez elle… A ce moment là, on a affaire à quelqu'un d'identifié.

Qu’est-ce qui peut être fait pour soutenir les hommes gays dans leur vie affective et mieux lutter contre le sida ?
Je pense qu’il existe des projets potentiels communs, comme construire son couple ou une famille par exemple. Cela donne du sens pour soi. Cela signifie quelque chose, c’est une quête spirituelle en soi. A la question : à quoi ça sert d’être gay ? La réponse est très individuelle et ramène à sa propre solitude existentielle. Et je pense que c’est un problème pour beaucoup. Seuls 40 % des gays vivent dans le cadre d'une relation stable, donc une grande majorité d'homosexuels vivent seuls alors que c'est un besoin complètement légitime. N'est-ce pas difficile de déclarer son statut sérologique lorsque l'on sait que les relations entre hommes sont souvent de courte durée (la moyenne est de six mois) ?


Je vois aussi une forme de solidarité en fonction du statut sérologique comme Seronet ou l'association Lhive qui permettent aux personnes séropositives de se retrouver, d'entrer en contact entre elles et ainsi de pouvoir partager les choses de la vie de tous les jours. Il y a aussi certaines personnes séronégatives qui tentent d'entrer en contact avec des personnes de même statut sérologique qu’elles. Et puis parfois il y a ceux qui se retrouvent et composent les couples sérodifférents. Certains recherchent de l’info, car ils sont amoureux et désirent aller de l’avant, sur ce qu’ils peuvent faire ou ne pas faire pour envisager de construire une relation durable. Dans ce contexte, les personnes séropositives se sentent souvent beaucoup plus à même de parler de leur vécu avec comme soutien l'appui de leur partenaire. Cela montre à la fois qu'il est envisageable de vivre une relation saine avec quelqu'un de statut sérologique différent et permet ainsi de lutter contre cette forme de discriminitation.
Illustration : Nicolas Ducret