Cocaïne : les faits en France

Publié par jfl-seronet le 23.04.2023
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Produitscocaïne

Que se passe-t-il en matière de consommation de cocaïne en France ? C’est à cette question que répond une publication de la collection Thema, réalisée par l’Observatoire français des drogues et des tendances addictives (OFDT), publiée en mars dernier. Dans un contexte d’essor de la production mondiale de cocaïne, cette publication fait le point sur la situation en France et les évolutions observées depuis les années 2000. Le document offre un état des lieux des tendances en termes d’offre et de marché, de diffusion de la consommation de cocaïne et des conséquences sanitaires observées.

Offre et circulation en hausse

La circulation de cocaïne dans le monde, en Europe et en France s’est amplifiée depuis les années 2010, explique le document de l’OFDT (réalisé en partenariat avec Santé publique France et le réseau d’addictovigilance. Elle représente un tiers du marché des stupéfiants en Europe. La quantité de cocaïne produite dans le monde est passée de 1 134 tonnes en 2010 à 1 982 tonnes en 2020 et, en France, 27,7 tonnes de cocaïne ont été saisies en 2022, contre 10,8 tonnes en 2012. Un des éléments de l’accessibilité du produit est la baisse du prix de détail : entre 50 et 70 euros le gramme, en France. Le numéro de Thema indique aussi que cette « croissance » s’explique, en partie, par la « prolifération des canaux d’approvisionnement en cocaïne, la diversification des acteurs criminels et des modes opératoires du trafic [par exemple, la livraison à domicile, ndlr], et le développement d’installations de production de cocaïne au sein même de l’espace européen ».

Consommateurs-rices aux profils diversifiés

Très logiquement, l’offre en expansion a favorisé la hausse de la consommation de cocaïne. Après le cannabis, elle est le produit illicite le plus consommé et sa dynamique de diffusion s’est accélérée « en 20 ans à l’échelle mondiale, culminant à près de 21,5 millions d’usagers dans l’année en 2020, contre 14 millions à la fin des années 1990 ». Au sein de l’Union européenne (UE), sa diffusion concerne 3,5 millions d’usagers-ères dans l’année en 2020. En France, un des pays les plus consommateurs au sein de l’UE, l’OFDT estime le nombre de consommateurs à 600 000 usagers-ères dans l’année, contre 5 millions pour le cannabis et 400 000 pour la MDMA/ecstasy en 2017.

Depuis 2014, l’expérimentation de cocaïne régresse dans l’ensemble de la population mais elle est plus courante au-delà de 25 ans, note Thema. L’expérimentation de cocaïne est de plus en plus rare parmi les mineurs-es : si, entre 2000 et 2014, la diffusion du produit avait plus que triplé parmi les adolescents-es de 17 ans (0,9 % en 2000 et 3,2 % en 2014), elle a connu une baisse sensible entre 2014 et 2022. En 2022, 1,4 % des 17 ans ont déjà consommé le produit, soit une baisse de moitié en cinq ans. La consommation de cocaïne (au moins une fois dans l’année) reste donc un phénomène qui concerne avant tout les adultes : 1,6 % des adultes en 2017, contre 0,3 % en 2000. Cette consommation reste donc « marginale en France en population générale, concentrée dans certaines fractions de population », note l’OFDT. Reste que l’usage de cocaïne s’est élargi parmi les adultes : plutôt circonscrit à l’espace festif et aux catégories sociales les plus aisées il y a 20 ans, il s’est étendu à d’autres milieux sociaux.

Diversification d’usages et enjeux de santé

« Cette pluralité des profils d’usagers se traduit aussi par la diversification des modes de consommation, sous forme sniffée (cocaïne-poudre), fumée/inhalée (cocaïne basée ou crack) ou injectée », note Thema.
Du côté des enjeux de santé, l’OFDT constate un « triplement des recours aux urgences pour un usage de cocaïne entre 2010 et 2022 ». Selon les données de Santé publique France, le taux de recours aux urgences pour usage de cocaïne atteint 21,2 passages pour 100 000 passages aux urgences en 2022, contre 8,6 en 2010. « Cet indice d’aggravation des conséquences sanitaires liées à l’usage de cocaïne s’illustre aussi par l’augmentation croissante des demandes de traitement au titre de la cocaïne au sein des dispositifs spécialisés en addictologie (CSAPA) : l’OFDT recense 5 907 demandes de traitement en 2020, contre 2 613 en 2010 ». Par ailleurs, en 2021, 20 198 séjours hospitaliers en lien avec une intoxication à la cocaïne en France ont été enregistrés, contre 4 832 en 2010.

De son côté, la Fédération Addiction a réagi à la publication de ce numéro de Thema, indiquant dans un communiqué qu’elle travaillait « à des réponses adaptées » face aux enjeux de cette consommation, notamment en « outillant mieux » les professionnels-les du secteur de l’addictologie à l’accompagnement des usagers-ères de cocaïne. C’est, par exemple, le cas avec le projet Aipauc (« Améliorer l’information, la prévention et l’accompagnement des usagers de cocaïne »), soutenu par le Fonds de lutte contre les addictions). Ce projet s’intéresse « à l’ensemble des personnes consommatrices de cocaïne : aussi bien celles qui consomment de la cocaïne en poudre, en contexte festif et qui ne rapportent pas nécessairement des troubles de l’usage, que celles plus marginalisées faisant plus souvent usage de crack ou de cocaïne injectée. Il s’agit de toucher ces différents publics sans avoir de message unique ». Le projet permettra la création dès 2023 de plusieurs supports destinés aux professionnels-les du champ de l’addictologie : une synthèse et un support vidéo sur les outils de réduction des risques, une synthèse sur la prévention, une vidéo sur les complications liées aux consommations et une synthèse sur les thérapeutiques, détaille la Fédération Addiction. Cette dernière signale aussi que la « hausse de la concentration de la cocaïne argumente en faveur du renforcement des dispositifs d’analyse de drogues ».