Conférence du handicap : annonces et attentes

Publié par jfl-seronet le 19.02.2020
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Conférenceshandicap

Comment faciliter de manière « tangible » la vie des personnes en situation de handicap ? Tel était l’enjeu de la grande « conférence nationale du handicap » qu’a présidée Emmanuel Macron, mardi 11 février, à l'Élysée. Cet événement était très attendu par les associations, d’autant qu’il se tenait quinze ans, jour pour jour, après une loi majeure sur le sujet, adoptée sous la mandature de Jacques Chirac.

Du côté de l’Élysée, on a souhaité organisé à mi-mandat, cet événement, pour permettre de tirer un « premier bilan » des mesures décidées depuis le début du quinquennat et d'en prendre d'autres, d'ici 2022, « que nous avons encore le temps de mettre en œuvre ». De fait, le chef de l'État a fait plusieurs annonces et surtout déployé un discours aux accents volontaristes. « Les Français doivent tous se mobiliser » pour améliorer la vie des 12 millions de personnes handicapées, a ainsi expliqué le président de la République. « Ce que je voudrais lancer aujourd'hui, c'est véritablement un appel à la mobilisation nationale » car « le handicap ne touche pas simplement 12 millions de Français », mais « chacun d'entre nous peut y être confronté à un moment de sa vie », a-t-il développé en concluant la Conférence nationale sur le handicap.

Mesures annoncées

Plusieurs annonces ont concerné les enfants en situation de handicap. Il s’agit notamment de la création de 11 500 postes d'accompagnants-es supplémentaires pour les enfants handicapés-es, d’ici 2022. Leur nombre doit déjà avoir progressé de 11 000 à la fin 2020 par rapport à 2017. « Nous ne devons jamais nous habituer à ce que des enfants en situation de handicap soient privés de la chance d'aller à l'école », a expliqué Emmanuel Macron. Mais le défi est de taille. Selon le chef de l'État, « le nombre d'enfants qui était en attente d'un accompagnant a été divisé par près de deux entre 2018 et 2019 », de 15 000 à 8 000, mais « on doit réussir à tomber à zéro » Il a même fixé l'objectif « qu'aucun enfant sans solution de scolarisation ne puisse encore exister au mois de septembre prochain », sans détailler les moyens d’y parvenir. Emmanuel Macron a également annoncé la création de 1 000 places dans les établissements spécialisés dans la prise en charge des personnes en situation de handicap.

Promesse du maintien de l'AAH

Le chef de l'État s'est voulu rassurant sur la pérennité de l'allocation aux adultes handicapés (AAH). Cette prestation est versée à 1,2 million de personnes, rappelle l’AFP. Le gouvernement avait évoqué la possibilité d'inclure l'AAH dans le revenu universel d'activité (RUA), censé fusionner plusieurs allocations dont, au minimum, les actuels RSA (revenu de solidarité active), prime d'activité et allocations logement. Quatre associations de défense des personnes handicapées ont claqué la porte de la concertation gouvernementale actuellement en cours sur le sujet, pour marquer leur refus de ce scénario. « Je souhaite qu'elles reviennent à la table, mais avec un principe, ici, posé officiellement et clairement : jamais l'AAH ne sera transformée, diluée ou supprimée au bénéfice » du RUA, a insisté Emmanuel Macron. Le président de l'association APF France Handicap, Alain Rochon, s'est félicité de cette déclaration : « Le discours est parfaitement clair, je pense que les éléments sont réunis (...) pour revenir à la table des négociations sur cette base », a-t-il commenté auprès de l'AFP. Par ailleurs, le président de la République a annoncé que le dispositif de la prestation de compensation du handicap, qui permet de financer des aides, sera étendu à partir de l'an prochain de manière à couvrir les aides ménagères, mais aussi l'assistance apportée par un tiers à un parent handicapé pour s'occuper de son jeune enfant.

Refus de fusion de l’AAH

La piste d’une fusion de l’AAH dans le futur revenu universel d’activité (RUA) suscite depuis des mois de réelles inquiétudes chez les associations de personnes en situation de handicap. L’APF France Handicap l’explique clairement dans l’appel qu’elle a lancé pour la grande manifestation « Stop pauvreté ! » du 5 mars prochain. Evénement qui se déroulera à Paris, Rennes, Périgueux, Nice, Dijon et dans de très nombreuses autres villes en France. « Aujourd'hui en France, deux millions de personnes en situation de handicap vivent sous le seuil de pauvreté, évalué à 1 026 €. Dans ces conditions, se loger, se nourrir, se chauffer, se soigner, s’habiller, communiquer et sortir de chez soi devient difficile voire impossible (…) Alors que le nombre de personnes en situation de handicap ou atteintes de maladie invalidante pauvres ne cesse de croître, le gouvernement prévoit la création d’un revenu universel d’activité (RUA) avec pour objectif d’encourager la reprise d’activité professionnelle. L’Allocation Adultes handicapés (AAH) serait absorbée dans le RUA et disparaitrait. Pourtant, l'AAH a une vocation spécifique différente des autres minima sociaux, et vise à garantir un revenu d’existence sans contrepartie aux personnes qui ne peuvent justement pas ou plus travailler en raison de leur maladie ou handicap !», avance l’’APF France Handicap. Et d’expliquer : « Nous refusons la disparition de l’AAH dans le RUA. Nous demandons la création du revenu individuel d’existence afin que les personnes en situation de handicap ou atteintes de maladie invalidante puissent vivre dignement ». L’annonce présidentielle devrait calmer les inquiétudes. Elle annonce, en tout cas, des perspectives nouvelles dans les projets gouvernementaux.

Numéro unique pour l'administratif

Présentant la « montagne administrative » comme l'un des problèmes majeurs touchant les personnes en situation de handicap, Emmanuel Macron a plaidé pour la création d'un numéro de téléphone unique pour les aider dans toutes les démarches les concernant, le 360. Cette ligne sera mise en place en 2021.

Pas d'aidants-es sexuels-les

En amont de cette conférence nationale, la secrétaire d'État chargée des Personnes handicapées, Sophie Cluzel, avait remis sur la table le débat sur les aidants-es sexuels-les. Dans une interview au Journal du dimanche (9 février), elle expliquait  voir saisi le Comité consultatif national d'éthique du sujet. Cette initiative lui avait valu une réaction au quart de tour du Haut Conseil à l'égalité entre les femmes et les hommes. Le HCE y indiquait qu’il s’opposer « fermement à la proposition d’aidants-es sexuels-les pour les personnes handicapées. Légaliser l’achat de services sexuels serait contraire à notre législation contre l’achat de prostitution ». Et le HCE d’expliquer : « Le HCE exhorte le gouvernement à ne pas dissocier la légitime aspiration de toute personne, quel que soit son état de santé ou de handicap, à une vie affective et sexuelle dans le respect de l’autre combat contre l’exploitation des êtres humains et la marchandisation des corps ». Dans son discours, le chef de l'État n'a fait aucune annonce sur le sujet, mais il l'a évoqué, jugeant que la question de la vie sexuelle des personnes handicapées ne devait « pas être un tabou dans la société ».

Réactions des associations

Dans un communiqué (11 février), une cinquantaine d’associations réunies dans le Collectif Handicaps (1) saluent un « discours mobilisateur », mais qui reste « à traduire en actions ». Côté félicitations, le Collectif Handicaps souligne « des engagements concrets du gouvernement ». Côté regrets, le collectif pointe des « échanges parfois trop policés et un manque de débats avec les personnes directement concernées ».  « Le temps dédié aux échanges avec la salle était beaucoup trop court pour permettre une libre expression des personnes en situation de handicap et des associations représentantes », note le communiqué. Ce qui semble avoir manqué aussi c’ets le montant des moyens alloués aux annonces présidentielles. « Pour que ces objectifs s'appliquent et modifient la vie quotidienne des personnes en situation de handicap, il reste encore à définir de manière concrète les moyens qui seront mis sur la table », explique le Collectif Handicaps, qui dit qu’il « sera vigilant quant à la mise en œuvre de ces différentes annonces et continuera de porter la parole des personnes en situation de handicap ».

(1) : Les 48 associations membres du Collectif Handicaps : AFEH ; AFM-Téléthon ; Alliance Maladies Rares ; ANCC ; Anecamps ; AIRe ; Anpea ; Anpeda ; Anpsa ; APF France handicap ; ASBH ; Autisme France ; Bucodes France ; Cesap ; CFHE ; CFPSAA ; Cheops ; Clapeaha ; Droit au Savoir ; Eucrea France ; Entraide Universitaire ; Fagerh ; Fédération Apajh ; Fédération Générale des PEP ; FFAIMC ; FFDys ; Fédération Française Sésame Autisme ; Fisaf ; FNAF ; Fnath ; Fnaseph ; France Acouphènes ; GIHP National ; GPF ; Hyper Supers - TDAH France ; Ladapt ; Les Tout-Petits ; Mutuelle Intégrance ; Santé Mentale France ; Unaph ; Trisomie 21 France ; Unafam ; UNAFTC, Unanimes ; Unapei ; Uniopss ; Vaincre la Mucoviscidose.