Conférence hépatites de Vienne : l’ANRS publie ses résultats

Publié par jfl-seronet le 23.05.2015
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Thérapeutiquehépatite CvhcADD

Comme d’autres instituts ou structures de recherche travaillant sur les hépatites virales, l’ANRS (Agence nationale de recherche sur le sida et les hépatites virales) a participé à la conférence scientifique européenne EASL (Congrès de l’Association européenne pour l’étude du foie) qui s’est déroulée à Vienne, fin avril. L’ANRS y a présenté des résultats sur les nouveaux traitements anti-VHC, ce que l’agence appelle les "premières données d’efficacité en vie réelle". Quels sont les résultats ?

Les antiviraux à action directe (AAD) — des médicaments comme Sovaldi, Olysio, Daklinza, Harvoni, Exviera, Viekirax — sont, selon l’ANRS, en passe de "révolutionner la prise en charge des patients atteints par l’hépatite C". Reste qu’à l’heure actuelle, les données sur "l’efficacité, la tolérance de ces nouveaux traitements proviennent principalement d’essais thérapeutiques réalisés sur des effectifs de patients relativement peu importants", indique l’agence. "Avec la mise en place de cohortes, de plus en plus de données en vie réelle sur un grand nombre de patients et pendant une durée de suivi plus longue sont désormais disponibles". Ce sont certains de ces résultats qui ont été présentés lors du 50e congrès de l’Association européenne pour l’étude du foie (EASL) qui s’est déroulé à Vienne du 22 au 26 avril.

Ils sont tirés de deux grandes cohortes françaises, ANRS CO22 Hepather et ANRS CO23 Cupilt, mises en place par l’ANRS, et portent sur les données d’efficacité en vie réelle de deux AAD : le sofosbuvir (Sovaldi) associé ou non au daclatasvir (Daklinza). Dans son communiqué, l’ANRS explique que les cohortes ANRS-Hepather et ANRS-Cupilt montrent "d’une part que la combinaison de ces deux molécules est efficace chez les [personnes atteintes] d’hépatite C chronique de génotype 1 et d’autre part qu’il est possible de guérir l’infection virale C chez les [personnes] les plus gravement atteintes, les [personnes transplantées du foie] présentant une réinfection de leur greffon.

ANRS Hepather : confirmation en vie réelle de l’efficacité de nouveaux traitements

La cohorte ANRS Hepather a été lancée mi-2013. Elle est la plus grande cohorte au monde sur les hépatites virales avec actuellement plus de 17 000 personnes atteintes d’une hépatite chronique B ou C incluses. Parmi les personnes infectées par le VHC, près de 3 500 ont été ou sont traitées par des antiviraux à action directe (AAD). Une série d’analyses des données a été réalisée pour déterminer l’efficacité d’une combinaison de deux AAD pour laquelle on ne dispose pas de données en vie réelle, explique l’ANRS.

Au total, 409 personnes infectées par le VHC de génotype 1 ont été incluses dans l’analyse. Une majorité d’entre elles était en situation difficile : 78 % avaient une cirrhose et 75 % étaient en échec d’un précédent traitement. Ces personnes ont reçu la combinaison sofosbuvir (inhibiteur de la polymérase du VHC) et daclastavir (inhibiteur de la région NS5A du VHC) associée ou non à la ribavirine pendant trois ou six mois. Le professeur Stanislas Pol (Hôpital Cochin, AP-HP, Inserm UMS20, Institut Pasteur, Paris) a présenté les résultats à la conférence de Vienne.

Pour les personnes ayant une cirrhose recevant seulement la combinaison sofosbuvir et daclatasvir, un traitement de trois mois permet pour 76 % d’entre elles d’avoir une charge virale indétectable quatre semaines après l’arrêt du traitement. Prolonger la durée d’un tel traitement à six mois permet d’élever ce taux à 94 %. Lorsque la ribavirine est ajoutée à cette combinaison (sofosbuvir + daclatasvir) le taux de réponse est fortement augmenté : avec trois mois de traitement, 100 % des personnes présentent une réponse virologique soutenue à 4 semaines.

Chez les personnes n’ayant pas de cirrhoses, on constate que, quelle que soit la durée du traitement (trois ou six mois) avec ou sans ribavirine, 100 % des personnes présentent une charge virale indétectable 4 semaines après l’arrêt du traitement. Combinée ou non à la ribavirine, l’association sofosbuvir et daclastavir s’avère bien tolérée : seuls 9 % des personnes ont présenté des effets indésirables sérieux, conduisant à un arrêt de traitement chez 3 % d'entre elles. "Grâce à la cohorte ANRS-Hepather, nous avons la confirmation en vie réelle qu’un traitement de 12 semaines est suffisant pour induire une viro-suppression [suppression virale, ndlr] chez la très grande majorité des patients. (….) Pour les patients cirrhotiques, l’ajout de la ribavirine peut s’avérer nécessaire. Si ces données venaient à être confirmées sur une période de suivi plus longue, cela représenterait une avancée très importante pour la prise en charge des patients", a expliqué le professeur Pol, cité dans le communiqué de l’ANRS.

ANRS Cupilt : efficacité démontrée de nouvelles molécules après transplantation hépatique

Les personnes transplantées du foie suite à une infection par le VHC présentent très souvent une réinfection de leur greffon. Cette récidive du VHC évolue rapidement vers la fibrose et la cirrhose et constitue la première cause de mortalité chez ces personnes. Parvenir à traiter efficacement et rapidement cette récidive constitue un enjeu majeur pour leur survie.

La cohorte ANRS- Cupilt a été lancée en octobre 2013 par le professeur Georges-Philippe Pageaux (Service d’hépato-gastroentérologie, CHU Saint-Eloi, Montpellier). Elle a pour objectif d’évaluer, en vie réelle, l’efficacité virologique des antiviraux à action directe (AAD), chez ces personnes. L’efficacité et la tolérance de différents traitements à base de sofosbuvir (Sovaldi) ont été évaluées en vie réelle au sein de deux études.

Une première étude menée par le docteur Audrey Coilly (Hôpital Paul Brousse, AP-HP, Villejuif) a évalué, pour la première fois, les traitements combinant le sofosbuvir (inhibiteur de la polymérase du VHC) et le daclatasvir (inhibiteur de la région NS5A du VHC) avec ou sans ribavirine. A partir de juillet 2013, 256 personnes, transplantées du foie et ayant une récidive de leur hépatite C ont reçu ce traitement pendant trois ou six mois. Les résultats présentés à Vienne se concentrent sur 130 personnes ayant terminé le traitement et dont le délai de suivi est suffisant pour juger de la guérison. Pour 48 % d’entre elles, un précédent traitement post-transplantation hépatique avait échoué.

Les chercheurs montrent que la combinaison sofosbuvir-daclatasvir est très efficace : 96 % des personnes présentent une charge virale du VHC indétectable trois mois après l’arrêt du traitement. Seuls 2 échecs virologiques ont été constatés : un échappement et une rechute. Des effets secondaires sérieux, principalement au niveau du sang, sont survenus chez 23 % des personnes. Aucune interaction avec les immunosuppresseurs [nécessaires après toute transplantation, ndlr] n’a été observée, mais une surveillance reste indispensable.

La seconde étude, menée par le professeur Jérôme Dumortier (Hospices civils de Lyon, Lyon), s’est intéressée aux cas les plus graves de récidive du VHC après une transplantation. Les personnes étaient au stade de fibrose sévère (F3) ou de cirrhose (F4). 65 personnes ont reçu pendant trois ou six mois l’un des quatre schémas thérapeutiques suivant : sofosbuvir+daclatasvir (38 personnes) ; sofosbuvir+daclatasvir+ribavirine (20 personnes) ; sofosbuvir+ribavirine (5 personnes) ; sofosbuvir +ribavirine+Peg-IFNa (2 personnes). Trois mois après l’arrêt du traitement, plus de 95 % des personnes présentent une charge virale indétectable quel que soit le traitement reçu. Des effets indésirables sérieux ont été observés chez 25 % des personnes et 9 personnes recevant de la ribavirine ont dû arrêter leur traitement. Enfin, peu d’interactions avec les immunosuppresseurs ont été constatées, indique le communiqué de l’ANRS.

Ces deux études montrent pour la première fois en vie réelle qu’une guérison de l’infection virale C chez les personnes transplantées du foie présentant une réinfection de leur greffon, situations auparavant très difficiles à traiter, est possible. Avec les nouveaux antiviraux à action directe, plus de 95 % des personnes guérissent de l’infection. Avec un schéma thérapeutique court et simplifié on aboutit à une bonne efficacité, une tolérance globalement satisfaisante et un faible risque d’interactions avec les immunosuppresseurs. La prolongation de la cohorte permettra d’avoir confirmation de ces résultats avec un plus grand nombre de patients, conclut l’ANRS.