Conférence RDR de Montréal : un billet pour conclure

Publié par Christian Andréo et Fred Bladou le 27.06.2017
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Conférencesréduction des risquesdrogues

Il y a quelques semaines, Christian Andréo et Fred Bladou participaient pour AIDES à la conférence "Harm reduction international" (réduction des risques) à Montréal. Ils viennent d'écrire un article pour donner une impression générale post-conférence sur les points forts et les thématiques prioritaires.

Les salles de consommation à moindre risque

Ce fut l'un des sujets majeurs de cette conférence. L'exemple des deux salles françaises (Paris et Strasbourg) qui sont les plus récentes a été très largement diffusé. La veille de la conférence, la ministre de la Santé canadienne avait annoncé l'ouverture de quatre salles à Montréal (dont une unité mobile). Depuis des années, les associations d'auto-support québécoises réclamaient ce dispositif au regard du contexte. L'injection d'opiacées est très élevée au Canada et au Québec. Elle entraîne un nombre d'overdoses mortelles dues, entre autres, au recours au Fentanyl (un analgésique opioïde). Les salles de consommation à moindre risque apparaissent comme un outil indispensable de réduction des risques aux contaminations et aux overdoses. On peut regretter l'absence de revendications fortes liées aux salles de consommation réservées à l'inhalation de crack/cocaïne par exemple.

La naloxone

Un nouveau paradigme de réduction des risques apparaît. Il repose sur la consommation d'opiacées/opioïdes. Les trois piliers sont : échanges de seringues (matériel stérile) + pas d'injection seul + naloxone (distribution communautaire et systématique à toutes les personnes usagères d'opiacées). Le système français nous permet de pouvoir mettre en place cette réduction des risques. La multiplication des produits psycho-actifs (dont des produits médicaux détournés de leur usage) doit impérativement entraîner une réponse adaptée. La naloxone fonctionne aussi pour réduire les risques d'overdoses dus au Skénan ou aux autres opiacées. Il faut noter que les intervenants ont émis des réserves et appelé à la prudence car certaines overdoses provoquées par certains produits exigent entre une et quatre injections de naloxone.

Alertes sur les médicaments détournés de leur usage, sur les nouvelles molécules de synthèse contenant des opiacées, les médicaments fabriqués illicitement. La tendance, en raison des politiques prohibitionnistes, est à la production et à la multiplication des substances. Plus que jamais, l'analyse des produits est un outil de réduction des risques dont il faut abuser. Sur ce sujet, un partenariat national (entre AIDES et des partenaires) sur l'analyse par chromatographie est finalisé.

Sur l'usage de produits en prisons

Une intervenante a fait une présentation sur des données générales sur l'usage de drogues en prisons au niveau international. Ce n'est pas nouveau mais ces chiffres bruts sont parlants et valent remerciements aux politiques prohibitionnistes actuellement conduites (dont celle de la France) :

● une personne sur cinq incarcérée dans le monde l'est pour des raisons liées à la drogue ;
● plus de 90 % des personnes usagères de drogues par injection dans le monde seront incarcérées ;
● la prévalence pour le VIH et le VHC est considérablement plus élevée chez les personnes détenues ;
● les personnes incarcérées sont disproportionnellement plus vulnérable aux overdoses ;
● seuls huit pays dans le monde ont des programmes d'échange de seringues en prison ;
● seuls 52 pays dans le monde dispensent des traitements de substitution en prison. Ce nombre a augmenté de 21 % depuis 2014 ;
● seuls six pays dans le monde diffusent des sensibilisations à la prévention aux overdoses en prison et de la naloxone.

Ces données montrent que les personnes usagères de drogues incarcérées sont les plus démunies. Cela doit nous mobiliser alors que l'échange de seringues en prison, en France, vient d'être abandonné par les pouvoirs publics (ancien gouvernement).

Quelques brochures et outils particulièrement intéressants

Lors de cette conférence, un grand nombre de documents et d’outils de RDR ont été présentés. Voici une sélection.

● l'association québécoise AQPSUD (auto-support) a sorti sa nouvelle brochure (particulièrement bien faite) : "Le Blender".
● Il existe également une brochure pour les femmes consommatrices : "Guide santé et conso au féminin : le poing levé".
● AIDES a présenté deux abstracts. L'un portait sur l'action Chemsex de Nîmes et le second sur l'Aerli (Accompagnement et éducation aux risques liés à l'injection). Nos abstracts ont été très bien reçus.

Le chemsex : la thématique presque absente

Heureusement que AIDES a présenté un abstract sur la question et que nous avons abordé cette thématique lors de chaque rendez-vous avec des partenaires. C'est bien la preuve que les vieilles situations perdurent au-delà des bonnes volontés. La consommation sexuelle reste très déconnectée de la consommation de produits. Il n'y a aucune porosité entre les thématiques chez un grand nombre d’acteurs de la RDR alors que les stratégies de réduction des risques devraient considérer les deux approches. A ce sujet, des militant-e-s hollandais ont produit une brochure très appréciée. Cette brochure présente la préparation d'une pièce destinée au chemsex et recense les outils de RDR sexuels indispensables à y mettre. On y traite aussi de l'hygiène dans la salle de bain et des outils de réduction des risques à proposer. Une troisième partie est intitulé "party and play".

Ce déplacement fut l'occasion de montrer le savoir-faire de AIDES, de parler de plaidoyer, d'actions de terrain, de rendre visible le travail des militantes et militants de l’association et d'échanger sur les pratiques avec nos partenaires de la RDR.