Congo : des progrès sous pressions financières

Publié par jfl-seronet le 15.01.2013
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Les progrès en matière de lutte contre le VIH/sida au Congo, ces dernière années, pourraient être remis en cause par l'interruption de l'aide de la Banque mondiale à des programmes santé et le retrait du Fonds mondial. Le gouvernement en est conscient, mais peine à trouver des solutions alternatives.

Le taux de séropositivité des femmes enceintes congolaises est passé de 3,4 % en 2009 à 2,8 % en 2012, a annoncé, fin décembre, le ministre de la Santé à Brazzaville. Selon le ministre, François Ibovi, cité par l’AFP, "cette baisse sensible est due aux nombreuses actions novatrices efficaces mises en œuvre, notamment le dépistage avec une unité mobile ainsi qu'aux kermesses Sida vacances organisées dans tout le Congo, afin de donner les informations aux jeunes sur leur vulnérabilité". François Ibovi qui intervenait à l'ouverture d'une session du Conseil national de lutte contre le sida (CNLS) a précisé qu'au moins 38 500 personnes vivant avec le VIH attendent encore d'être prises en charge, tandis que 16 310 personnes sont actuellement sous antirétroviraux. Officiellement, le taux de prévalence du sida au Congo est de 3,2 %, contre 4,2 % en 2003. Le pays compte 83 000 personnes vivant avec le VIH (sur une population de 3,6 millions d'habitants). Les femmes sont deux fois plus touchées que les hommes. Le président Denis Sassou Nguesso qui présidait cette session du CNLS a invité son gouvernement "à tout mettre en œuvre afin d'élargir la couverture des services (de prise en charge) sur toute l'étendue du pays". "Un accent particulier doit être mis sur l'élimination de la transmission du VIH de la mère à l'enfant", a insisté le chef de l’Etat. Les participants à la session du CNLS ont recommandé la création d'un Fonds national de lutte contre le sida dont les modalités de financement restent à déterminer.

Des solutions financières d’urgence

Et pourtant, des solutions financières, il serait bien d’en trouver assez vite car les autorités congolaises s'inquiètent de voir la lutte contre le sida menacée par l'interruption de l'aide de la Banque mondiale à des programmes de santé au moment même où elles disent enregistrer des succès avec un recul du taux de séropositivité des femmes enceintes. Si d’un côté, on l’a vu, François Ibovi se satisfait des progrès, de l’autre, il s’inquiète des conséquences de la "clôture des projets financés par la Banque mondiale et le Fonds mondial [qui] peut annihiler, si l'on n'y prend garde, les acquis de la réponse au VIH". Selon le ministre de la Santé, l'arrêt de ces financements "entraînerait inéluctablement l'augmentation du nombre de nouvelles personnes infectées avec pour corollaire une incidence sur le budget de la prise en charge des patients". Le ministre n'a pas précisé, lors de la session du CNLS,  la nature des projets sur le point d'être clos, mais la Banque mondiale doit mettre, comme prévu, un terme dans quelques jours au Programme national de développement sanitaire (PNDS) de 20 millions de dollars financé à parts égales avec le Congo. Le Congo où le revenu par habitant en 2011 était estimé à 4 600 dollars a pris l'engagement en 2001 d'affecter 15 % de ses dépenses au secteur de la santé mais à ce jour, il n'y consacre qu'environ 9 % de son budget, selon la Banque mondiale. Dans le classement du PNUD sur l'indice de développement humain le Congo était en 2011 au 137ème rang mondial sur 187 pays.