Contraceptifs hormonaux : L'OMS révise ses recos

Publié par jfl-seronet le 18.09.2019
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Sexualitécontraception

L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) a révisé ses lignes directrices sur l’utilisation de méthodes contraceptives pour prendre en compte de nouvelles données montrant que les femmes particulièrement exposées au VIH peuvent utiliser n’importe quel type de contraception réversible, y compris des progestatifs seuls injectables, des implants et des dispositifs intra-utérins (DIU), sans que cela n’augmente le risque d’une infection par le VIH.

Les méthodes contraceptives n’offrent aucune protection contre le VIH et d’autres infections sexuellement transmissibles (IST) a évidemment rappelé l’OMS dans sa communication (29 août dernier) ; en conséquence, l’agence internationale de santé invite « à utiliser un préservatif de manière systématique et appropriée lorsqu’il existe un risque de contracter une IST, y compris le VIH ». Mais l’OMS ne se borne pas à ce seul rappel,  elle recommande également de proposer, si possible, la prophylaxie pré-exposition (Prep) dans les zones où l’incidence du VIH est supérieure à 3 %.

L’OMS vient donc de remettre à jour ses lignes directrices sur l’utilisation de ‎contraceptifs hormonaux par les femmes particulièrement ‎exposées au VIH,  à partir d’un examen minutieux des dernières données scientifiques. La nouvelle version publiée souligne que les « femmes devraient avoir accès à l’ensemble des méthodes de contraception modernes afin de pouvoir faire un choix éclairé en ce qui concerne leur contraception et leur santé sexuelle ».

« Les études montrent que le risque d’infection par le VIH ne doit pas restreindre les options contraceptives des femmes », explique d’ailleurs le docteur Peter Salama, directeur exécutif chargé de la Couverture sanitaire universelle/Santé à toutes les étapes de la vie. « Toutes les femmes devraient avoir accès à un large choix de méthodes de contraception, ainsi qu’à des services de prévention du VIH et à un traitement si nécessaire. » La version actualisée des critères de recevabilité médicale pour l’adoption et l’utilisation continue de méthodes contraceptives découle d’un examen des dernières données disponibles mené par un groupe indépendant chargé d’élaborer des lignes directrices. Ce groupe a examiné toutes les études sur la contraception hormonale et le risque d’infection par le VIH publiées depuis le dernier examen, en 2016, et a réalisé un examen systématique de toutes les études sur les dispositifs intra-utérins au cuivre et le risque d’infection par le VIH.

Ces recommandations sont particulièrement importantes pour les pays d’Afrique subsaharienne, note l’OMS, qui affichent les taux de transmission du VIH les plus élevés et qui doivent affronter des obstacles considérables afin que les femmes aient accès à l’ensemble des méthodes contraceptives. À l’heure actuelle, en Afrique, un quart des femmes entre 15 et 49 ans (24 %) qui ne souhaitent pas avoir d’enfant dans l’immédiat ou dans l’absolu n’ont qu’un accès limité à des méthodes de contraception modernes. Il s’agit du principal besoin non satisfait dans toutes les régions de l’OMS.

Ce qu'enseignent les nouvelles études

Les nouvelles données disponibles s’appuient essentiellement sur les résultats de l’étude Echo (1) sur les données factuelles relatives aux options en matière de contraception et aux issues pour l’infection à VIH. Cette étude, qui consiste en un essai clinique randomisé, n’a révélé aucune différence statistiquement significative du risque d’infection par le VIH entre des femmes qui recourent à l’administration d’acétate de médroxyprogestérone par voie intramusculaire (AMPR-IM), à un dispositif intra-utérin au cuivre ou à un implant libérant du lévonorgestrel (LNG). Ces nouvelles données de qualité élevée se substituent aux données précédentes utilisées par l’OMS pour élaborer ses lignes directrices. L’étude Echo a été réalisée au sein de communautés d’Afrique du Sud, d’Eswatini, du Kenya et de Zambie où l’on s’attendait à trouver une forte prévalence du VIH. De fait, cette étude a mis en évidence des niveaux d’infection par le VIH et d’autres IST très élevés chez les femmes qui consultaient pour des services de contraception, en particulier les jeunes femmes, indépendamment de la méthode contraceptive utilisée parmi les trois concernées. « À l’évidence, il faut faire en sorte que les femmes africaines aient accès à des services de qualité pour la prévention et le dépistage du VIH et d’autres IST, ainsi qu’à un large choix de méthodes contraceptives qui correspondent à leurs valeurs, à leurs préférences, à leurs opinions et à leurs craintes », résume la docteurse Felicitas Zawaira, directrice chargée de la Santé familiale et reproductive au bureau régional de l’Afrique de l’OMS. « Dans les zones où la prévalence du VIH est élevée, on peut par exemple envisager de promouvoir l’utilisation d’un préservatif, de mettre à disposition la Prep, en l’articulant avec une thérapie antirétrovirale pour les personnes séropositives, et de tester les partenaires des personnes concernées. »

L’OMS travaillera avec les ministères de la santé, les organisations qui fournissent des services de contraception et des services relatifs au VIH ou aux IST, ainsi qu’avec la société civile, notamment les organisations de jeunes, pour mettre en œuvre ces recommandations actualisées.

(1) : L’étude intitulée The evidencefor contraceptive options and HIV outcomes (Echo) est un essai clinique randomisé ouvert comparant trois méthodes de contraception hautement efficaces et réversibles.