COREVIH PACA Ouest/Corse : une stratégie d’action pour exemple

Publié par Jean-Marc Polesel le 18.08.2013
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PolitiqueCOREVIH

On entend souvent parler de la démocratie sanitaire, un concept aux contours flous pour beaucoup de personnes, mais un principe qui est à l’œuvre depuis des années en matière de lutte contre le sida avec les COREVIH (comités de coordination régionale de lutte contre le VIH). Cette question a fait l’objet, en juin dernier, d’un séminaire de travail à AIDES. A cette occasion, des experts, membres des COREVIH, ont planché sur le rôle des COREVIH, leur place actuelle dans la lutte contre le sida, l’extension de leurs missions (les hépatites, par exemple) et les conditions nécessaires pour un plein exercice de la démocratie sanitaire.

Voici celle de Jean Marc Polesel nourrie de son expérience de coordinateur de COREVIH Paca Ouest Corse, qui revient sur la fabrication d’un plan d’action au long cours. L’approche est technique, mais rend bien compte de l’importance de la démocratie sanitaire en matière de réponse au sida et des ressorts pour une stratégie efficace dans ce domaine. C’est d’autant plus important que ce COREVIH opère dans une des régions de France les plus concernées par l’épidémie.

Le COREVIH  PACA Ouest Corse prépare un plan d’action pluriannuel : Pourquoi et comment ? 

Je vous présente le travail de planification qui est en train d’être mis en place dans notre COREVIH et la façon dont celui-ci s’est développé. Avant même la mise en place de ce plan, nous étions déjà dans l’action, l’activité. En effet, depuis deux ou trois ans, et ce en lien avec la personnalité de notre Président [1], nous avons voulu inscrire dans notre rapport un bilan des activités faites. Nous n’étions pas allés jusqu’aux indicateurs, mais nous avions fait un lien avec le Plan national [de lutte contre le VIH/sida et les IST, 2010/2014, ndlr] ou les Rapports d’experts [sur la prise en charge du VIH, Yeni, ndlr] et systématiquement intégrés dans notre rapport un programme d’activités de l’année N+1. Nous étions donc déjà dans l’idée d’une planification pour  l’année suivante. Notre COREVIH  est un petit peu décalé puisque nous allons faire une liste de renouvellement complet en fin d’année, en décembre 2013.

Depuis le début 2013, je réfléchissais au fait que nous faisions des programmes détaillés, etc. lors de la mandature COREVIH [qui dure quatre ans, ndlr], mais, qu’au moment de la transition du changement [des membres du bureau et des différents collèges, voir encart dans la contribution de Marc Dixneuf, ndlr],  il y avait parfois des périodes de flottements. Cela me semblait ainsi intéressant de proposer aux COREVIH actuels et aux équipes à venir des sortes de guidelines, de plans d’action. Nous ne l’avons pas nommé "plan stratégique", car cela faisait très pompeux, mais nous sommes en train de rédiger un "Plan d’orientation général" qui va nous aider à dégager les grandes lignes pour les quatre ans à venir de notre COREVIH. Au final, cela s’apparente à un plan stratégique ; Certains se sont alors offusqués et d’expliquer qu’il fallait laisser la prochaine équipe du COREVIH travailler de la manière dont elle l’entendrait. Notre idée était de ne pas "laisser les choses en panne" [ce qui peut se passer entre le départ d’une équipe et l’arrivée de la suivante, ndlr] et de proposer des grandes lignes qui seront réajustées au fur et à mesure dans le programme d’activité annuel en fonction de l’actualité, de l’évolution des besoins, mais aussi du plan. D’ailleurs, nous parlons seulement de grandes lignes directrices.

Comment allons-nous procéder ?

Je voudrais revenir sur la genèse plus précise de l’histoire. Une majorité d’entre vous a vu passer le rapport sur l’avenir des COREVIH. Comme nous étions déjà lancés dans une phase de réflexion, j’ai sollicité NILE [Agence conseil en affaires publiques, spécialiste de la santé, ndlr] sur le mode : "Est-ce que cela vous plairait d’expérimenter ce projet au niveau régional ?". Ils ont accepté à titre gracieux et nous avons donc envoyé les questionnaires à tous les membres du COREVIH et des acteurs extérieurs. Le 23 mai, nous avons eu un grand débat sur l’avenir de notre COREVIH  et les perspectives possibles. Le débat avait déjà été posé en d’autres temps, en d’autres lieux, sur la question des hépatites ou celle de la santé sexuelle. Au cours de ces échanges, il est arrivé pas mal de sujets comme la réduction des risques, la formation, les parcours de santé, etc. L’idée était d’inscrire tout cela dans une même réflexion. Il ne s’agit pas de dire que notre COREVIH doit s’occuper de la formation ou de la réduction des risques. Il est seulement question du fait, qu’aujourd’hui, nous avons des liens avec des personnes qui font de la réduction des risques, qui travaillent sur la santé sexuelle, etc. En revanche, nous n’avons pas de moyens de formaliser concrètement ces liens. Par exemple, nous avons des membres du COREVIH  qui sont présidents de réseaux d’addiction, mais nous ne savons pas trop ce que le réseau d’addictions fait dans le COREVIH et inversement. Ainsi, peut-être que l’ouverture du champ sur la réduction des risques va permettre la formalisation de ces liens. Une à deux fois par an,  nous aurons alors une opportunité de parler de projets communs ou d’interactions communes. Notre idée avec ce plan est donc de donner des grandes lignes directrices et de pouvoir prévoir l’avenir du COREVIH.

Un contexte… de crise économique

Lors de ce travail de planification, nous tenons compte du contexte national de crise économique qui peut impacter le COREVIH. Il y a aussi le futur Rapport d’experts [Rapport Morlat, septembre 2013, ndlr] qui va sortir, ainsi que notre nouveau rapport d’activité. C’est un environnement global dont notre COREVIH doit se préoccuper et dans lequel il doit s’inscrire. Il y a par ailleurs un contexte régional, en lien avec l’Agence régionale de santé (ARS). Les acteurs du COREVIH, qu’ils soient associatifs, médicaux, sont confrontés à des difficultés. Il faut qu’on puisse les établir et en parler avec l’ARS.

Nous devons également prendre en considération le contexte interne à notre COREVIH : son changement, son ouverture à travers les thématiques que j’ai mentionnées, et cela toujours en poursuivant nos missions de coordination de la prise en charge et de recueil des données médico-épidémiologiques. Notre idée directrice, celle qui est au cœur de notre démarche, est de toujours garder le souci du besoin des patients et, éventuellement, celui des acteurs (mais toujours dans la perspective de mieux servir le besoin des personnes vivant avec le VIH). 

Le métier des COREVIH

Nous devons parler du métier des COREVIH, ce qui risque d’être compliqué. Il s’agit, par exemple, de savoir si le COREVIH se positionne comme acteur ou comme opérateur. Les deux ? Dans quelle mesure ? Par exemple, il y avait auparavant une offre de formation, de service, de réseau. Elle n’existe plus, que doit alors faire le COREVIH? Comment doit-il se positionner ? Doit-il prendre cette place vacante ? Doit-il pousser d’autres acteurs à s’y mettre ?  C’est une partie de notre la réflexion à venir…

Notre planification commencera à la suite d’un séminaire du COREVIH. Un groupe de travail assurera sa mise en place, suite à un appel à projet. Il va falloir impliquer un maximum d’acteurs et assurer la répartition entre eux de la rédaction de ce plan. Un comité de relecture sera chargé d’assurer la cohérence du projet. L’objectif est d’arriver à l’assemblée plénière constitutive du nouveau COREVIH au mois de décembre 2013 avec ce plan à proposer et à diffuser auprès de l’ensemble des acteurs.

[1] Président du COREVIH, médecin de Santé Publique