Coupes budgétaires : les ONG étouffent

Publié par Mathieu Brancourt le 26.10.2017
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A la recherche de 16 millions d’euros. Mercredi 26 octobre, à l’aube, des militant-e-s de différentes organisations de solidarité internationale sont venus sous les fenêtres de l’AFD (Agence française de développement) pour dénoncer les nouvelles coupes budgétaires de l’Etat sur les organisations non gouvernementales. Lors d’une action coup de poing, ils ont mis en scène l’asphyxie progressive des structures de solidarité, par ces nouveaux coups de rabot. A l’intérieur du bâtiment se tenait le conseil d’administration de l’AFD, où siègent notamment des représentants des ministères des Affaires européennes, des Finances et des Affaires étrangères, premiers mis en cause.

Organiser une manifestation, c’est une première pour Coordination SUD. Le collectif d’associations françaises de solidarité internationale a voulu signifier le ras-le-bol des ONG à voir leurs subsides se réduirent comme peau de chagrin. Cette plateforme rassemble aujourd’hui 162 organisations non gouvernementales. La coupe est pleine, mais les poches sont vides : 16 millions d’euros de coupes viennent d’être annoncées, sur 77 millions prévus, soit 20 % de moins pour les ONG pour 2017, à deux mois de la fin de l’année.

Non loin de la gare de Lyon, les militant-e-s des associations participantes se sont rassemblés autour de deux actions. Certains brandissaient des banderoles et scandaient des messages à l’attention des membres du conseil d’administration de l’AFD, réunis au même moment à l’intérieur du bâtiment. A leur arrivée, ces représentants se voyaient proposer des croissants, eux-mêmes amputés de 20 %. Un effet visuel et percutant, auprès des représentants au départ ravis, puis gênés du message. Parmi eux, des membres des ministères des Finances, des Affaires étrangères et des Affaires européennes, en première ligne dans l’élaboration des lignes budgétaires pour les ONG françaises.

Ces 16 millions entamés du gâteau global à destination des ONG concernent des projets pour la défense des droits humains, l’éducation, la sécurité alimentaire ou encore la lutte contre les changements climatiques. Aujourd’hui, la lutte contre le sida et les pandémies ne serait pas concernée. Mais pour les autres structures, ce manque de financement représente des programmes mis à l’arrêt et des emplois menacés. "C’est la première fois en dix ans, que nous n’avons aucun soutien du ministère des Affaires étrangères. Par rapport à l’année dernière, c’est moins 30 000 euros. C’est l’équivalent de six mois de travail d’un cadre dans notre équipe", témoigne un représentant associatif auprès de Coordination SUD. Sans parler de l’aggravation de la situation sur le terrain, mettant en péril des années d’efforts.

"C’est encore les pauvres et les plus vulnérables qui vont trinquer. Le gouvernement nous ponctionne en prétendant être incapable de trouver 16 millions d’euros ailleurs alors même que la réforme de l’ISF prive l’État de milliards et réduira indirectement les ressources des associations", s’insurge Emmanuel Poilane, président du CRID (Centre de recherche et d'information pour le développement) et trésorier de Coordination SUD.

Dans son communiqué, Coordination SUD rappelle aussi que le contexte général autour de la solidarité internationale semble sombre. L’ambition et les engagements présidentiels autour de l’aide internationale se heurtent à la pauvreté des financements alloués à des structures qui agissent déjà avec peu de moyens. "Pour concrétiser les engagements présidentiels, il faudrait dégager 1,2 milliard d’euros en plus par an. Avec une augmentation de seulement 100 millions d’euros prévue pour 2018, le compte n’y sera pas avant longtemps ! Il faut revoir la copie pour plus d’ambition pour la solidarité internationale en général, et pour l’action des ONG en particulier", complète Philippe Jahshan, président de Coordination SUD. Et c’est bien mal parti : il y a quelques jours, la majorité en Marche a raboté la taxe sur les transactions financières (TTF), que la société civile voulait la plus large possible, qui ne permettra pas d’atteindre les 0,55 % du PIB et qui devait contribuer à financer l’aide au développement. Le nouveau monde promis se fera-t-il sans ONG ?