Covid-19 : décès et rallonges financières

Publié par jfl-seronet le 02.12.2022
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ThérapeutiqueCovid-19

Cette période a été marquée par la publication, par Santé publique France, de données concernant la surmortalité constatée l’été dernier. Les données indiquent que c’est l’effet cumulé de la Covid-19 et des épisodes de canicules qui ont contribué à faire augmenter le nombre de décés. La Covid-19 inquiète toujours les experts-es et les pouvoirs publics, notamment sur son impact financier sur la santé au long cours. D’ailleurs, le gouvernement a décidé d’une rallonge de 543 millions d'euros pour l'hôpital. Peu de nouvelles thérapeutiques, en dehors du fait que le vaccin bivalent Spikevax (BA.4-BA.5) est entré dans la stratégie vaccinale française.

Chine : niveau record des cas

Le nombre quotidien de cas de Covid-19 a atteint un nouveau record en Chine, ont annoncé jeudi 24 novembre, les autorités qui s’efforcent d’endiguer la propagation du virus en procédant à des confinements stricts, des tests de masse et à des restrictions de voyage. Une stratégie qui semble montrer ses limites. La Chine a répertorié 31 444 nouveaux cas locaux mercredi 23 novembre, dont 27 517 sont asymptomatiques, a indiqué le ministère de la Santé. Ces nouveaux chiffres sont supérieurs aux 29 317 infections locales enregistrées à la mi-avril, lorsque Shanghai — la troisième ville la plus peuplée du monde — était sous confinement et que ses habitants-es avaient du mal à acheter de la nourriture et à accéder aux soins médicaux. La Chine, qui compte 1,4 milliard d’habitants-es, est la seule grande économie au monde qui tente encore d’enrayer la propagation du virus dans le pays, en fermant des villes entières et en plaçant les contacts des patients-es infectés-es en stricte quarantaine. La capitale chinoise connaît, ces derniers jours, une flambée épidémique jamais vue depuis le début de l’épidémie de Covid-19. Des dizaines d’immeubles résidentiels ont été confinés et les entreprises généralisent le télétravail, souligne l’AFP. La ville de Pékin a annoncé mercredi 23 novembre près de 1 500 nouveaux cas positifs (l’immense majorité asymptomatiques) pour 22 millions d’habitants-es. Un niveau jamais atteint depuis le début de la pandémie, mais qui reste très faible selon les critères internationaux. Écoles, restaurants et commerces sont à nouveau fermés. Une grande partie des habitants-es de Pékin sont désormais épuisés-es mentalement par ces restrictions très sévères, souvent vagues et changeantes, dont la durée n’est jamais annoncée à l’avance. La stratégie chinoise de lutte contre la Covid-19 est parfois critiquée, à l’étranger. Ainsi, l’ambassade de France en Chine a diplomatiquement critiqué la politique zéro Covid du géant asiatique sur un réseau social, un inhabituel message très commenté et salué vendredi 25 novembre par des Chinois-es excédés-es par cette politique sanitaire, explique l’AFP. Malgré plusieurs vaccins à disposition et à rebours du reste du monde, le pays continue d’appliquer de strictes restrictions pour éviter toute contamination et décès. Cette politique consiste à imposer des confinements dès l’apparition de cas, à placer en quarantaine dans des centres les personnes testées positives et à exiger des tests PCR quasi-quotidiens pour l’accès aux lieux publics. Mais cette stratégie, outre la lassitude qu’elle génère désormais dans la population, pour qui les déplacements sont devenus difficiles, pèse lourdement sur l’économie. « La politique chinoise du zéro Covid dynamique a des répercussions sur les entreprises françaises présentes en Chine », a écrit, en chinois, l’ambassade de France sur son compte officiel du réseau social Weibo. « Afin de maintenir et de développer le commerce et les investissements bilatéraux entre la Chine et la France, un environnement commercial transparent, prévisible et équitable est indispensable », souligne-telle.

Spikevax (BA.4-BA.5) en France

La Haute autorité de santé (HAS) a intégré le vaccin bivalent Spikevax, adapté aux souches BA.4 et BA.5 du virus, dans la stratégie vaccinale de rappel contre la Covid-19 en France. Dans la lignée de ses précédentes recommandations, la HAS réserve l'utilisation de ce vaccin aux personnes âgées de plus de 30 ans éligibles à l'administration d'une dose additionnelle. Après la validation par l'Agence européenne du médicament (EMA) du vaccin Spikevax de Moderna le 21 octobre dernier, la HAS a donc ajouté ce vaccin à ceux qui peuvent être utilisés pour la campagne de rappel de vaccination contre la Covid-19. La HAS rappelle qu'il est « primordial de protéger les personnes les plus vulnérables et ainsi de les revacciner, quel que soit le nombre de rappels déjà reçus et dans les délais déjà établis ». Elle réaffirme ainsi sa recommandation d'administrer une dose additionnelle de vaccin : aux personnes de plus de 60 ans, mais également aux personnes âgées de moins de 60 ans à risque de forme grave de la maladie : celles qui ont des comorbidités qui les exposent à ces formes sévères, les femmes enceintes, dès le 1er trimestre de leur grossesse, les personnes immunodéprimées quel que soit leur âge, les enfants et adolescents-es à haut risque souffrant de pathologies le justifiant ; à l'entourage de ces personnes (stratégie de cocooning) ainsi qu'aux personnes qui sont régulièrement à leur contact : professionnels-les du secteur sanitaire et médico-social. Elle recommande, dans le cadre de cette dose additionnelle, d'utiliser préférentiellement indifféremment l'un des quatre vaccins bivalents adaptés aux variants d'Omicron validés par l'EMA.

Canicules et Covid : l'été meurtrier

Triste bilan. Un excès de mortalité estimé à plus de 10 000 décès. C'est le bilan de l'été dernier en France, avec deux grands responsables : une épidémie persistante de Covid-19 et, surtout, des canicules à répétition. Lors du deuxième été le plus chaud depuis 1900, il y a donc eu 10 420 décès en excès entre le 1er juin et le 15 septembre, selon une estimation donnée le 22 novembre par Santé publique France (SpF) dans un bilan intitulé « Canicule et santé ».  Une partie des décès excédentaires se concentre sur les trois épisodes de canicule : 2 816 décès enregistrés sur ces seules périodes, précise l’AFP. Que signifie un excès de mortalité ? C'est le nombre de décès observé par rapport à celui qui était attendu, établi en le comparant aux cinq étés/périodes précédentes, et ajusté en fonction du vieillissement démographique.  Le bilan de la surmortalité lors des canicules de 2022 est « le plus important depuis 2003 », année où une canicule de trois semaines d'affilée avait causé 15 000 décès, a souligné SpF. À la suite de cela, un plan national canicule avait été créé.  Une part de la surmortalité de l'ensemble de l'été 2022 (du 1er juin au 15 septembre) est aussi « vraisemblablement due à une exposition à de fortes chaleurs » sous « les seuils d'alerte canicule ». Il faudra attendre début 2023 pour avoir une estimation précise de leur rôle spécifique. Mais la canicule n’est pas l’unique responsable. L’été a aussi été marqué par une recrudescence de la Covid-19. « Il y a une interaction complexe », a résumé Guillaume Boulanger, responsable de l'unité « Qualité des milieux de vie et du travail et santé des populations » de SpF, lors d’un point presse. « La Covid-19 a pu augmenter la vulnérabilité à la chaleur pour certaines personnes », et réciproquement. Lors d'un été aux multiples manifestations de réchauffement climatique, la France a notamment traversé trois canicules « intenses et remarquables » : une en juin, d'une précocité inédite, une en juillet, la plus longue et qui a touché les deux tiers des Français-es, une dernière en août.  Les 75 ans et plus ont été les plus touchés-es par la surmortalité dans ces périodes : un décès en excès sur six a concerné cette tranche d'âge (2 272 décès en excès, +20,2 %).  Géographiquement, aussi, les effets ont été inégaux. Quatre régions, principalement du sud de la France (Auvergne-Rhône-Alpes, Nouvelle Aquitaine, Occitanie, Provence-Alpes Côte d'Azur) ont cumulé près des deux tiers de l'excès de décès national lors des épisodes de canicules.  Mais trois autres régions ont affiché les plus fortes proportions d'excès de mortalité : la Bretagne, moins acclimatée aux canicules car peu affectée jusqu'à cette année, l'Île-de-France, densément peuplée et urbanisée, et le Grand-Est. Ce bilan confirme que les canicules, dont l'accumulation est un effet du réchauffement climatiques, sont meurtrières et que le phénomène s'accélère.  Sur les huit derniers étés, les canicules ont occasionné « plus de 10 500 décès en excès » en France, a observé Santé Publique France. Les fortes chaleurs éprouvent le corps humain, davantage pour les populations à risque : enfants, personnes âgées, travailleurs-ses, sportifs-ves, etc.  De début juin à mi-septembre 2022, plus de 17 000 passages aux urgences et 3 500 consultations SOS Médecins ont ainsi été enregistrés en métropole.

543 millions d'euros pour l'hôpital

Le ministre de la Santé, François Braun, a annoncé lundi 21 novembre devant l'Assemblée nationale une enveloppe supplémentaire de 543 millions d'euros pour l'hôpital en 2022, en raison des « surcoûts liés au Covid », ce que l'Assemblée nationale a validé, peu après. Cette rallonge, via un amendement du gouvernement au projet de budget de la Sécurité sociale (PLFSS 2023), « s'inscrit dans notre effort sans précédent pour soutenir l'hôpital et tous les personnels qui le font fonctionner », a déclaré le ministre. Ces « surcoûts »de l'épidémie de Covid-19 « ont été finalisés tout récemment », a-t-il précisé.  « Les annonces faites aujourd’hui par le gouvernement sont très fortes, et à la hauteur des enjeux », a salué, dans un communiqué, le président de la Fédération hospitalière de France, Arnaud Robinet.  Ces 543 millions s'ajoutent aux quelque 570 millions d'euros pour l'hôpital présentés devant le Sénat afin notamment de « faire face à l'épidémie précoce de bronchiolite », a précisé François Braun à l'Assemblée nationale.  L'Assemblée a validé à main levée les amendements du gouvernement permettant cette nouvelle rallonge.

Soignants-es non vaccinés-es

Consensus ou concession ? Emmanuel Macron a estimé vendredi 25 novembre que le retour à l’hôpital du personnel de santé non vacciné contre la Covid-19 devait être une décision « scientifiquement établie » et « pas un choix politique ». « Si les scientifiques (...) nous disent que c’est souhaitable d’un point de vue scientifique de réintégrer ces soignants, il faut que le gouvernement le fasse », a déclaré le chef de l’État lors d’un déplacement à Dijon. « Ce n’est pas un choix politique », a-t-il ajouté, tançant « des soignants qui considèrent que cela n’est pas un devoir déontologique de se vacciner ». Jeudi 24 novembre, une proposition de loi des députés-es LFI visant la réintégration du personnel de santé non vacciné n’a pas pu être votée à l’Assemblée nationale, l’opposition fustigeant les « manœuvres » du camp présidentiel pour ralentir les débats. « Tu vas la fermer! », a notamment lancé dans l’hémicycle, excédé, le député de Guadeloupe Olivier Serva (groupe LIOT) à l’adresse de députés-es Renaissance qui l’interpellaient pendant son intervention, provoquant une suspension de séance. La question fait polémique depuis que l’obligation vaccinale du personnel de santé a été mise en place en septembre 2021 et qu’elle est contestée par une partie du personnel soignant. Le ministre chargé des relations avec le Parlement Franck Riester a critiqué la proposition de loi LFI, un texte « grave », selon lui. « Au moment où la circulation du virus repart à la hausse, où il y a une épidémie de bronchiolite et la grippe, c’est grave de réintégrer des personnels non vaccinés », a-t-il estimé sur France Inter. Les partisans d’une réintégration font valoir que les vaccins anti-Covid auraient perdu beaucoup de leur efficacité contre la transmission de la maladie, bien qu’ils restent protecteurs sur le plan individuel contre les formes graves. Ils jugent aussi aberrant d’empêcher des soignants d’exercer leur activité dans un contexte de manque de personnel, bien que la proportion de personnes suspendue soit extrêmement minoritaire dans les hôpitaux.