Covid-19 : en mode recherches

Publié par jfl-seronet le 27.02.2023
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ThérapeutiqueCovid-19

Ces dernières semaines, pas mal d’infos sur les avancées de la recherche en matière de Covid-19. Ainsi, on en sait un peu plus sur un nouveau traitement antiviral contre le Covid-19 à l’essai. Des données aussi pour savoir si une infection passée protège aussi bien que la vaccination. Une récente étude nous explique que les rappels de vaccin sont utiles mais leur effet diminue au fil du temps. Enfin, en France, on s’interroge sur une éventuelle levée de la vaccination obligatoire des soignants-es.

Jeunes : les cas de dépression se multiplient

Confinements à répétition, incertitudes sur l'avenir, culpabilisation face à l'épidémie… La crise de la Covid a enregistré une hausse sans précédent des épisodes dépressifs chez les jeunes Français-es ; une vague qui risque de marquer toute une génération. Santé publique France (SPF) a publié (mardi 14 février) les résultats d’une étude réalisée à partir de questionnaires auprès d'environ 25 000 Français-es sélectionnés-es aléatoirement. Cette étude a mesuré la fréquence des épisodes dépressifs au sein de la population en 2021. Depuis vingt ans, des études semblables sont régulièrement conduites en France, la précédente remontant à 2017. Entre les deux dernières, la Covid est passé par là et les cas de dépression ont connu un bond sans précédent. Cette conclusion va dans le sens d'autres travaux déjà réalisés à l'étranger. Cette hausse frappe toute la population, mais c'est tout particulièrement les 18-24 ans qui sont touchés-es. Chez eux-elles, la proportion des épisodes dépressifs a quasiment doublé pour atteindre environ un cinquième des personnes interrogées, explique SPF. Impossible, bien sûr, d'établir dans chaque cas un lien précis de cause à effet entre la crise de la Covid et la survenue d'une dépression, d'autant que les causes de cette maladie obéissent toujours à de multiples facteurs, qui vont de l'histoire personnelle de la personne concernée à sa physiologie. Mais, de manière générale, « le stress causé par la maladie de la Covid-19 et les restrictions imposées pour la contrôler apparaît comme l'une des principales hypothèses explicatives de cette hausse », jugent les chercheurs-ses. Le 13 février, la principale agence sanitaire fédérale américaine, le CDC, a tiré la sonnette d'alarme face à des chiffres très préoccupants concernant la santé mentale des lycéens-nes, en particulier des jeunes filles. Près d'un tiers d'entre elles (30 %) a sérieusement envisagé de se suicider en 2021 (contre 19 % en 2011).

Nouveau traitement antiviral à l’essai

Work in progress. Trois ans après le début de la pandémie de Covid-19, les recherches sur la maladie ne cessent de progresser. Selon une étude publiée mercredi 8 février, un nouveau traitement antiviral contre la Covid-19 a réduit de moitié le risque d'hospitalisation en cas d'infection, et ce, après une seule injection. Les auteurs-rices espèrent que cette étude débouchera sur un nouveau médicament pour les patients-es. Le traitement en question utilise des interférons, des protéines cruciales dans la réponse immunitaire. Elles sont sécrétées en présence d'un virus, et s'attachent aux récepteurs de certaines cellules, déclenchant alors « un mécanisme de défense antivirale inné » (distinct des anticorps), a expliqué Jeffrey Glenn, un des chercheurs-es du projet. Il existe plusieurs types d'interférons, dont ceux appelés lambda. Leur particularité est qu'ils s'attachent notamment aux cellules des poumons — précisément là où attaque la Covid-19. Le traitement consiste en une injection d'une version synthétique d'interférons lambda, dans les sept jours après l'apparition des premiers symptômes de la maladie. Ce traitement a été testé lors d'un essai clinique sur plus de 1 900 adultes infectés-es par la Covid, entre juin 2021 et février 2022. Quelque 85 % des patients-es étaient vaccinés-es. Sur les 931 personnes ayant reçu le traitement, 25 ont été hospitalisées, contre 57 des 1 018 personnes ayant reçu un placebo, soit une réduction de 51 %, selon l'étude. Les résultats sont encore meilleurs en isolant les patients-es non vaccinés-es. Ce traitement en une seule injection serait plus pratique par rapport à l’actuel traitement de référence : l'antiviral Paxlovid de Pfizer.

Chine : « victoire décisive »

Propagande ? La Chine a annoncé avoir remporté une « victoire décisive » contre la Covid-19. Elle a indiqué, selon l’agence de presse Reuters, que plus de 200 millions de personnes bénéficiaient d'un traitement médical et que le pays avait le taux de mortalité le plus bas au monde. « Grâce à des efforts continus visant à optimiser la prévention de la Covid-19 et aux mesures de contrôles mises en place depuis novembre 2022, la réponse de la Chine à la Covid-19 a effectué une transition en douceur dans un temps relativement court », ont estimé, jeudi 16 février, les membres du Politburo, l'instance dirigeante du Parti communiste chinois (PCC). Près de 800 000 cas graves ont reçu un traitement adéquat, mais les membres du Politburo ont prévenu que, bien que la situation s'améliore en Chine, le virus continuait de circuler et d'évoluer dans le monde, ont rapporté les médias officiels. La Chine entend augmenter le taux de vaccination pour les personnes âgées et renforcer l'approvisionnement et la production de dispositifs médicaux. Le Politburo, a par ailleurs, demandé aux municipalités et aux provinces de renforcer leurs systèmes de santé, selon l'agence de presse officielle Xinhua.

Covid et pandémies : le Fonds mondial décaisse

Depuis décembre 2022, le Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme a investi 547 millions de dollars dans 40 pays par l’intermédiaire de son dispositif de riposte contre la Covdi-19 (C19RM), explique un communiqué. Le Fonds mondial est en voie de décaisser 320 millions de dollars supplémentaires, portant son investissement à quelque 867 millions de dollars. Les subventions du dispositif C19RM visent la riposte immédiate à la Covid-19 et la préparation élargie aux futures pandémies, ainsi que le renforcement des systèmes de santé. « Il s’agit d’investissements dans la surveillance des maladies, les réseaux de laboratoires, les réseaux d’agents de santé communautaires et d’organisations à assise communautaire, etc. ainsi que de la mise en œuvre de nouveaux modèles thérapeutiques qui permettront d’intensifier les programmes de dépistage et traitement en cas de résurgence de la Covid-19 », explique l’institution.

Infection passée ou vaccination à 10 mois : même protection

Une infection par la Covid-19 confère une protection contre une éventuelle nouvelle contamination. Mais quel est le niveau de protection contre une réinfection Covid-19 procurée par une infection passée ? On connaît plus précisément la réponse grâce à une méta-analyse publiée dans The Lancet. Elle porte sur 65 études menées dans 19 pays. Cette étude a été menée par un groupe de travail américain coordonné par l'Institute for Health Metrics and Evaluation (IHME) de la faculté de médecine de Washington, indique le Quotidien du Médecin. « La protection assurée contre les formes sévères par une infection passée y est élevée pour tous les variants, de 90,2 % pour la souche ancestrale ainsi que les variants Alpha et Delta, et de 88,9 % pour Omicron BA.1 à dix mois. Concernant le risque de réinfection, l'étude retrouve une protection par l'immunité naturelle, qui diminue avec le temps mais relativement maintenue (78,9 % à dix mois), mais avec un déclin rapide et significativement plus marquée vis-à-vis d'Omicron (36,1 % à dix mois), reflétant l'échappement immunitaire largement décrit en 2022 », explique le journal médical. Les auteurs-rices expliquent que le niveau de protection « est au moins aussi haut, si ce n'est davantage que celui assuré par une vaccination à deux doses par les vaccins ARNm de haute qualité (Pfizer/BioNTech, Moderna) ». Si une infection protège, cela ne doit évidemment pas décourager les personnes de se faire vacciner. Et le Dr Stephen Lim, de l'IHME et principal auteur de l’étude, de rappeler : « C'est le moyen le plus sûr d'acquérir une immunité, alors que l'immunité naturelle est contrebalancée par les risques de maladie sévère et de décès associés à l'infection initiale ».

Tests Covid falsifiés : prison avec sursis

Trois biologistes médicaux français ont été condamnés lundi 20 février à des peines de huit à dix-huit mois d’emprisonnement avec sursis pour avoir délivré en 2020 près de 500 tests Covid négatifs, sans même avoir effectué les analyses, indique l’AFP. Le tribunal correctionnel de Nice, dans le sud de la France, les a reconnus coupables de « mise en danger de la vie d’autrui » et « d’établissement d’attestation ou de certificat inexacts », mais les a relaxés des faits d’escroquerie. Le principal prévenu, un pharmacien biologiste, a été condamné, outre ses dix-huit mois d’emprisonnement avec sursis, à une amende de 15 000 euros et une interdiction d’exercer son activité professionnelle pendant trois ans. Son père, lui aussi pharmacien biologiste, a été condamné à huit mois avec sursis. Le troisième prévenu, un médecin biologiste, a été condamné à dix mois avec sursis, 7 000 euros d’amende et un an d’interdiction professionnelle. L’enquête avait débuté après une dénonciation aux douanes et la découverte lors de perquisitions de 497 tests officiellement négatifs, délivrés en septembre et octobre 2020 à des patients-es d’un laboratoire. Selon leur défense, c’était sous la pression de patients-es inquiets-es de ne pas voir arriver leurs résultats que les trois hommes, huit à dix jours après les prélèvements, avaient décidé de les déclarer négatifs, alors que le sous-traitant chargé d’effectuer les analyses n’avait pas eu le temps et les moyens de les réaliser. « Après 48 heures, les prélèvements n’étaient plus exploitables », avait indiqué à la barre le principal prévenu, qui s’était défendu de toute mise en danger d’autrui au motif que, « selon la doctrine à l’époque, les patients n’étaient plus contagieux après sept jours ». Un argument que le tribunal n’a pas retenu.

Rappel de vaccin : diminution de l'efficacité

Les rappels de vaccin anti-Covid renforcent la protection contre les formes graves, y compris face aux récentes modifications du virus, mais cet effet diminue rapidement, montre une étude française publiée mardi 21 février, explique l’AFP. Les doses de rappel ont permis de renforcer la protection contre le risque d’hospitalisation, mais cette protection restait limitée dans le temps », conclut ce travail rédigé sous l’égide de l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) et de l’Assurance maladie. Cette étude, qui n’est pas encore publiée dans une revue scientifique, est le dernier épisode en date d’une série de travaux qui se sont penchés sur l’efficacité des vaccins anti-Covid depuis leur introduction début 2021. La vaccination anti-Covid, qui, en France, se fonde essentiellement sur les vaccins de Moderna et Pfizer/BioNTech, a démontré son efficacité contre les formes graves, même si elle réduit peu le risque d’être contaminé-e à moyen ou long terme. Toutefois, même contre les hospitalisations, l’efficacité tend à diminuer au fil du temps. L’étude s’est penchée sur le cas des patients-es hospitalisés-es pour Covid entre juin et octobre 2022. Les chercheurs-ses ont comparé leur situation vaccinale avec celle d’un groupe de personnes n’ayant pas été hospitalisées. Il en ressort d’abord que les vaccins ont gardé une bonne efficacité contre le risque d’hospitalisation, même face au variant Omicron. C’est le cas chez les personnes qui n’ont reçu que leurs deux premières doses, mais cette protection est encore augmentée par les rappels : l’efficacité contre les hospitalisations est estimée à 45 % après une primo-vaccination, 56 % pour une troisième dose et 75 % après une quatrième ou cinquième dose. Mais l’effet de ces rappels diminue vite au fil du temps. Au bout de six mois, il y a peu de différence, par rapport aux personnes qui n’ont réalisé qu’une vaccination.

Levée de la vaccination obligatoire des soignants-es ?

Tournant ? La Haute Autorité de santé (HAS), dont l'avis est normalement suivi par le gouvernement, a ouvert, lundi 20 février,, la voie à une éventuelle fin de la vaccination obligatoire anti-Covid-19 chez les soignants-es. « Dans le contexte actuel, l'obligation vaccinale contre la Covid-19 pourrait être levée pour tous les professionnels visés » par cette contrainte, a jugé la HAS, dans son projet d'avis rendu public sur son site. « Cette vaccination devrait toutefois rester fortement recommandée, en particulier pour les professions pour lesquelles une recommandation de vaccination est actuellement en vigueur pour la grippe », prévient-elle. Mais il ne s'agit pas d'une position définitive. L'institution entend, au vu de « l'importance sociétale » du sujet, mener pendant un mois une consultation publique, avant de rendre un avis final, fin mars. Depuis 2021, l'ensemble des soignants-es — et plus généralement toute personne travaillant en milieu hospitalier — doivent être vaccinés-es contre la Covid-19 pour exercer. Des personnels, dont des soignants-es, rares, ont manifesté leur opposition à cette vaccination, la refusant pour eux-mêmes. Ce qui a causé des départs volontaires et le plus souvent une interdiction de travailler. La France Insoumise et le Rassemblement national sont montés au créneau pour réclamer la réintégration des soignants-es non vaccinés-es contre la Covid-19. Le gouvernement et de nombreuses institutions de santé y sont opposés. Cependant, le gouvernement a décidé de s'en remettre à la HAS qu'il a plus globalement saisie sur l'ensemble des vaccins obligatoires chez les soignants-es. Ce qui comprend les vaccins contre l'hépatite B, ou encore contre la diphtérie, le tétanos, la poliomyélite (vaccin DTP). Pour le vaccin DTP, la HAS penche pour lever l'obligation à l'exception des soignants-es de Mayotte, très exposée à la diphtérie. Pour l'hépatite B, elle se prononce pour un maintien partiel de l'obligation, ciblée sur les soignants-es exposés-es à un risque élevé de contamination. C'est notamment le cas des professionnels-les de santé qui peuvent être exposés-es au sang (infirmiers-ères, chirurgiens-nes…).

Symptômes Covid-19 et idées suicidaires

Une étude internationale (Université McGill à Montréal, Université Paris-Saclay, Inserm, Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines) a été conduite à partir de données de la cohorte EpiCov. Elle vient de livrer des premiers résultats, publiés dans la revue Plos Medicine, le 14 février dernier, indique un communiqué de presse de l’Inserm. Ces résultats montrent une « augmentation de la fréquence des pensées suicidaires chez les personnes atteintes de symptômes de la Covid-19 ». Dès le début de la pandémie, de nombreux-ses experts-es ont alerté sur son potentiel impact important sur la santé psychologique et mentale. Ils-elles « suspectaient notamment une fréquence plus importante des pensées suicidaires chez les personnes atteintes d’un Covid-19 ». Peu de données étaient disponibles sur le sujet jusqu’à présent, d’où l’intérêt de cette étude qui avait deux objectifs : explorer si la survenue de symptômes évocateurs de la Covid-19 en 2020 était associée à un risque plus élevé de pensées suicidaires en 2021 ; puis dans un second temps : analyser cette association en utilisant un marqueur d’infection par le virus Sars-CoV-2. L’étude a été réalisée à partir des données de la cohorte nationale en population générale EpiCov qui suit l’état de santé et les conditions de vie de plus de 80 000 personnes depuis mai 2020. « En mai et novembre 2020, les membres de la cohorte ont été interrogés à propos d’éventuels symptômes évocateurs de la maladie survenus depuis le début de l’épidémie : perte soudaine ou inhabituelle de goût ou d’odorat, survenue d’un épisode de fièvre associé à une toux, difficultés respiratoires, essoufflement, ou oppression thoracique. En novembre 2020, une sérologie a aussi été pratiquée sur les volontaires, visant à rechercher la présence d’anticorps contre le virus Sars-CoV-2, signe d’un contact — même asymptomatique — avec le virus. Enfin, en juillet 2021, les membres de la cohorte ont été interrogés au sujet d’éventuelles pensées suicidaires survenues depuis décembre 2020 », explique l’Inserm. Par ailleurs, de nombreux facteurs sociodémographiques et l’état de santé ont été pris en compte dans l’analyse des résultats afin d’avoir une image la plus précise possible des conditions de vie des personnes. Quels résultats ? « Parmi les 52 050 personnes concernées par ces analyses, 1,7 % déclaraient avoir eu des pensées suicidaires entre décembre 2020 et l’été 2021. Avoir déclaré des symptômes évocateurs de la Covid-19 en 2020 était associé à une augmentation de 43 % du risque de déclarer des pensées suicidaires en 2021. En revanche, l’étude n’a pas permis d’établir une association entre la sérologie positive pour le Sars-CoV-2 en 2020 et la survenue de pensées suicidaires en 2021. Autrement dit, si une exposition au virus Sars-CoV-2 ne semble pas avoir d’impact sur le risque d’avoir des pensées suicidaires, l’étude a, en revanche, montré que le fait de ressentir des symptômes évocateurs de la Covid-19 était quant à lui un facteur aggravant de ce risque ». Et les auteurs-rices de cette étude d’expliquer : « En utilisant la sérologie, nous souhaitions explorer si le fait d’avoir rencontré le Sars-CoV-2 en 2020, sans information de date, de forme ou de sévérité de l’infection, augmentait le risque de pensées suicidaires par la suite. Si nos résultats semblent montrer que non, ils ne sont pas suffisants pour infirmer le rôle du Sars-CoV-2 dans la survenue de pensées suicidaires. D’autres études, avec notamment des informations sur la forme et la sévérité de la maladie, sont nécessaires pour répondre à cette question. En revanche, nous montrons que le fait d’avoir eu des symptômes évocateurs de Covid-19, maladie transmissible potentiellement mortelle, lors de cette période où nous n’avions encore que très peu d’informations sur son évolution ou ses séquelles, et pour laquelle il n’existait pas de traitement, représentait probablement un stress suffisant pour augmenter le risque de pensées suicidaires. Et c’est à ce mal-être qu’il faut être attentif afin de le prendre en charge, le surveiller et le comprendre pour y remédier, ou au moins éviter qu’il ne s’aggrave. Ces résultats pourraient par ailleurs s’avérer utiles dans la réponse à d’éventuelles futures pandémies ».  Et le communiqué de l’Inserm de conclure : « Ces résultats incitent au déploiement des ressources en santé mentale (numéros d’écoute et d’urgence, symptômes à surveiller, fréquence dans la population…) dans les lieux susceptibles d’être fréquentés par des personnes symptomatiques afin de les encourager à être attentives à leur santé mentale, de façon à limiter l’émergence ou l’aggravation de pensées suicidaires ».