Covid-19 et vaccins : faisons le point

Publié par jfl-seronet le 21.11.2020
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ThérapeutiquevaccinCovid-19

Depuis l’annonce du laboratoire pharmaceutique Pfizer, des résultats « encourageants » de son candidat vaccin contre la Covid-19. Les nouvelles s’accumulent sur le vaccin et la volonté ou non des Français-es de se vacciner.

Pfizer annonce un vaccin efficace à 90 %

Le laboratoire pharmaceutique Pfizer a annoncé le 9 novembre que son vaccin expérimental contre la Covid-19 était « efficace à plus de 90 % » pour prévenir cette maladie, selon les premières données d’une vaste étude. Le géant pharmaceutique américain et son partenaire allemand BioNTech sont les premiers à présenter des résultats positifs pour un essai clinique à grande échelle d’un vaccin contre le nouveau coronavirus. Les deux entreprises ont déclaré qu’elles n’avaient jusqu’à présent constaté aucun problème sérieux de sécurité pour le candidat-vaccin et qu’elles comptaient demander aux États-Unis une autorisation d’utilisation d’urgence courant novembre. Cette annonce a fait s’envoler les bourses, un peu partout dans le monde, note l’AFP. Si le vaccin de Pfizer et BioNTech est autorisé, le nombre de doses sera limité dans un premier temps.

Reste que de nombreuses questions subsistent, notamment sur la durée de protection assurée par le vaccin. Cette annonce laisse espérer que d’autres vaccins en cours de développement contre le nouveau coronavirus puissent s’avérer également efficaces. « Nous franchissons cette étape cruciale de notre programme de développement de vaccins à un moment où le monde en a le plus besoin, avec des taux d’infection qui battent des records, des hôpitaux qui approchent de la surcapacité et des économies qui peinent à rouvrir », a commenté le PDG de Pfizer Albert Bourla dans un communiqué. Pfizer prévoit de demander aux États-Unis une autorisation d’utilisation d’urgence du vaccin pour les personnes âgées de 16 à 85 ans. Pour ce faire, le groupe devra avoir recueilli les données sur la sécurité portant sur deux mois et environ la moitié des 44 000 participants-es à l’étude en cours. Le groupe et son partenaire BioNTech ont un contrat de 1,95 milliard de dollars avec le gouvernement américain pour la livraison de 100 millions de doses de vaccins dès 2020. Ils ont également conclu des accords d’approvisionnement avec l’Union européenne, le Royaume-Uni, le Canada et le Japon. Pour gagner du temps, certaines grandes entreprises pharmaceutiques ont commencé à fabriquer le vaccin avant même de savoir s’il serait efficace. Elles prévoient désormais de produire jusqu’à 50 millions de doses ou suffisamment de vaccins pour protéger 25 millions de personnes dès cette année. Pfizer a dit prévoir de produire jusqu’à 1,3 milliard de doses du vaccin en 2021. On estime à deux milliards le nombre de doses nécessaires pour vacciner les personnes « prioritaires » dans le monde : les professionnels-les de santé et les personnes surexposées au risque de faire des formes graves de Covid-19 (les personnes les plus âgées et celles ayant le plus de comorbidités).

Le candidat-vaccin de Pfizer se fonde sur une technologie nouvelle, dite de l'ARN messager. Tous les vaccins ont le même but : entraîner notre système immunitaire à reconnaître le coronavirus, faire monter ses défenses de façon préventive, afin de neutraliser le vrai virus s'il venait à nous infecter. Des vaccins conventionnels peuvent être faits de virus inactivés (polio, grippe), atténués (rougeole, fièvre jaune), ou tout simplement de protéines appelées antigènes (hépatite B). Dans le cas du candidat-vaccin de Pfizer et de son partenaire allemand BioNTech, ou encore de celui du laboratoire concurrent Moderna, on injecte dans l'organisme des brins d'instructions génétiques appelées ARN messager, c'est-à-dire la molécule qui dit à nos cellules ce qu'il faut fabriquer. Toute cellule est une mini-usine de protéines, selon les instructions génétiques contenues dans son noyau. L'ARN messager du vaccin s'insère et prend le contrôle de cette machinerie pour faire fabriquer un antigène spécifique du coronavirus : la « spicule » du coronavirus, la pointe si reconnaissable qui se trouve à sa surface et lui permet de s'attacher aux cellules humaines pour les pénétrer. Cette pointe, inoffensive en elle-même, sera ensuite détectée par le système immunitaire qui va produire des anticorps, et ces anticorps vont rester, montant la garde pendant, on l'espère, une longue durée. Une fois le matériel génétique injecté, « les cellules qui sont au site de l'injection vont se mettre à produire, de façon transitoire, une des protéines du virus, en l'occurrence la protéine S, la protéine de spicule », a détaillé à l'AFP Christophe D'Enfert, directeur scientifique de l'Institut Pasteur. L'avantage est qu'avec cette méthode, il est inutile de cultiver un pathogène en laboratoire, c'est l'organisme qui fait le travail. C'est pour cette raison que ces vaccins sont plus rapides à mettre au point. « Les vaccins ARN ont pour particularité intéressante de pouvoir être produits très facilement en très grande quantité », résume Daniel Floret, vice-président de la Commission technique des vaccinations, à la Haute autorité de santé, cité par l’AFP. Pour autant, les conditions de conservation du vaccin (température de –70°, chaîne du froid, etc.) constituent clairement un obstacle à une diffusion facile du vaccin. À l'heure actuelle, aucun vaccin à ADN ou ARN n'a été approuvé pour l'homme.

La France prudente

La France restait prudente mardi 10 novembre quant à l'éventualité de la mise au point d'un vaccin contre la Covid-19, après l'annonce par le laboratoire américain Pfizer et l'allemand BioNTech d'un vaccin potentiellement efficace à 90 %. « Il est trop tôt pour dire dans quelles conditions nous déploierons un vaccin alors même qu'aucun vaccin aujourd'hui n'a été validé », a ainsi déclaré le porte-parole du gouvernement français, Gabriel Attal, lors du compte rendu du conseil des ministres, où le président Emmanuel Macron a évoqué le sujet. « Il faut être d'une très grande prudence dès lors que les données scientifiques ne sont pas connues, dès lors que l'ensemble des essais et des tests n'ont pas été réalisés », a-t-il dit. « Il faut être transparent avec les Français pour leur dire que le vaccin ne pourra pas être une solution à la deuxième vague que nous vivons ».  Gabriel Attal a rappelé que l'arrivée d'un vaccin faisait l'objet d'un plan européen et que 1,5 milliard d'euros étaient prévus dans le budget 2021 de la Sécurité sociale en France pour financer une campagne de vaccination.

La moitié des Français-es ne veut pas se faire vacciner

Alors que le vaccin de Pfizer suscite l'espoir, plus de la moitié des Français-es n'aurait pas l'intention de se faire vacciner, selon un sondage Ipsos relayé par BFM (1). Selon ce sondage du 5 novembre, la part de la population mondiale prête à se faire vacciner contre le nouveau coronavirus se réduit. Alors que 77 % des personnes interrogées dans 15 pays différents affirmaient, il y a trois mois, vouloir se faire vacciner, seulement 73 % font part de la même volonté en novembre. Et l'Hexagone est le territoire où la défiance est la plus grande : une petite majorité de Français-es (54 %) souhaite en effet bénéficier d'une piqûre, contre 59 % au mois d'août. Le 10 novembre, le député européen écologiste Yannick Jadot s'est déclaré favorable à rendre le vaccin contre la Covid-19 obligatoire. « Oui », a répondu l'élu écologiste sur France Info à une question sur l'obligation d'une vaccination contre le virus. « À partir du moment où le vaccin sera là, j'espère que tout le monde ira se faire vacciner », a-t-il ajouté. « La vaccination obligatoire est évidemment une piste à envisager », a également estimé le numéro trois des Républicains le député Aurélien Pradié, interrogé sur Public Sénat.

L'UE a négocié des doses du vaccin Pfizer

La commissaire européenne à la Santé, Stella Kyriakides, a annoncé que l'Union européenne « a conclu ses négociations » et achètera jusqu'à 300 millions de doses du vaccin créé par l'américain Pfizer et l'allemand BioNTech. L'exécutif européen a conclu début septembre un accord préliminaire avec l'allemand BioNTech et l'américain Pfizer pour précommander 200 millions de doses de leur vaccin en préparation, avec l'option d'acquérir cent millions de doses supplémentaires. La Commission « devra décider si elle accepte ou non l'accord sur la table, et celui-ci sera ensuite envoyé aux États, qui décideront quelles quantités ils veulent acheter à partir du contrat » signé par l'UE, a précisé un porte-parole de l'exécutif européen. « C'est seulement à l'issue du processus que tout sera finalisé. Selon Stella Kyriakides, il existe un plan de répartition allouant les doses disponibles au prorata de la population de chaque État. La distribution restera suspendue au feu vert du régulateur, l'Agence européenne des médicaments (EMA), qui n'a pas encore reçu les données de l'essai clinique de Pfizer/BioNTech : elle devra les examiner avant de soumettre un avis à la Commission, qui décidera de l'autorisation de mise sur le marché.

L’UE a déjà signé trois contrats pour précommander d’éventuels vaccins : avec le suédo-britannique AstraZenaca et l’américain Johnson & Johnson (jusqu’à 400 millions de doses auprès de chacun), ainsi qu’avec le duo franco-britannique Sanofi-GSK (jusqu’à 300 millions de doses). Outre BioNTech-Pfizer, l’UE a également conclu des accords préliminaires avec l’allemand CureVac et l’américain Moderna. « Nous aurons probablement un portefeuille de six candidats prometteurs. […] Un portefeuille diversifié accroît nos chances d'avoir accès à un vaccin efficace et sûr », observe Stella Kyriakides. L'Union européenne s'attend toujours à ce qu'un vaccin soit disponible début 2021, a-t-on indiqué de source européenne.

Le Brésil suspend, puis reprend son essai

L'autorité sanitaire du Brésil a annoncé lundi 9 novembre avoir suspendu les essais cliniques d'un candidat vaccin chinois contre le coronavirus (CoronaVac, du laboratoire chinois Sinovac Biotech) après « un incident grave » constaté chez un volontaire. Elle n'a pas fourni de détails sur ce qui s'est passé, mais a indiqué que ce type d'incidents pouvait inclure la mort, des effets secondaires potentiellement fatals, une invalidité grave, une hospitalisation et d'autres « événements cliniquement significatifs », indique l’AFP. L'organisme public qui coordonne les essais vaccins au Brésil, l'Institut Butantan, s'est dit « surpris » par cette décision. Le 11 novembre, le Brésil a finalement autorisé la reprise des essais cliniques du vaccin chinois CoronaVasc, suspendus le 9 novembre après la mort d'un volontaire.

La Russie annonce que son vaccin est efficace à 92 %

La Russie a annoncé mercredi 11 novembre 92 % d'efficacité pour son vaccin expérimental Spoutnik V contre la Covid-19, indique l’agence Reuters. Sur les 16 000 participants à l'essai de ce candidat vaccin développé par l'institut Gamaleya qui ont reçu deux doses de vaccin ou de placebo, 20 ont contracté la Covid-19, a déclaré le Fonds d'investissement direct russe (RDIF), qui s'occupe de son développement et de sa commercialisation à l'échelle mondiale. Le risque de contracter le Covid-19 était inférieur de 92 % chez les personnes vaccinées avec le Spoutnik V, par rapport à celles ayant reçu le placebo, a précisé le RDIF. Le Fonds d'investissement direct russe a précisé que l'essai russe se poursuivrait pendant six mois supplémentaires et que les données de l'étude seraient également publiées dans une revue médicale internationale après un examen par les pairs et des experts-es indépendants-es.

L'OMS évoque une vaccination des personnes fragiles

Un vaccin contre la Covid-19 pourrait commencer à être administré en mars 2021 aux personnes les plus vulnérables, ce qui, avec d'autres progrès, pourrait changer fondamentalement l'évolution de l'épidémie, a déclaré lundi 9 novembre Bruce Aylward, sous-directeur général de l'Organisation mondiale de la Santé (OMS). Évoquant les trois piliers d'une stratégie lancée par l'OMS en avril face à la crise sanitaire mondiale, Bruce Aylward a ajouté : « Au niveau des diagnostics, nous sommes en position d'élargir massivement les tests à travers le monde ; sur le plan thérapeutique, nous disposons actuellement des outils suffisants pour réduire de manière substantielle le risque de mourir de cette maladie et dans le domaine des vaccins, particulièrement avec l'information d'aujourd'hui, nous sommes sur le point d'être prêts à distribuer des doses aux populations à haut risque vers la fin du premier trimestre, le début du deuxième trimestre ». Face aux commandes massives de vaccins faites par les grands pays industriels (États-Unis, Japon, Canada, Royaume-Uni, pays européens, etc.), des organisations non gouvernementales s'inquiètent d'une monopolisation des doses par les pays riches. « Le vaccin sera efficace à 0 % pour les personnes qui n'ont pas les moyens d'y accéder », a réagi Robin Guittard, porte-parole d'Oxfam France.

(1) : Enquête réalisée du 8 au 13 octobre 2020 par Internet auprès de 18 526 adultes âgés de 16 à 74 ans issus de 15 pays différents, dont la France.

 

Commentaires

Portrait de Élise17

Bonjour à tous,

trois choses m'interpellent dans ces futures vaccinations:

- 1) suis-je la seule à trouver qu'il y a une forte correspondance entre le mécanisme d'action des vaccins à ARN et ce qui est étudié depuis 2017 sur la réaction immunitaire spécifique des contrôleurs VIH, appelés les CIV...?

- 2) pourquoi les laboratoires, si soucieux de notre avenir, ne font pas cadeau de ces vaccins? Ils en ont les moyens contrairement à nous, qui allons voir notre système de sécurité sociale s'effondrer face à de telles dépenses supplémentaires? (je dis cela, je ne dis rien... mais je m'inquiète fortement de savoir comment les HIV+ vont pouvoir se payer leurs traitements lorsque nous passerons à une privatisation du système et quelles assurances privées nous prendront en charge, à quel prix?)

- 3) le gouvernement a mis toute cette "sécurité" en place en confinant l'ensemble de la population pas à risque de formes sévères car il fallait absolument protéger les plus vulnérables d'un virus mortel à 0.056% et là ...ils nous expliquent que ceux qui devront être en premier vaccinés seront précisément ceux-là (les plus fragiles) malgré une phase 3 non réalisée et donc aucun retour sur les effets secondaires, avec en prime comme réponse de certains "offciciels" que ce n'est pas important que les vulnérables prennent des risques pour un vaccin puisqu'ils ont "une espérance de vie résiduelle"...? 

Je pourrais développer encore mais sur ces points j'y vois déjà de telles incohérences.

Qu'en pensez-vous?