Covid-19 : la Chine au cœur des débats

Publié par jfl-seronet le 06.01.2023
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ThérapeutiqueCovid-19

Ces derniers jours ont été marqués par la polémique qui oppose les autorités chinoises et certains pays quant aux conditions d’entrée sur leurs territoires, notamment l’obligation d’un  test de dépistage de la Covid-19 pour toutes les personnes en provenance de Chine. Arguments politiques et scientifiques s’opposent. Pendant ce temps, un nouveau sous-variant se profile à l’horizon aux États-Unis. En France, 40 % des plus de 70 ans ont reçu un nouveau rappel, ce qui est trop peu ! Par ailleurs, on en sait un peu plus sur le variant Omicron et ses effets sur les personnes immunodéprimées.

Polémique sur les données chinoises

Déni ou dissimulation ? Ce qui se passe actuellement en Chine avec la Covid-19 a relancé la polémique sur la validité des informations épidémiologiques fournies par les autorités chinoises. Cette polémique existe depuis le début de l'épidémie. Les données chinoises ont déjà fait l'objet de nombreuses « réserves ». Et certaines décisions ne passent pas comme celle de la Commission nationale de la santé chinoise, annoncée fin décembre, d’arrêter la publication des bilans épidémiologiques quotidiens des contaminations et des décès, sans donner d'explication. Ce contexte a d’ailleurs conduit l'OMS à appeler à plusieurs reprises, tout particulièrement ces derniers jours, les autorités sanitaires chinoises à partager régulièrement des informations précises et en temps réel sur la circulation virale et la situation épidémique, notamment le bilan des hospitalisations, des décès et l'état de la couverture vaccinale. L'organisation onusienne a notamment invité des scientifiques chinois à présenter des données détaillées sur le séquençage du génome des souches virales qui circulent actuellement dans le pays, lors d'une réunion de son groupe technique consultatif Covid-19. Reste que ces appels à la transparence risquent de ne pas être plus entendus que les précédents, selon des experts-es. « Je ne pense pas que la Chine sera très sincère dans le partage des informations », a observé Alfred Wu, professeur à l'École de politiques publiques Lee Kuan Yew de l'université de Singapour. « Ils préféreront soit ne pas partager (ces informations), soit dire qu'il ne s'est rien passé, ou rien de nouveau ».

La Chine affirme sa transparence

Pékin a affirmé (30 décembre) que ses statistiques sur la progression de la Covid ont toujours été transparentes, malgré des nombres annoncés de cas et de décès très faibles en pleine résurgence de la maladie sur son territoire. « Depuis l’apparition de l’épidémie, la Chine partage des informations et des données fiables avec la communauté internationale, dont l’OMS, d’une façon ouverte et transparente », a assuré, sans rire, un porte-parole du ministère des Affaires étrangères chinois, Wang Wenbin. « Nous avons partagé la séquence du nouveau coronavirus dès le début et contribué de manière importante au développement de vaccins et de médicaments fiables dans d’autres pays », a-t-il avancé devant la presse. Ces propos font suite à ceux du chef de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), Tedros Adhanom Ghebreyesus, qui avait appelé Pékin à transmettre des « informations plus détaillées », et jugé « compréhensibles » les mesures de protections annoncées par d’autres pays envers les voyageurs en provenance de Chine. Autrement dit, l’OMS a comme un doute. « La Chine a toujours publié ses données sur les morts de la Covid-19 et les cas graves dans une volonté d’ouverture et de transparence », a pourtant assuré une haute responsable de la Santé, Jiao Yahui, citée par l’agence Chine nouvelle. En Chine, seules les personnes décédées d’une déficience respiratoire provoquée par le virus et testées positives sont considérées comme des victimes de la Covid-19. Un responsable de la politique anti-Covid de la Chine, Liang Wannian, a jugé cette décision appropriée scientifiquement, selon Chine nouvelle.D’autres pays comptabilisent les personnes malades décédées dans les 28 jours consécutifs à un test positif.

L’OMS appelle au partage en temps réel

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a rencontré des responsables chinois-es pour évoquer l’explosion du nombre des cas de contamination par la Covid-19 dans leur pays, les appelant à partager les données en temps réel afin que les autres pays puissent réagir efficacement. « Une réunion de haut niveau a eu lieu le 30 décembre entre l’OMS et la Chine au sujet de la recrudescence actuelle des cas de Covid-19, afin d’obtenir de plus amples informations sur la situation et d’offrir l’expertise et le soutien de l’OMS », a annoncé l’agence sanitaire des Nations unies dans un communiqué. « L’OMS a de nouveau demandé le partage régulier de données spécifiques et en temps réel sur la situation épidémiologique, notamment davantage de données sur le séquençage génétique et sur l’impact de la maladie, y compris les hospitalisations, les admissions dans les unités de soins intensifs et les décès », toujours selon le communiqué. Elle a aussi réclamé des données sur les vaccinations effectuées et le statut vaccinal, en particulier chez les personnes vulnérables et les plus de 60 ans, a poursuivi l’OMS. Les discussions ont eu lieu après une semaine pendant laquelle le chef de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, a exhorté les autorités chinoises à se montrer plus ouvertes sur la situation concernant la Covid. L’augmentation du nombre des contaminations en Chine a suscité des inquiétudes dans le monde entier et des questions sur la communication des données, les chiffres officiels sur les cas et les décès étant peu élevés alors que certains hôpitaux et certaines morgues sont débordés. Pour donner un ordre d’idée, la Chine recense moins de 5 300 décès déclarés depuis fin 2019 des suites de la Covid, contre près de 158 000 en France ; lors que la population est d’environ 68 millions d’habitants-es en France et de près d’un milliard et demi en Chine.

ECDC : dépistage « injustifié »

L’introduction d’un dépistage obligatoire de la Covid-19 au sein de l’Union européenne pour les voyageurs-ses arrivant de Chine — qui connaît pourtant une explosion des cas — est « injustifiée », a estimé (29 décembre) le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (ECDC). Cette annonce a largement contribué à relancer le désaccord entre la Chine et d’autres pays, notamment européens quant à la gestion des dépistages à l’entrée sur le territoire de l’UE. Les pays de l’UE « ont des niveaux d’immunisation et de vaccination relativement élevés » et les « variants circulant en Chine circulent déjà dans l’UE », a affirmé l’ECDC dans un communiqué, expliquant qu’une telle mesure n’est pas nécessaire au niveau de l’Union européenne dans son ensemble. Pour l’agence européenne, « les infections potentielles » pouvant être importées sont « plutôt faibles » par rapport au nombre d’infections circulant déjà au quotidien. Les systèmes de santé « sont aujourd’hui capables de gérer » la maladie, a-t-elle ajouté ; un point de vue qui ne semble pas partager par certains pays. La Commission européenne avait convoqué une réunion informelle, fin décembre, pour « discuter (...) de possibles mesures pour une approche coordonnée » des États de l’UE face à l’explosion des cas de Covid en Chine. L’UE n’a pas arrêté de position commune aux 27. Plusieurs pays dont l’Italie ou le Japon, mais aussi Israël, ou le Canada et la Grande-Bretagne, ainsi que les États-Unis, ont déjà décidé d’imposer des tests obligatoires à tous les voyageurs-ses venant de Chine. La fin soudaine (en décembre) de la politique du « zéro Covid » en Chine, qui devrait favoriser une reprise des voyages à l’étranger des Chinois-es, est survenue alors que ce pays fait face à la plus importante vague de contaminations au monde, amplifiée par l’apparition de nouveaux variants.

La Chine minimise la flambée épidémique

D’un côté, les médias officiels chinois ont minimisé l'ampleur de la flambée épidémique de Covid-19 observée en Chine dans le sillage de la récente levée des restrictions, alors que des spécialistes locaux devaient faire le point (4 janvier) avec l'Organisation mondiale de la santé (OMS), qui espère obtenir des informations précises sur la situation épidémiologique et l'évolution du virus, a indiqué Reuters. Le Quotidien du Peuple, organe de presse officiel du Parti communiste chinois, a relayé dans son édition du 3 janvier des témoignages d'experts-es chinois-es suggérant que la majorité des personnes contaminées par le coronavirus Sars-CoV-2 actuellement ne développent que des formes relativement bénignes de Covid-19. « Les formes sévères et critiques de la maladie représentent 3 % à 4 % des patients contaminés actuellement admis dans les hôpitaux dédiés à Pékin », a ainsi déclaré Tong Zhaohui, vice-président de l'hôpital Chaoyang de Pékin, cité par le journal officiel. De son côté, Kang Yan, dirigeant de l'hôpital Tianfu de Chine occidentale de l'université du Sichuan, a signalé qu'au cours des trois dernières semaines, un total de 46 patients-es ont été hospitalisés-es en soins intensifs, soit environ 1 % des infections symptomatiques. Cela, c’est la vision proposé par la propagande officielle. Les témoignages sur le terrain contredisent ces déclarations, faisant état depuis deux semaines d'hôpitaux et de services funéraires débordés ; on le voit d’ailleurs sur des vidéos publiées sur les réseaux sociaux, sans l’accord des autorités. À Shanghaï, le service des urgences de l'hôpital Zhongshan débordait récemment de patients-es, principalement des personnes âgées, a ainsi pu constater un journaliste de Reuters.  Certains-es, perfusés-es, étaient allongés-es sur des brancards et munis-es de couvertures tandis que des dizaines d'autres patientaient autour en attendant de voir un médecin, sans qu'il soit possible de savoir la proportion de malades souffrant de la Covid-19. L'abandon de la politique « zéro Covid-19 », début décembre, sous la pression d'une contestation populaire croissante en Chine, a entraîné une explosion des contaminations, faisant notamment craindre l'apparition de nouveaux variants. La levée à venir, le 8 janvier, des restrictions sur les déplacements internationaux depuis la Chine, a donc incité la semaine dernière plusieurs pays —dont la France — à rétablir des mesures de contrôle sanitaire aux frontières pour les voyageurs-ses arrivant de Chine.

Pékin dénonce les tests Covid

Pékin a condamné (2 janvier) l’imposition de tests Covid par une douzaine de pays aux voyageurs-ses en provenance de Chine, prévenant qu’il pourrait prendre des « contre-mesures » en représailles, a indiqué l’AFP. « Certains pays ont mis en place des restrictions à l’entrée visant uniquement les voyageurs chinois. Cela est dénué de base scientifique et certaines pratiques sont inacceptables », a ainsi déclaré une porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Mao Ning, ajoutant que la Chine pourrait prendre des « contre-mesures réciproques ». Un argument curieux de la part d’un pays qui maintient ses frontières largement fermées aux ressortissants-es étrangers-ères depuis 2020. Le pays ne délivre plus de visas touristiques depuis bientôt trois ans et impose une quarantaine obligatoire à l’arrivée. Cette mesure d’isolement devrait être levée le 8 janvier, mais un test de dépistage de moins de 48 heures restera exigé avant d’arriver sur le territoire chinois, ce qui ne semble poser problème à personne. Cette décision coïncide avec la reprise attendue et progressive de voyages à l’étranger par les Chinois-es après trois ans de frustration. Au nom du principe de précaution (que la Chine applique pour elle), une douzaine de pays ont donc décidé d’imposer des tests PCR aux voyageurs-ses en provenance de Chine, touchée par une déferlante de cas de Covid, et pas seulement aux Chinois-es, mais bien à toutes personnes en provenance de Chine. De son côté, le Maroc a interdit purement et simplement l’entrée sur son territoire à tous-tes les voyageurs-ses en provenance de Chine, « quelle que soit leur nationalité ».

Élisabeth Borne se justifie

La France est « dans son rôle » en demandant des tests Covid aux voyageurs-ses en provenance de Chine, a affirmé (3 janvier) la Première ministre Élisabeth Borne. « Mon gouvernement est dans son rôle en protégeant les Français et en demandant des tests. […] On fait ça dans le respect des règles de l’Organisation mondiale de la santé et on continuera à le faire », a déclaré la cheffe du gouvernement français sur franceInfo. Élisabeth Borne a rappelé que, depuis dimanche 1er janvier, les passagers-ères qui embarquent dans un vol en provenance de Chine à destination de la France « s'engageaient à accepter un test à l'arrivée, un test qui fait l'objet aussi, quand il est positif, d'un séquençage. Ça nous permet d'avoir une donnée sur l'évolution du virus. On veut évidemment s'assurer qu'il n'y a pas des nouveaux variants ». « Toutes ces décisions, on les a prises après une première réunion entre tous les directeurs généraux de la santé des pays européens. On aura des réunions de concertation », a-t-elle précisé. « Notre objectif, et je pense que tous les scientifiques sont d'accord sur ce point, c'est vraiment de pouvoir surveiller l'évolution de l'épidémie », a souligné la Première ministre.

Tests Covid : science ou non ?

La Chine conteste le bien-fondé scientifique de la décision de certains pays d’imposer des tests de dépistage aux passagers-ères en provenance de Chine à l’entrée sur leurs territoires et comme on voit le point de vue de l’ECDC va plutôt dans ce sens. L’exigence par Washington de présenter aux frontières du pays un test négatif à la Covid-19 pour les voyageurs-ses venant de Chine se fonde « uniquement sur la science », a assuré, de son côté (mardi 3 janvier) le porte-parole de la diplomatie américaine. « C’est une approche qui se fonde seulement et uniquement sur la science », a déclaré à la presse Ned Price, du département d’État américain. Les déclarations sont intervenues en réaction à celles, plus tôt, d’une porte-parole de la diplomatie chinoise qui avait estimé que les restrictions prises par une douzaine de pays étaient « inacceptables » et « dénuées de base scientifique ». Depuis le 5 janvier, « tous les voyageurs par avion âgés de 2 ans et plus venant de Chine devront faire un test pas plus de deux jours avant leur départ », et ce indépendamment de leur nationalité ou leur statut vaccinal, ont annoncé le 28 décembre les autorités sanitaires américaines. Les États-Unis se sont montrés notamment inquiets que la transmission rapide du virus en Chine ne provoque l’émergence de nouveaux variants. Les mesures « sont fondées sur des préoccupations de santé publique » en raison de « l’explosion du nombre de cas de Covid-19 en Chine et du manque de données de séquençage adéquates et transparentes provenant de Chine », a souligné Ned Price. Le porte-parole a réitéré l’offre par Washington de partager ses doses de vaccin anti-Covid avec Pékin, ce que la Chine refuse pour le moment. Les résultats négatifs devront être présentés aux compagnies aériennes au moment du départ, et les tests PCR ou antigéniques seront acceptés, ainsi que la preuve d’avoir guéri de la Covid-19 après avoir été testé positif plus de 10 jours avant le vol.

L'UE en faveur de tests pour la Chine

Unanimité ou presque. L’« écrasante majorité » des pays de l’Union européenne se sont prononcés, mardi 3 janvier, en faveur de tests Covid systématiques pour les voyageurs-ses en provenance de Chine avant leur départ pour l’Europe, a annoncé un porte-parole de la Commission européenne. La mesure fait partie des recommandations d’un comité d’experts-es sanitaires des Vingt-Sept (Comité de sécurité sanitaire) et devait être discutée au cours d’une réunion destinée à préparer une réponse coordonnée de l’UE à l’explosion du nombre des contaminations en Chine. Les experts-es sanitaires ont, par ailleurs, examiné d’autres mesures proposées par la Commission, celle consistant à imposer le port du masque aux passagers-ères de Chine, le contrôle des eaux usées des avions et des tests accrus, avec séquençage génomique, dans les aéroports d’arrivée, en vue d’identifier d’éventuels nouveaux variants. « Ces mesures devraient être ciblées sur les vols et les aéroports les plus appropriés et être mises en œuvre de manière coordonnée (à travers l’UE) pour garantir leur efficacité », a souligné le porte-parole.

Dons de vaccins à la Chine

L’UE a proposé à la Chine, confrontée à une explosion des contaminations, de lui offrir des vaccins anti-Covid et de lui apporter son « expertise », a annoncé la Commission européenne mardi 3 janvier. La commissaire à la Santé, Stella Kyriakides, « a pris contact avec ses homologues chinois pour leur proposer la solidarité et le soutien de l’UE, ce qui inclut notre expertise en santé publique et des dons de vaccins européens adaptés aux variants », a indiqué un porte-parole de la Commission. L’exécutif européen avait déjà indiqué, mi-décembre, que l’UE était prête à « approvisionner la Chine en vaccins », mais sans parler de dons. La Commission n’a pas détaillé le nombre de doses que l’UE pourrait offrir, ni dans quels stocks ils seraient puisés, mais souligné que la nature exacte de l’aide européenne dépendrait de la réponse chinoise. La Chine semble avoir décliné l’offre, selon certains médias.

Nouveau sous-variant à l’horizon

One more. Un nouveau sous-variant d'Omicron inquiète aux États-Unis, expliquait récemment Le Point. Ce nouveau sous-variant d'Omicron XBB.1.5 qui sévit outre-Atlantique aurait un plus fort « échappement immunitaire » et serait plus infectieux. Il représenterait déjà plus de 40 % des infections dans ce pays. Ce nouveau variant circule depuis plusieurs semaines en Asie mais les États-Unis sont le premier pays où XBB.1.5 progresse autant. À l'origine de cette progression éclair : une mutation du virus, qui provoque ce que les scientifiques appellent un « échappement immunitaire ». Il « arrive à infecter plus facilement des personnes qui présentent déjà une immunité, donc celles qui ont été déjà infectées ou qui ont été vaccinées », a indiqué Mircea Sofonea, épidémiologiste au PCCEI, de l'université de Montpellier, interviewé par TF1. « En plus, il y a une suspicion de gain de contagiosité de ce sous-variant, qui se lie plus facilement aux cellules humaines », a ajouté le chercheur de l'Inserm. Le sous-variant XBB.1.5 circule déjà en France, mais à de très bas niveaux. Seuls 15 cas ont été recensés par séquençage à ce jour. « Si un nouveau variant, quel qu'il soit, s'imposait en Europe, il serait responsable en France d'une 10e vague épidémique, avec un certain nombre de morbidités et de décès et donc d'une certaine pression sur le système hospitalier, mais sans commune mesure avec ce qu'on a connu auparavant », a affirmé Bruno Mégarbane, chef du service de réanimation de Lariboisière, à Paris, interrogé par l’AFP. À ce jour, aucune donnée ne laisse penser que XBB.1.5 pourrait être plus virulent que les précédents variants Omicron.

40 % des plus de 70 ans ont reçu un rappel

Trou dans la raquette. Seuls 40 % des plus de 70 ans ont reçu un nouveau rappel de vaccin contre la Covid-19, un taux « très insuffisant », a estimé (27 décembre) l'immunologue Brigitte Autran, présidente du Comité de veille et d'anticipation des risques sanitaires (Covars) interrogée sur RMC. « Nous sommes en train de passer le pic » de la nouvelle vague épidémique (la neuvième), néanmoins en France il y a encore « entre 135 à 150 morts par jour du Covid », une maladie « toujours grave, particulièrement grave chez les personnes qui n'ont pas été vaccinées (ou) qui n'ont pas eu leur rappel », a martelé la Pre Autran, citée par le Quotidien du Médecin. Rappelant que la vaccination permet de diminuer la gravité de la maladie, Brigitte Autran a indiqué qu'on « arrive maintenant à 4,5 millions de vaccinations depuis le 3 octobre », date de début de la dernière campagne de rappel. « Avec cette nouvelle campagne de vaccination, on estime qu’environ 40 % des plus de 70 ans a eu un rappel, c’est très insuffisant, on aimerait que ce soit presque 100 %. Je rappelle que c’est recommandé à partir de 60 ans et ouvert à tout le monde », a-t-elle dit. Elle a aussi exhorté les Français-es à se faire vacciner contre la grippe, qui est « en train de monter de façon très importante ». La Pre Autran a, par ailleurs, exprimé des craintes sur les conséquences du rebond de l'épidémie de Covid en Chine en termes d'approvisionnements en médicaments. « Cette vague (de Covid en Chine) n’était pas prévue et risque de déséquilibrer de façon importante les stocks de médicaments et d’antibiotiques », a-t-elle souligné, rapporte l’AFP.

Covars et port du masque

Le Comité de veille et d’anticipation des risques sanitaires (Covars) a publié le 16 décembre 2022 un « point d’actualité » sur la Covid-19. Il y rappelle que la « situation épidémiologique actuelle est caractérisée par la concomitance de trois épidémies à virus respiratoires : Sars-CoV-2, grippe et bronchiolite. Concernant la Covid-19, le Covars a fait la comparaison avec la situation d’octobre 2022. Il note qu’en cette fin d’année 2022, il a été observé une reprise de l’épidémie en France, associée notamment à l’augmentation de circulation du sous-variant BQ.1.1 issu du variant Omicron BA.5 responsable de la dernière « vague ». Ce variant BQ.1.1 est désormais majoritaire (environ 60 % au niveau national), sans signal d’augmentation de pathogénicité, mais qui coexiste avec une persistance du variant antérieur BA.5. On observe aussi une augmentation des cas, et cela dans tous les territoires y compris ultra-marins, avec des nombres de reproduction similaires à ceux observés lors des trois dernières reprises épidémiques dues à BA.4 et BA.5. Les hospitalisations continuent de croître (augmentation des hospitalisations pour traitement de la Covid-19 de +27 % et de +30 % en soins critiques, et une augmentation de +23 % des décès au cours des sept derniers jours par rapport à la semaine précédente). L’impact clinique de la Covid-19 reste marqué par une proportion modérée de formes graves, une part importante de symptômes extra respiratoires chez les personnes immunodéprimées et un faible taux d’hospitalisation en soins critiques ou en réanimation. Ainsi, la situation épidémique de Covid-19 reste relativement comparable à celle des deux vagues précédentes, avec des signaux suggérant que le pic des infections pourrait être atteint. » Il convient néanmoins de rester prudent », note le Covars. « La baisse durable de la température, les modifications récentes de mesures de protection en Chine, le faible taux de protection vaccinale des plus fragiles et la période de fêtes au cours desquelles est observé un brassage intergénérationnel des populations en lieux clos, sont des facteurs d’aggravation potentielle du risque épidémique, tant dans son amplitude que son impact clinique », explique le point d’information.

Concernant la grippe, il est observé un début d’épidémie rapide avec franchissement du seuil épidémique en France. Ce début précoce expose à une épidémie de grande amplitude, avec un pic attendu pour la fin décembre. Une situation similaire a été observée durant l’hiver austral dans l’hémisphère sud (Australie). Cette épidémie est due au virus A (H3N2) connu pour avoir un impact sanitaire plus marqué chez les personnes fragiles. À noter que le virus A (H3N2) circulant actuellement est identique à celui contenu dans le vaccin 2022/23, constituant un « argument supplémentaire en faveur de la vaccination », selon le Covars. Ce dernier fait aussi des recommandations de prévention. « Il est observé un très faible niveau du port du masque dans les transports en commun et autres lieux clos (…) L’effet du port généralisé du masque reste difficile à quantifier précisément mais pourrait être associé à des réductions de 10-20 % du nombre de reproduction R, avec un effet a priori plus faible si le port est limité à certains espaces et/ou si son utilisation se fait à un faible niveau d’adhésion ». Il avance des critères qui plaident pour un éventuel port du masque obligatoire : une situation critique pour l’hôpital du fait de ses problèmes structurels avec des risques accrus de saturation hospitalière et d’accès aux soins liés à la concomitance des trois épidémies respiratoires dont la dynamique pourrait être réduite par des mesures barrières bien appliquées ; la perte d'efficacité de l'ensemble des traitements prophylactiques disponibles pour les immunodéprimés sévères faibles répondeurs aux vaccinations et l'impasse thérapeutique partielle en cas de contre-indications au seul traitement antiviral encore actif : de faibles niveaux de double couverture vaccinale contre la Covid-19 et la grippe dans des populations à risque souvent identiques. Pour rappel : aucun pays européen n’a imposé une obligation de port du masque au cours des dernières semaines en dehors de l’Espagne et de l’Allemagne qui maintiennent leurs recommandations antérieures d’obligation dans les transports en commun.

Omicron et personnes immunodéprimées

Une étude française dont les résultats ont été publiés dans la revue Nature Communications confirme « l’extrême vulnérabilité » des personnes immunodéprimées face à la Covid, explique le Quotidien du Médecin (21 décembre). Si la majorité de la population bénéficie de la protection offerte par la vaccination, les personnes immunodéprimées qui sont mauvaises répondeuses aux injections, sont surreprésentées parmi les personnes en réanimation. Ces patients-es « doivent être protégés-es avec tous les types possibles de prophylaxie », insiste le Pr Slim Fourati du service de bactériologie-virologie de l’hôpital Henri-Mondor (AP-HP), dernier auteur et coordinateur de l’étude aux côtés du Pr Nicolas de Prost du service de médecine intensive-réanimation de l'hôpital, précise le journal médical. Les deux chercheurs s’appuient sur les résultats de l’étude Sevarvir, qui a permis de suivre 259 patients-es pris-es en charge dans 20 services de réanimation : 148 étaient infectés-es par Omicron et 111 par Delta. Les résultats de cette étude montrent que, parmi les personnes ayant eu une forme sévère de la maladie, le phénotype clinique des patients-es infectés-es par Omicron diffère de celui des patients-es infectés-es par Delta, souligne un article publié par l’ANRS ǀ MIE. La part de patients-es immunodéprimés-es infectés-es par le variant Omicron était trois fois supérieure à celle des personnes infectées par le variant Delta : 43 % des patients-es infectés-es par Omicron étaient immunodéprimés-es contre 13 % des personnes infectées par le variant Delta. Parmi les personnes infectées par Omicron, 85,9 % avaient reçu deux doses de vaccin ou plus, mais affichaient une mauvaise réponse humorale à la vaccination. Parmi celles infectées par Omicron, le taux de mortalité des personnes immunodéprimées était significativement plus élevé (47 %) que celui des personnes immunocompétentes (2). Par rapport aux personnes infectées par le variant Delta, celles infectées par le variant Omicron étaient plus âgées et présentaient des comorbidités significativement plus fréquentes, notamment une hypertension, une insuffisance respiratoire chronique et une insuffisance rénale chronique, ainsi qu’un score sur l’échelle de fragilité clinique plus élevé. En conclusion, le phénotype clinique des malades atteints-es de Covid-19 hospitalisés-es en réanimation ou en soins intensifs était différent en fonction du variant : les patients-es infectés-es par le variant Omicron étaient davantage vaccinés-es mais majoritairement plus immunodéprimés-es que ceux-celles infectés-es par le variant Delta. La mortalité à 28 jours n’était pas différente entre les deux groupes.