Covid-19 : stop aux confinements

Publié par Fred-seronet le 25.02.2021
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Mode de vieCovid-19

Le 17 octobre 2020 débutait le couvre-feu à 21 heures en Île-de-France et dans huit métropoles. Deux semaines de couvre-feu à 21 heures suivies d’un mois et demi de confinement, puis un mois de couvre-feu à 20 heures et depuis le 16 janvier, un couvre-feu avancé à 18 heures. Alors que l’épidémie de Covid-19 reste élevée, mais stabilisée en France (les experts-es parlent d’un « plateau »), personne ne sait vraiment quelle sera la stratégie pour faire face à l’épidémie dans les mois à venir. C’est dans ce contexte que plusieurs membres du Conseil scientifique français font part de leurs préconisations pour que le gouvernement change de stratégie et passe d’un arrêt des confinements à un contrat social.

Évasion immunitaire

Ces préconisations ont été publiées le 18 février dans la revue scientifique The Lancet Public Health. L’article, rédigé en anglais, est co-signé par cinq membres du Conseil scientifique : Laetitia Atlani-Duault (anthropologue, présidente de l'institut Covid19 Ad Memoriam), Bruno Lina (directeur du centre national de référence des virus infectieux respiratoires à l’hôpital de la Croix-Rousse, à Lyon), Franck Chauvin (président du Haut conseil de la santé publique), Denis Malvy (expert infectiologue au CHU de Bordeaux) et Jean-François Delfraissy (président du Conseil scientifique).

Le constat de base de ces experts-es est le suivant : le dogme de l’immunité collective est en train de s’effondrer. En cause, la prolifération des différents variants du Sars-CoV-2 et le fait que l’immunité conférée par une primo-infection par la Covid-19 ne protège pas forcément d’une réinfection par ces variants. Une perspective « d’évasion immunitaire » qui préoccupe les scientifiques. Pour les experts-es, l’évasion immunitaire va bouleverser le champ virologique autant que l’arrivée des variants. En lisant entre les lignes, nous comprenons que la fin tant espérée de cette épidémie n’est pas proche. Euphémisme. Il va falloir cohabiter avec le Sars-CoV-2 et ses différents variants pendant encore longtemps et les vaccins ne seront pas suffisants pour nous débarrasser totalement de ces virus, en tout cas pas dans un avenir très proche.

Les limites du stop and go

Que faire donc face à un phénomène d’évasion immunitaire et d’épidémie durable ? Selon les auteurs-rices de cet article, il va falloir réévaluer les stratégies de santé publiques. Première préconisation des experts-es : « Il est temps d’abandonner une approche fondée sur la peur ». La stratégie des confinements/couvre-feu à grande échelle doit également changer. Demander aux citoyens-nes de s’enfermer et d’attendre sagement que les courbes de mortalité baissent, que les unités de soins intensifs soient renforcées et que toute la population soit vaccinée n’a plus vraiment de sens dans un contexte d’évasion immunitaire. « Jusqu’à présent, les populations ont été relativement conciliantes, mais leurs doutes et leur méfiance sont visibles dans des mouvements de protestations à travers plusieurs pays », écrivent les auteurs-rices. « L’impact du confinement strict a été dévastateur sur des économies entières et le pire reste à venir en termes de chômage et de dette nationale ». Les auteurs-rices insistent sur l’impact social de ces confinements répétés, mais aussi sur les répercussions à long terme sur santé physique et mentale des personnes confinées et, en particulier, de la jeunesse, elle-même peu exposée à des formes sévères et mortelles de Covid-19.

Un contrat social

Pour les membres du Conseil scientifique qui ont rédigé ces préconisations, le meilleur moyen d’assurer le succès des campagnes vaccinales et de ralentir l’émergence de nouveaux variants, tout en évitant des mesures de confinement, est d’inviter les gouvernements à mettre en œuvre des mesures adaptées à des groupes d’âge. Ils-elles soulignent qu’entre mars et juin 2020, 96 % des décès liés à la Covid-19 en Europe concernaient des personnes âgées de plus de 70 ans. L’idée serait de proposer un « contrat social clair et transparent fondé sur des données disponibles et appliqué avec précision selon les générations », expliquent les auteurs-trices. « En suivant ce contrat, les générations plus jeunes pourraient accepter les contraintes des mesures de prévention (masques, distanciation physique, etc.) à la condition que les groupes plus âgés et plus vulnérables adoptent également ces mesures, mais aussi d’autres plus spécifiques comme l’auto-isolement volontaire).

La lecture de cet article qui peut être perçu comme une tribune sonne à la fois le glas d’une fin de crise espérée une fois la population vaccinée mais donne aussi l’espoir d’un retour à un semblant de vie normale. De toute évidence, le Sars-CoV-2 et ses cousins variants vont rester longtemps parmi nous. Il va donc falloir apprendre à vivre avec sans se confiner à chaque montée de courbe. « Le confinement en tant que réponse principale à l’épidémie de Covid-19 n’est plus envisageable. Bien que séduisant pour de nombreux-ses scientifiques (…), son usage ne doit être appliqué qu’en dernier ressort », écrivent les cinq membres du Conseil scientifique. Et de conclure : « Nous scientifiques qui luttons contre la Covid-19, devons avoir le courage de nous adresser à ceux, au pouvoir, qui ont la responsabilité finale des politiques choisies et de leurs conséquences. Si cette responsabilité est esquivée ou reportée, les conséquences pourraient bien être terribles ».

Le ministre de la Santé, Olivier Veran, a réagi le jour même de la publication de cette tribune lors d’une conférence de presse. Interrogé sur une stratégie d’auto-isolement volontaire des plus vulnérables, le ministre a répondu : « La faisabilité d'une telle mesure est très discutable, la solidarité qu'elle emporte entre les générations l'est tout autant et l'impact épidémique n'est pas assuré ».

Réferences : Immune evasion means we need a new Covid-19 social contract. Laetitia Atlani-Duault, Bruno Lina, Franck Chauvin, Jean-François Delfraissy, Denis Malvy. Open AccessPublished : February 18, 2021. DOI.

Immunité collective
L'immunité collective correspond au pourcentage d’une population donnée qui est immunisée/protégée contre une infection à partir duquel un sujet infecté introduit dans cette population va transmettre le pathogène à moins d’une personne en moyenne, amenant de fait l’épidémie à l’extinction, car le pathogène rencontre trop de sujets protégés. Cette immunité de groupe, ou collective, peut être obtenue par l’infection naturelle ou par la vaccination (s'il existe un vaccin bien entendu), selon la définition de l’institut Pasteur.

Évasion immunitaire
L’évasion immunitaire empêche le système immunitaire de développer une mémoire immunologique contre le pathogène. Ainsi, une personne qui a été déjà infectée par le virus du Sars-CoV-2 va développer des anticorps, mais pourra tout de même être réinfectée par ce virus ou un de ses variants, y compris une fois vaccinée (l’efficacité de certains vaccins sur certains variants étant relative, voire insuffisante).