Covid-19 : une crise pour les TDS

Publié par Sophie-seronet le 25.03.2020
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Initiativetravail du sexeCovid-19

Les personnes travailleuses du sexe (TDS) se retrouvent dans une situation très difficile du fait de l'interruption de leur activité et du fait qu'elles ne bénéficient aucunement du droit commun en matière de droit du travail, notamment. La situation était déjà difficile avec la loi de 2016. Elle prend donc une tournure encore plus difficile du fait de l'infection à Covid-19. D'ores et déjà, des associations, des personnes concernées se sont mobilisées et ont mis des actions en place. C'est particulièrement le cas du Strass (Syndicat du travail sexuel) proposent des réponses concrètes et interpellent les pouvoirs publics.

Les vies des travailleurs-ses du sexe (et les vôtres) sont en danger !

« Chaque jour passe, et de plus en plus de collègues inquiets, inquiètes de la nouvelle situation nous demandent conseil. Les recommandations changent presque d’un jour à l’autre, jusqu’à l’obligation de confinement qui signifie notre mort sociale. Les travailleurs-ses du sexe sont pour beaucoup en « temps normal » déjà en situation de précarité. Depuis 2016, nous dénonçons la précarisation générée par la pénalisation des clients. Or, cette fois, nous ne pouvons plus travailler et ne savons pas combien de temps cela va durer », explique un communiqué du Strass.

Les travailleurs-ses du sexe sont exclus-es du droit du travail, cela signifie que les personnes qui exercent cette activité ne peuvent pas bénéficier des mêmes protections sociales » que les autres travailleurs-ses. « Pas de chômage technique, pas de droit de retrait, pas d’arrêt de travail, pas de congés payés. Même les travailleurs-ses du sexe reconnus-es comme travailleurs-ses indépendants-es bénéficient de droits limités ne permettant pas de faire face à cette crise », note le Strass. Le syndicat interroge donc directement les pouvoirs publics : « Comment sommes-nous supposés-es survivre sans aucun revenu ? »

« Pour l’instant, nous observons une grande responsabilité de la part de notre communauté qui globalement respecte les consignes de santé. Mais pour combien de temps encore ? Le confinement risque de durer longtemps, or nous aurons tous-tes besoin tôt ou tard de gagner de quoi couvrir les frais de la vie courante. Si aucune réponse sérieuse à cette question n’est apportée, il ne faudra pas se faire d’illusion sur la propagation du virus, en particulier si les plus jeunes parmi nous sont asymptomatiques (…) Il est urgent de repenser la solidarité et la protection sociale pour y inclure tous les travailleurs-ses, y compris celles et ceux de l’économie dite informelle. Il est temps de comprendre que les discriminations dans l’accès aux soins telles que les vivent les minorités et les migrants ne feront que faciliter les contaminations. Il est temps que la CMU (complémentaire santé solidaire) soit réellement universelle et qu’elle inclue les sans-papiers au lieu de les stigmatiser au travers du dispositif AME (aide médicale d'État). Il est temps de penser à la gratuité des services publics, des biens communs et des produits de première nécessité, ainsi qu’à des revenus décents en cas de non-travail (revenu étudiant, revenu universel, protection chômage, retraite, accident et maladie). Il est temps, enfin, de tout simplement respecter la vie humaine et d’accepter que la bonne santé des uns soit liée à celle de tous ».

Conseils et infos pour les travailleurs-ses du sexe

Outre cette interpellation politique, Le Strass a travaillé a une réponse plus technique, concrète et solidaire, notamment via la mise en œuvre de cagnottes de solidarité. Certaines ont déjà été créées à la suite d’initiatives personnelles de personnes travailleuses du sexe. Le Strass a également publié des recommandations d'arrêt de travail et d'évitement de tout contact physique. On les trouve, détaillés, dans un article sur le site du Strass.

Travail du sexe et statut d'auto-entrepreneur

Il est possible de demander une aide financière exceptionnelle à l’Action sanitaire et sociale de la sécurité sociale pour les indépendants (ASS) au moyen du formulaire « demande d’intervention du fonds d’action sociale », indique le Strass. Si vous n’êtes pas auto-entrepreneur-se et n’avez aucune source de revenus en dehors du travail sexuel, vous pouvez faire appel à l’aide de la cagnotte solidaire propre au Strass. Pour les personnes concerné-es, il faut contacter le syndicat par mail (contact "@" strass-syndicat.org) en détaillant sa situation ou par téléphone (07 60 42 51 80) le lundi entre 16 heure et 20 heures. Des conseils sont aussi proposés lorsqu'il n'est pas possible de cesser de travailler. Le Strass propose aussi un service juridique (service-juridique "@" strass-syndicat.org) à contacter en cas de besoin.

Prise de risque et accès à la RDR

En cas de prise de risque, les personnes exposées peuvent avoir accès au traitement post-exposition au VIH (TPE) aux Urgences ou dans les Cegidd. « Néanmoins, de nombreux Cegidd ont réduit ou cessé temporairement leur activité car le personnel soignant et les laboratoires des hôpitaux sont réquisitionnés. Tentez de les appeler avant de vous déplacer pour vous assurer qu’ils peuvent vous recevoir ou vous orienter vers des ressources locales plus appropriées. Voici une carte régulièrement mise à jour des Cegidd ouverts.

De nombreuses associations de lutte contre le VIH maintiennent leurs activités de conseil par téléphone et, dans certaines conditions, des permanences physiques où il est possible de réaliser des dépistages rapides du VIH (Trod) ou de récupérer des préservatifs et autre matériel de réduction des risques. Dans tous les cas, ils-elles pourront vous réorienter vers les structures maintenues. Vous pouvez notamment appeler une antenne locale de AIDES ou Sida Info Service au 0 800 840 800. Pour la contraception d’urgence et les IVG, sachez que de nombreuses antennes du mouvement du planning familial maintiennent une permanence téléphonique. Un numéro vert national a aussi été mis en place : 0 800 08 11 (appel gratuit). Pour les dépistages IST de routine, il vaut mieux contacter votre médecin traitant ou un autre médecin pour le moment.

Contacts avec les associations

Si les locaux des associations de travailleur-ses du sexe, dont ceux des associations de santé communautaire, sont fermés, les activités de ces associations continuent pour la plupart, indique le Strass. Vous pouvez les contacter par téléphone ou autres moyens de communication en ligne.

Projet Jasmine, l’application de lutte contre les violences faites aux travailleuses du sexe reste joignable et dispense de l’info sur vos droits. Télécharger l’application Jasmine (jasmine "@" medecinsdumonde.net /07 60 22 54 84).

Le site du Strass propose des infos pratiques et des contacts sur Paris, Marseille, Toulouse, Lyon, Nantes, Bourg-en-Bresse, etc.

Pour une vision globale des enjeux de cette nouvelle crise pour les personnes travailleuses du sexe, on vous recommande de vous reporter à un document du 18 mars. Il est issu de l'ICRSE (Comité international des travailleurs-ses du sexe en Europe). Ce document pointe les impacts de la crise sanitaire sur les conditions de santé et de vie des travailleurs-se du sexe et appelle à la mise en place de mesures d'urgence.