CROI 2011… Comme un lundi…

Publié par Sophie-seronet le 01.03.2011
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dépistageCroi 2011suivi des soinscoinfectionépidémie
Les deux sessions plénières du lundi 28 février proposaient un focus sur l’épidémie de VIH/sida aux Etats-Unis et une présentation sur les récentes avancées concernant les anticorps neutralisants du VIH. Depuis Boston, Emmanuel fait le point pour Seronet.
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Les deux sessions plénières de la première journée de la conférence proposaient un focus sur l’épidémie de VIH/sida aux Etats-Unis et une présentation sur les récentes avancées concernant les anticorps neutralisants du VIH (une des voies de recherche dans le vaccin anti-VIH). Le représentant du Center of Disease Control (CDC, organisme américain en charge du suivi épidémiologique des maladies) a décrit, en particulier, un nouvel outil pour mesurer l’impact des politiques de lutte contre le VIH/sida des différents Etats. Il s’agit de l’estimation de la mesure de la "charge virale communautaire" ("Viral Load Community"), soit la quantité de virus totale estimée qui circule dans telle ou telle communauté. Cet outil a montré, en particulier, que si la quantité de virus baisse dans une communauté (les personnes séropositives sont mieux traitées et ont un accès plus facile au dépistage, par exemple), le nombre de nouvelles infections (appelé incidence) baisse aussi. Les CDC se sont fixés un objectif de réduction de l’incidence de 25%. Rappelons que la France, dans son Plan national VIH/sida et IST 2010-2014, a fixé cet objectif de réduction à 50 % de l’incidence actuelle.

Tuberculose et autres maladies opportunistes

Une courte session a été organisée afin de présenter les résultats de deux grandes études sur la prise en charge des personnes co-infectées par la tuberculose et le VIH. Ces études confirment les résultats de l’essai mené au Cambodge par les autorités de santé en partenariat avec l’Agence nationale de recherche sur le sida et les hépatites (ANRS) et le National institute of health (NIH, un équivalent de l’Inserm français) en apportant de nouvelles informations. Au total, ces trois études évaluaient l’intérêt de démarrer en même temps le traitement antituberculeux et le traitement anti-VIH. Les deux études présentées à la conférence précisent qu’il est important de commencer les deux traitements ensemble lorsque les personnes ont moins de 50 T4/mm3.
La méningite à cryptocoque reste avec la tuberculose l’une des maladies opportunistes fréquente dans les pays en développement. Elle provoque le décès de plus de 600 000 personnes par an. Une équipe de chercheurs sud-africains a montré qu’une immunothérapie par interféron gamma entraînait une baisse plus rapide du nombre de cryptocoques.

La prise en charge dans les pays en développement

Une équipe du Malawi a évalué l’acceptabilité des autotests du VIH/sida par la salive (OraQuick Advance HIV ½) qui s’est révélée très bonne. Les autotests (la personne réalise elle-même le test et lit son résultat) semblent faciliter l’accès au dépistage. Ils pourraient devenir un outil majeur des politiques de lutte contre le VIH/sida en Afrique. Une étude menée en Afrique du Sud a démontré que le suivi d’une personne séropositive pouvait être pris en charge par des infirmières formées. Deux groupes de personnes étaient comparés : un groupe avec un suivi classique par un médecin et un autre avec un suivi par les infirmières. Cette stratégie de prise en charge pourrait faire économiser des dizaines de millions de dollars au gouvernement sud-africain et certainement permettre d’augmenter le nombre de personnes sous traitements.
La question de l’utilisation optimale des tests biologiques pour le suivi des personnes en Thaïlande a été évaluée dans le cadre d’une longue étude de trois ans où l’on comparait le taux de T4 à la charge virale pour le changement de traitement en cas d’échec thérapeutique. Dans des pays où les ressources sont limitées, l’ensemble des tests (mesure de charge virale et comptage des T4) ne peut pas forcément être réalisé tout le temps. Ces stratégies visent à évaluer le coût et l’efficacité de l’utilisation de telle ou telle méthode. L’utilisation de la charge virale permet de détecter plus tôt l’échappement au traitement, mais, au global, les deux groupes ont, après trois ans, un taux de succès comparable. En effet, le suivi des T4 permet lui aussi de détecter l’échappement et d’intervenir en changeant le traitement suffisamment tôt.

Une session consacrée aux perdus de vue
Les perdus de vue sont les personnes qui ne fréquentent plus les centres de santé après avoir été prises en charge quelques temps. De nombreux centres de santé africains ont communiqué leurs données. Ils ont décrit le type d’intervention qu’ils ont utilisé pour ramener les personnes perdues de vue vers les centres de santé. Un centre de santé de Cape Town (Afrique du Sud) a mené, par exemple, une étude rétrospective pour déterminer combien de personnes sont encore prises en charge. Ainsi, ils mettent en évidence que 63 % des personnes prises en charge sont toujours présentes, 11% ont interrompu les traitements, 17% sont perdues de vue et 9 % sont décédées. Une autre équipe du Kenya a, elle, montré que si l’on attendait plus d’un mois avant de se préoccuper de savoir pourquoi une personne a manqué son rendez-vous, les probabilités de la faire revenir au centre de soins sont alors plus faibles. Tous se sont accordés sur le fait que la prise en charge des malades nécessite du personnel spécifiquement dédié aux personnes perdues de vue. Un autre centre kenyan a, lui, évalué l’intérêt de fournir gratuitement du Bactrim aux personnes qui ne sont pas encore sous antirétroviraux ; ceux-ci fréquentent plus assidument le centre une fois qu’ils suivent un traitement antirétroviral.

Dynamique des épidémies de VIH/sida
Une session a été consacrée à la dynamique des différentes épidémies de VIH/sida chez les jeunes (les 15/24 ans représentent 35 % des nouvelles contaminations), les femmes enceintes, les gays dans les pays en développement et les gays aux Etats-Unis. L’épidémie de VIH/sida chez les jeunes filles africaines nécessite des interventions nouvelles comme de maintenir à l’école les adolescentes. Un essai démarre ces jours-ci en Afrique du Sud pour évaluer l’intérêt de soutenir financièrement les familles qui envoient les jeunes adolescentes à l’école. Les femmes enceintes devraient, elles aussi, être soutenues dans leur stratégie de prévention, un nombre non négligeable de femmes enceintes sont contaminées durant la grossesse.
Les gays ont un risque d’infection par le VIH/sida bien plus important que la population générale dans les pays d’Amérique Latine, d’Asie, d’Afrique, d’Europe de l’Est, du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord. Une récente étude démontre qu’ils ont un risque au moins 19 fois supérieur à celui des hommes hétéros. Les facteurs de risque individuels ne diffèrent pas de ceux que l’on connaît dans les pays développés (rapports sexuels non protégés, multipartenariat et prévalence élevée d’IST). Mais, dans un nombre très important de pays en développement, il y a d’autres facteurs de risques. Par exemple, l’accès aux outils de prévention (préservatifs et gels lubrifiants), au dépistage et à la prise en charge reste très difficile voire impossible. A travers le monde, on estime que moins d’un gay sur cinq a accès aux outils de prévention et à l’information concernant les modes de transmissions du VIH/sida. Cela signifie que 80 % ne bénéficient pas d’un accompagnement correct pour qu’ils puissent se protéger et protéger au mieux !
Enfin, un point de situation a été fait sur l’épidémie de VIH/sida chez les gays américains. Globalement, le nombre de gays américains qui s’infectent augmente (sauf à San Francisco, voir article sur Seronet). Les gays noirs et latinos sont plus touchés par l’épidémie de VIH/sida.