CROI 2013 : des résultats de combinaisons avec interféron chez les personnes co-infectées VIH-VHC

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Conférencesvhcco-infectionhépatiteCroi 2013

Scoop français à la 20e CROI, avec les résultats intermédiaires de deux essais évaluant l’efficacité et la sureté de Victrelis (bocéprevir) et Incivo (télaprevir), les deux premiers médicaments agissant très directement sur le VHC (contre une enzyme particulière du virus, la protéase), chez des personnes co-infectées par le VIH en échec d’un traitement de l’hépatite C antérieur.

Victrelis et Incivo chez les personnes co-infectées en échec de traitement antérieur

Ces deux essais de la recherche publique (ANRS), appelés Bocéprevih et Télaprevih, évaluent l’efficacité des deux médicaments et leur tolérance chez des personnes co-infectées non seulement en échec de traitement, mais dont en plus les problèmes du foie étaient avancés (17 % à 23% de cirrhose dans les deux essais) et qui avaient donc un besoin urgent de ces traitements.

Il s’agit d’une population qui avait été négligée par les essais menés jusqu’ici par l’industrie pharmaceutique, Mais pour l’heure, seuls les résultats intermédiaires à 4 mois de traitement sont disponibles. Ils ont été présentés par Isabelle Poizot-Martin (Hôpital Sainte-Marguerite, Marseille) et Laurent Cotte (Hospices civils de Lyon). Avec bocéprevir, 90 % des personnes "rechuteurs" avaient une charge virale VHC indétectable à 4 mois de traitement, et c’était 73 % chez les personnes avec une cirrhose. Avec télaprevir, le taux de charge virale VHC indétectable à 4 mois était de 88 %, et il ne semble pas y avoir d’effet du degré de fibrose. Les deux essais n’étaient pas conçus pour comparer les deux médicaments.

Efficacité encourageante, mais thérapie lourde

C’est nettement plus encourageant que ce qu’on observe avec la bithérapie standard d’interféron pégylé + ribavirine (entre 27 et 40 %), mais il ne s’agit que de résultats intermédiaires qui devront être confirmés. Pour rappel, c’est seulement 3 mois après la fin du traitement qu’on sait avec certitude si l’on s’est débarrassé du VHC. Chez les personnes co-infectées VIH/VHC n’ayant jamais eu de traitements contre le VHC , l’efficacité de Victrelis (bocéprevir) et Incivo (télaprevir) étaient équivalentes à celle observée chez les personnes mono-infectées, selon des études publiées en 2012.

En termes de sûreté, les résultats étaient équivalents à ceux des personnes n’ayant jamais pris de traitement contre le VHC co-infectées. Avec tout de même un quart des personnes ayant eu des effets indésirables graves (grades 3 – 4). Les médecins avaient mis en œuvre un plan de gestion de l’anémie (réduction des doses de ribavirine, injections d’EPO voire autotransfusions de sang).

Le telaprevir augmente les concentrations de ribavirine

Puisqu’on parle d’anémie, une étude suggère que le télaprevir (Incivo) pourrait augmenter les concentrations de ribavirine (un des deux médicaments de la bithérapie standard), et donc accroître l’anémie (baisse des globules rouges, ce qu’on observe dans les essais et la vraie vie, mais qu’on n’expliquait pas car le télaprévir n’est pas censé augmenter l’anémie). Cela pourrait, à terme, amener les cliniciens à diminuer les doses de ribavirine lorsqu’elle est associée au télaprevir, mais plus de recherches sont nécessaires avant de conclure et modifier les recommandations de prise en charge.

L’essai ANRS-Quadrih pour les personnes "nuls répondeurs"

Toujours en France, depuis le mois de décembre 2012, l’Agence nationale de recherche contre le sida et les hépatites virales (ANRS) évalue chez des personnes co-infectées VIH-VHC, qui n'avaient pas du tout répondu à un traitement antérieur, une quadrithérapie associant deux nouveaux médicaments, le daclatasvir et l’asunaprévir, à la bithérapie standard par ribavirine et interféron.

Ajouter du télaprevir pour traiter la primo-infection VHC chez les gays vivant avec le VIH ?

La primo-infection VHC se traite jusqu’à présent avec la bithérapie interféron pégylé + ribavirine. Une étude a testé l’efficacité de 3 mois de cette bithérapie à laquelle on ajoutait le télaprévir chez des hommes ayant des relations sexuelles avec d’autres hommes qui venaient de s’infecter avec un VHC de génotype 1. 20 personnes ont été traitées et sur les 14 dont les résultats pouvaient être évalués à 6 mois pour l’instant, 11 ont guéri de leur infection (environ 80 % d’efficacité). Sur les 20 personnes, il y a eu, jusqu’à présent, 3 échecs dont 2 arrêts pour intolérance. 19 personnes ont eu des prurits (problèmes de peau).

En 2012, une étude montrait un taux de guérison de 70 % avec un traitement par interféron seul de 6 mois à un an (pas de bénéfice de la ribavirine). Daniel Fierer (Mount Sinaï Hospital, New York) a plaidé pour un changement des recommandations de prise en charge de la primo-infection VHC chez les personnes vivant avec le VIH. Au vu de la tolérance moyenne d’Incivo, à mettre en balance avec le raccourcissement du traitement, et de la perspective des nouveaux traitements anti-VHC sans interféron, voilà qui suscitera sans doute beaucoup de discussions chez les cliniciens qui sont en train de mettre à jour les recommandations françaises sur la co-infection (Rapport Morlat en 2013).

Simeprevir + bithérapie chez les personnes co-infectées

C’est une antiprotéase de deuxième génération qui se prend en un seul comprimé par jour et a un profil de tolérance jusque là favorable. Elle a été testée chez des personnes co-infectées n’ayant jamais pris de médicament anti-VHC ou en échec (personnes "répondeurs partiels" ou "répondeurs nuls" ou dont le foie est à un stade de cirrhose) et des résultats intermédiaires ont été présentés. Il y a eu 77 % de guérison. Les taux sont moins bons pour les génotypes 1a et 64 % des personnes "nuls répondeurs" sont encore dans le protocole. L’an dernier, des résultats d’interactions avec les antirétroviraux avaient été publiés.

Faldaprévir + bithérapie chez les personnes co-infectées

Enfin, le faldaprévir, une molécule expérimentale du laboratoire pharmaceutique Boerhinger Ingelheim (BI-335) était évaluée en ajout à la bithérapie standard par interféron + ribavirine, chez des personnes co-infectées par le VHC de génotype 1. Elle donne de bons taux de réponse lors d’analyses intermédiaires (à trois mois pendant le traitement) qui devront être confirmées. Côté interactions, le faldaprévir ne modifie pas les concentrations du ténofovir (Viread, Truvada) ni du darunavir (Prezista). Inversement, ses concentrations sont augmentées de 130 % avec Prezista, et diminuées de 22 % avec le ténofovir et de 35 % avec l’éfavirenz.

Ces études arrivent bien tard et la perspective de traitements sans interféron, qu’on espère bientôt évaluée chez les personnes co-infectées, pourrait limiter l’intérêt de ces deux combinaisons avec simeprevir ou faldaprevir.

Commentaires

Portrait de pascalcoucou

Donc mon TELAPREVIH apres trois mois, c'est bon, même plus besoin des 6 mois !!!!! ouhhh ca si c'est vrai, quelle bonne nouvelle.

Et le Faldaprévir et Simeprevir + bithérapie chez les personnes co-infectées, pour les répondeurs  nuls ou

stade de cirrhose, 64% des nuls répondeurs guéris pffff ca l'fais comme on dit (pour arnvhc génoype 1A) le plus galere comme la fin de l'article ces études arrivent bien tard, mais elle sont arrivées au moins,

Pascal ... .. .