Décès de Daniel Defert : les réactions

Publié par Rédacteur-seronet le 10.02.2023
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InitiativeDaniel Defert

La disparition du sociologue et militant de la lutte contre le sida, Daniel Defert, décédé le 7 février à l'âge de 85 ans, a suscité de nombreuses réactions. Militants-es de AIDES, partenaires, personnalités médicales, associatives et politiques, etc., nombreuses ont été les réactions à l’annonce de la disparition du fondateur et premier président de AIDES.

Les militants-es de AIDES

« C’est avec une profonde tristesse que nous apprenons ce soir la disparition de Daniel Defert, fondateur de AIDES. Il laisse derrière lui le souvenir indélébile d’une vie militante et des principes d’action, que les 2 200 militants-es que nous sommes perpétuons au quotidien », a souligné l’association dans un communiqué. Présidente, Camille Spire a écrit sur Twitter : « Très émue de la disparition de Daniel Defert... Fondateur de AIDES et transformateur social qui s'est battu pour faire entendre la voix des séropositifs-ves et plus généralement des malades. Nous continuerons à la porter haut et fort. Nous ne lâcherons rien Daniel ! » « Daniel Defert a dit qu'il a continué à agir avec Michel Foucault en créant AIDES, nous continuerons à agir avec Daniel Defert », a souligné Marc Dixneuf, directeur général de l’association. « Ce soir, je suis orphelin, Daniel Defert compagnon de Michel Foucault nous a quittés. Il est à l’origine de la création de @assoAIDES  et a remis le patient au centre du VIH « Rien pour nous sans nous ». Il a suivi mes premiers pas en 2015 comme président », a rappelé Aurélien Beaucamp, administrateur, ancien président de AIDES (2015-2021) et co-président de LINK.

Les partenaires

Directrice générale de Sidaction, Florence Thune, a également réagi : « Avec le décès de ce grand militant inspirant et discret, qu’était Daniel Defert, c’est un pan de notre histoire collective et fondatrice de la lutte contre le sida qui disparaît. En tant que personnes vivant avec le VIH, nous lui devons énormément ». Sidaction a également publié un message sur Twitter : « Daniel Defert, le fondateur de l’association @assoAIDES est décédé. Il fut une personnalité immensément inspirante pour tous les acteurs de la lutte contre le sida. Toute l’équipe de Sidaction lui rend hommage et présente ses condoléances à ses proches et à nos ami.e.s de AIDES ». Réaction aussi du Planning Familial : « @leplanning s’associe à la peine des militant.es d’@assoAIDES. Daniel Defert a promu, défendu la prise en compte de la parole des concerné.es dans la lutte contre le VIH, un principe essentiel pour améliorer l’accès à la santé et aux soins ! » « C'est la lutte contre le sida qui vient de perdre un penseur incontournable dans l'histoire de nos luttes ! RIP Monsieur Daniel Defert », a souligné Fred Navarro, ancien président d’Act Up-Paris. « Nous, militant.e.s sida, mais plus largement des droits des malades, lui devons beaucoup. Merci, Daniel Defert ! Continuons à relire ses textes, dont beaucoup sont d'une actualité brûlante », explique le message de François Berdougo, militant de la lutte contre le sida et délégué général de la Société française de santé publique. « Je crois que c'est le sida qui a obligé à penser autrement les contenus de l'homosexualité, c'est à dire pas seulement les actes sexuels et l'organisation de lieux permissifs, mais les dimensions affectives, culturelles, qui peuvent engager toute une vie ». Merci Daniel Defert », a réagi le militant Théo Brigand. « Ce soir j’ai juste envie que partout dans les lieux LGBTQIA’s de France et de Navarre on lise, à voix haute et forte, la lettre que Daniel Defert avait écrite pour appeler à la création de AIDES. Lettre qu’on peut intituler « Je ne retournerai pas mourir chez maman » (29 septembre 1984) », a indiqué Hugues Charbonneau, administrateur de Sidaction. « Le collectif TRT-5 CHV s'associe pleinement à la peine des militants-es de @assoAIDES dont Daniel Defert fut le fondateur. Ce que nous lui devons tous-tes est incommensurable », a écrit le collectif TRT-5 CHV, tandis que le Crips Île-de-France a souligné que « Daniel Defert, fondateur de AIDES, a été à l’origine de nombreux principes qui irriguent encore aujourd’hui les luttes, notamment la notion du malade comme réformateur social. Nos sincères condoléances à ses proches. Le combat continue, plus que jamais ».

Les associations

Médecins du Monde : « Nous saluons la mémoire de Daniel Defert, fondateur de @assoAIDES, sans qui la lutte contre le Sida n’aurait pas eu cette force. Homme d'engagement, il s'est également investi dans de nombreux sujets dont celui de la prison ». Act Up-Paris : « Nous avons appris hier le décès de Daniel Defert, sociologue et président-fondateur d'@assoAIDES. Nous lui devons beaucoup dans la lutte contre le #VIH-Sida. Nos condoléances aux camarades de AIDES. La lutte continue ! #RestInPower ». Actions Traitements : « Actions Traitements salue la mémoire de Daniel DEFERT, fondateur de l'association AIDES, décédé le mardi 7 février à l'âge de 85 ans. Sociologue et militant de la première heure de la lutte contre le VIH-sida, suite au décès de son compagnon Michel Foucault, il a largement contribué à mettre les personnes vivant avec le VIH au cœur de la lutte. Il avait notamment posé en 1989 un principe fondateur, que les acteurs et actrices de la lutte contre le VIH-sida continuent de faire vivre ardemment aujourd'hui, qui faisait du « malade » un nouveau réformateur social. Nous présentons nos sincères condoléances à ses proches et aux militant-e-s, d’hier et d’aujourd’hui, qui ont eu la chance de le côtoyer. Nous aurons à cœur de poursuivre les combats qu'il a initiés, afin que la parole des personnes concernées soit entendue et que l'épidémie qui a déjà tué près de 40 millions de personnes à travers le monde depuis 1981 disparaisse enfin ». Réaction aussi de la militante Line Renaud (Sidaction) : « Daniel Defert était un compagnon de lutte. Mes pensées vont aujourd’hui à sa famille, ses amis et à tous les militants de @assoAIDES ».

Médecins et chercheurs

« Nous, cliniciens du VIH, et nos patients, devons beaucoup à Daniel Defert, philosophe, sociologue et figure de la lutte contre le sida, disparu ce jour, fondateur d’@assoAIDES nous n’oublierons pas et continuerons la lutte contre le VIH », a twitté la Pre Karine Lacombe, cheffe de service hospitalier des maladies infectieuses à l’hôpital Saint-Antoine (AP-HP, Paris). « Daniel Defert, fondateur de @assoAIDES, est mort hier. Il restera une des plus grandes figures de la lutte contre le VIH. Il fait partie de notre histoire gay. Nous lui devons énormément. Sans lui ni le soin communautaire (ni moi) ne serait-ce qu’il est aujourd’hui. Merci à lui », a expliqué le Dr Thibaut Jedrzejewski (Le 190). « Sur Daniel Defert, sa pensée et son apport à la lutte contre le sida, il y a l'ouvrage de Nicolas Charpentier « De l’intellectuel spécifique au mouvement socio-éthique. Penser avec Daniel Defert », en libre accès, a rappelé le sociologue et militant de la lutte contre le sida, Gabriel Girard. Bruno Spire, chercheur à l'Inserm au Sesstim et ancien président de AIDES de 2007 à 2015 : « en créant l’association AIDES, Daniel a allumé le big bang de la mobilisation associative et de la santé communautaire en France. Daniel a conçu le concept du malade réformateur social : c’est en mobilisant différents groupes relégués dans des marges sociales qui étaient touchés par la maladie que la société a pu avancer sur les droits des malades, des personnes homosexuelles, sur la réduction des risques auprès des usagers de drogues etc. La recherche communautaire aujourd’hui menée à l’agence est un des héritages du combat de Daniel ». Le Pr Michel Kazatchkine, directeur de l'ANRS de 1998 à 2005 : « Je suis très attristé par sa disparition. Tant de beaux souvenirs me reviennent à l’esprit. L’un d’entre eux est un dîner à Montparnasse au cours duquel, grâce à Daniel, l’idée avait surgi de la consultation du soir. Il s’agissait d’adapter l’hôpital aux besoins du patient plutôt que le contraire, en offrant la possibilité de venir en consultation le soir, en dehors des heures de travail des malades pour assurer au mieux la confidentialité et ne pas interrompre la vie professionnelle, alors que la stigmatisation était forte dans la société et le monde du travail. À l’ANRS, il a fait naître les premiers débats sur la démocratie sanitaire. Daniel a été un ami et un référent attentif et généreux tout au long de ces quarante années d’épidémie en France ». Françoise Barré-Sinoussi, Prix nobel 2008 de physiologie ou médecine et Présidente de Sidaction : « Dès 1984, Daniel, attentif, attentionné envers les autres avec modestie, discrétion, nous a montré le chemin du combat tous ensemble pour lutter contre le VIH et, au-delà, contre les inégalités. Le plus bel hommage que nous pouvons lui rendre est de poursuivre le combat engagé par cet humaniste, d’une intelligence hors pair, qui vient de nous quitter ».

Politiques et officiels-les

Jean-Luc Romero-Michel, adjoint à la Maire de Paris et président-fondateur des Elus locaux contre le sida, a expliqué : « Daniel Defert, créateur de @assoAIDES et compagnon de Michel Foucault nous a quittés. Les militant.es de la lutte contre le sida lui doivent tant. Il nous a montré le chemin. Il est notre pionnier. Je n’oublierai jamais sa personnalité lumineuse et exceptionnelle ». « Grande tristesse d’apprendre la disparition de Daniel Defert, intellectuel militant qui fonda @assoAIDES. Figure de la lutte contre le sida et pour les droits des minorités, c'est un combattant dont la voix manquera. Pensées émues pour ses proches et ses compagnons d’engagement », a twitté Anne Hidalgo, maire de Paris. Un de ses adjoints, David Belliard, a, lui, expliqué : « Je ne retournerai pas mourir chez maman ». Daniel Defert avait écrit cette lettre proposant la création de AIDES en 1984. Il aura marqué la lutte contre le VIH. Je suis triste, nous perdons une grande figure qui nous aura aidés à être plus libres, plus forts et plus fiers ». Le maire de Marseille, Benoit Payan, a salué le fait que « Daniel Defert, par son engagement dans la lutte contre le sida et la fondation de @assoAIDES, a protégé et sauvé des générations d’hommes et de femmes de tous horizons. La communauté perd un ange gardien et la santé publique l'un de ses plus fervents défenseurs ». L’ancienne ministre de la Santé et marraine de AIDES, Roselyne Bachelot, a expliqué : « Immense gratitude à notre très cher Daniel Defert. Que de souvenirs de nos luttes pour combattre toutes les discriminations. Un grand monsieur », tandis que la Première ministre, Élisabeth Borne, twittait « C’est avec tristesse que j’apprends la disparition du sociologue et philosophe Daniel Defert, figure de la lutte contre le sida. Fondateur de l’@assoAIDES, il a dédié sa vie à aider les victimes, à bâtir la solidarité. Je pense à sa famille et à ceux qui poursuivent le combat ». Éric Piolle, maire de Grenoble : « La vie de Daniel Defert aura été celle de grands événements, de Mai 68 au Groupe d’Information sur les Prisons et jusqu’à la création de @assoAIDES. En plaçant les personnes concernées au cœur de l’action, sa pensée et son héritage doivent nous guider, plus que jamais ». Luc Ginot, directeur de la Santé publique de l’Agence régionale de santé Île-de-France : « La santé publique perd une immense personnalité, qui a démontré que la pensée théorique et l'action concrète vont de pair quand on veut changer les choses ».

 

Hommage de l’Élysée
« En Daniel Defert, qui s’est éteint à l’âge de 85 ans, la France perd un philosophe, un sociologue, un militant, et un pionnier incontournable de la lutte contre le sida, qui avait fondé et présidé l’association AIDES. Né en 1937, dans une petite ville bourguignonne où son père était coiffeur, il ne dut sa carrière intellectuelle qu’à son intelligence et à sa ténacité. Jeune normalien de Saint-Cloud, il passa l’agrégation de philosophie avant de graviter dans les cercles de Raymond Aron et de grimper les échelons universitaires qui le menèrent à devenir maître de conférence à l’université de Paris-VIII, où il enseigna jusqu’au tournant des années 2000. Mais il eut aussi une autre vie, qui se joua celle-là loin des estrades professorales, et à quatre mains ; une vie qui commença avec la rencontre de Michel Foucault en 1960, premier chapitre d’une longue histoire de passion, de raison et de combats partagés.Ensemble, ils adhérèrent à la Gauche prolétarienne, un mouvement clandestin maoïste où ils menèrent des grèves de la faim pour la reconnaissance de leurs idées. Ensemble encore, aux côtés d’autres penseurs comme Pierre Vidal-Naquet, ils participèrent à la création du Groupe d’information sur les prisons en 1971, pour ramener les conditions de détention au cœur du débat public, et, plus profondément, la problématique même de l’incarcération. Mais lorsque, le 25 juin 1984, Michel Foucault mourut, c’est seul que Daniel Defert dut affronter l’incompréhension, le chagrin, la colère. Il finit par apprendre que le mal inexpliqué qui avait si brusquement emporté son compagnon était le sida, mais que le diagnostic avait été occulté par une chape d’ignorance et de non-dits. La maladie était marquée d’un tabou, les malades, d’un ostracisme. Il décida dès lors de soulever l’un et l’autre. De son deuil, il fit un combat, de sa souffrance, un élan, pour honorer la mémoire de Foucault, et pour aider les milliers de victimes de cette épidémie silencieuse. Son esprit de sociologue lui permettait de décrypter les architectures sociales de soin, et leurs failles collectives, tandis que son regard d’humaniste lui donnait la capacité de rejoindre les patients dans leur souffrance singulière, et de briser leur isolement. Inlassablement, il alerta les pouvoirs publics, aiguillonna la recherche, éclaira les citoyens, au sein de la Société internationale sur le sida, de l'OMS, du Comité national du sida comme du Haut Comité de la santé publique, mais avant tout au cœur de sa propre structure dédiée à la lutte contre le VIH, l’AIDES, qu’il créa en 1984, à une époque où notre pays n’en comptait encore aucune, et qui devint le navire-amiral d’un combat qu’il élargit à la France puis à l’Europe.Lorsqu’il céda le flambeau de l’AIDES après sept ans, ce fut pour mieux se consacrer à la mémoire de Michel Foucault en contribuant à l’édition de ses textes : les quatre volumes de Dits et Écrits, en 1994, qui rassemblent des conférences, entretiens et articles, et la publication de ses œuvres dans La Pléiade, en 2015. Le Président de la République et son épouse saluent l’œuvre de ce militant et éveilleur de consciences qui changea la vie de milliers de personnes frappées par le sida, et, à partir de leur expérience, transforma nos politiques publiques de santé. Ils adressent à ses proches, à tous ceux qui sont redevables de son engagement, à tous ceux qui le rejoignirent et l’admirèrent, leurs condoléances attristées ».