Décès de Timothy Ray Brown, le « patient de Berlin »

Publié par jfl-seronet le 30.09.2020
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Mode de vieTimothy Ray Brown

D’abord, un pseudo : le « patient de Berlin ». Derrière, une nouvelle scientifique, attendue depuis si longtemps, qui suscite un espoir : un premier cas de guérison de l'infection par le VIH, en 2008. Et puis finalement, en 2010, un nom Timothy Ray Brown. L’activiste, qu’il était devenu ces dernières années, est décédé, le 29 septembre, à l'âge de 54 ans, des suites d’un cancer.

Timothy Ray Brown restera incontestablement une des figures de l'histoire médicale et militante du VIH. En 1995, l’Américain qui vit à Berlin apprend qu’il a contracté le VIH. Il est suivi médicalement. En 2006, on lui diagnostique une leucémie. Pour le soigner de ce cancer, son médecin, Gero Hütter (université de Berlin), lui propose une greffe de cellules souches d'un donneur qui a une mutation génétique rare lui conférant une résistance naturelle au VIH. Gero Hütter a l’espoir que cette greffe permette de soigner et guérir les deux maladies.

« Quand il m’a proposé ce traitement curatif à travers une greffe de moelle (et donc de cellules souches), je n’ai pas vraiment cru que ça pourrait marcher. En fait, je n’y ai pas cru avant deux ans après la greffe, en voyant que les cellules de mon sang continuaient à s’améliorer et qu’il n’y avait pas de VIH dans mon corps », rappelait Timothy Ray Brown, dans une interview accordée à Seronet en 2012. Il faudra deux greffes, des opérations lourdes et dangereuses, mais le pari médical réussit. En 2008, il est considéré comme guéri des deux maladies. Conformément à ses souhaits, l’annonce initiale de cette découverte avait préservé son anonymat, le désignant comme le « patient de Berlin ».

Deux ans plus tard, il choisit de révéler son identité. Il ne cesse alors de répondre à des interviews, d’intervenir dans des conférences à travers le monde. Seronet le rencontre en 2012. À cette occasion, le journaliste Renaud Persiaux lui demande ce que cette guérison a changé dans sa vie. « Tout ! Cela a changé ma vie de façon très importante, ça m’a donné une mission. Je milite pour qu’un traitement permettant de guérir du VIH soit disponible pour tous-tes partout dans le monde. Je donne des échantillons pour la recherche. Je collabore avec la société qui produit les ciseaux moléculaires pour la thérapie génique. Et j’ai parlé au Congrès américain le 28 février, pour inciter les États-Unis à financer ces recherches. J’ai décidé de témoigner au lieu de rester caché, parce que je voulais donner de l’espoir aux gens. Cela me rend très heureux. J’ai l’intime conviction que la science va bientôt pouvoir nous fournir un traitement curatif accessible à tous, même si on ne sait pas encore quand ».

Depuis celle de Timothy Ray Brown, une seule autre guérison fonctionnelle a été annoncée, en mars 2019, grâce à la même méthode, chez le « patient de Londres », qui, lui aussi, a révélé son identité ensuite, Adam Castillejo. Il est la deuxième personne désormais considérée comme guérie.

La nouvelle de sa disparition a suscité de nombreuses réactions. « Nous sommes redevables à Timothy et son médecin, Gero Hütter, d’une grande reconnaissance pour avoir ouvert la possibilité aux scientifiques d’envisager la guérison du VIH comme un concept possible », a indiqué la professeure Adeeba Kamarulzaman, infectiologue et présidente de l’IAS. « Connu comme « le patient de Berlin », Timothy a symbolisé l’espoir d’une guérison du VIH. Son décès nous rappelle le besoin de continuer à chercher un vaccin et une guérison dans notre quête pour mettre fin au sida », a commenté l’Onusida. « Guéri » du VIH suite à une greffe de moelle osseuse, Timothy Brown s’est battu toute sa vie pour que toutes les personnes vivant avec le VIH puissent, elles aussi, guérir un jour. C’est pour cela, et en pensant à son combat, que nous continuerons de lutter », a réagi Florence Thune, directrice générale de Sidaction. Son conjoint, Tim Hoeffgen, a publié ce message sur Facebook : « C’est avec une grande tristesse que je vous annonce le décès de Timothy à 15h30 aujourd’hui entouré par ses amis et moi-même après une bataille de cinq mois contre la leucémie. J’ai beaucoup de chance d’avoir partagé ma vie avec lui, mais j’ai le cœur brisé que mon héros soit parti. Tim était vraiment la personne la plus gentille au monde. L’esprit de Tim continuera de vivre et l’amour et le soutien de notre famille et nos amis-es m’aideront à traverser cette période très difficile. Il faut célébrer la vie de Tim et toujours garder l’espoir. Tu es mon ange gardien maintenant. Je t’aimerai toujours Tim ! »