Dépistage des IST ano-rectales

Publié par Fred-seronet le 25.12.2020
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SexualitédépistageIST

Le dépistage des infections sexuellement transmissibles (IST) est un enjeu de santé publique pour l’ensemble des personnes ayant une activité sexuelle. Leur dépistage répété permet un diagnostic précoce, une meilleure prise en charge médicale et une diminution du risque de transmission. C’est d’autant plus important que les IST augmentent les risques de transmission du VIH. Une étude récente indique que le dépistage des IST reste insuffisamment proposé, y compris dans des groupes où leur prévalence est forte.

Malgré des progrès observés en santé sexuelle ces dix dernières années, un nombre importants d’hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes (HSH) qui vivent en Europe indiquent ne pas avoir bénéficié de dépistage des IST (infections sexuellement transmissibles) ano-rectales, rapporte le site d’info Aidsmap qui s’appuie sur les données issues de l’étude Emis (European MSM Internet Survey) : un questionnaire en ligne lancé une première fois en 2010 puis en 2017 et proposé aux HSH de 40 grandes villes européennes, principalement à travers des applis de rencontres communautaires comme Planet Romeo, Grindr et Hornet.

Au total : 38 439 HSH ont répondu au questionnaire en 2017. Dans la plupart des villes, entre 30 et 50 % des répondants ont déclaré avoir effectué un dépistage IST (infections sexuellement transmissibles) dans l’année précédente avec les taux de dépistage les plus élevés à Londres (59 %) et Amsterdam (58 %) et globalement un meilleur taux de dépistage des IST dans toutes les villes, sauf à Belgrade (Serbie).

La prise de sang pour dépister les IST est généralisée chez l’ensemble des répondants, mais c’est moins le cas pour le prélèvement urétral (dans l’urètre) et/ou l’échantillon d’urine. Moins de 61 % des hommes ayant des relations sexuelles avec d’autres hommes qui ont fait un dépistage ont bénéficié de ce genre de procédure qui permet de repérer des IST comme le gonocoque ou la chlamydia au niveau de l’urètre (le conduit dans la verge qui évacue l’urine et le sperme).

L’examen physique des parties génitales et de la zone anale fait également défaut avec une moyenne de 13 % des répondants qui déclaraient avoir bénéficié de ce genre d’examen. Tout aussi inquiétant, dans la moitié des villes, moins de 29 % des HSH déclaraient avoir bénéficié d’un prélèvement ano-rectal. Ce taux était particulièrement bas en Europe de l’Est et Europe du Sud-est avec 4 % à Varsovie (Pologne), 6 % à Bucarest (Roumanie), 7 % à Sofia (Bulgarie), 9 % à Athènes (Grèce), 9 % à Belgrade (Serbie) et 9 % à Riga (Lettonie). En Europe de l’Ouest, la plupart des villes ont amélioré leur taux de dépistage ano-rectal depuis l’enquête de 2010. Par exemple : Bruxelles et Paris sont passées d’un taux de dépistage de 10 % en 2010 à respectivement 37 % et 44 % en 2017. Les meilleurs taux de dépistage ano-rectal ont été observés dans les villes d’Amsterdam, Birmingham, Dublin, Londres, Manchester et Stockholm, avec plus de 70 % des répondants qui déclaraient avoir bénéficié d’un dépistage ano-rectal.

Les auteurs-rices de l’étude insistent sur l’importance d’effectuer un examen et dépistage ano-rectal systématique chez les HSH afin de repérer les IST (parfois asymptomatiques) situées dans la région anale et notamment les condylomes dus au HPV (papillomavirus humains). Ils-elles rappellent également l’importance de proposer un environnement sécurisant pour que les hommes qui ont des pratiques sexuelles anales entre hommes puissent se sentir suffisamment à l’aise pour aborder leurs pratiques sans craindre de subir un jugement. Cette étude est d’ailleurs révélatrice du lien entre qualité des soins et droits des minorités puisque le taux de dépistage ano-rectal le plus bas a été observé en Pologne, pays connu pour une homophobie d’État très marquée.

Sources et références : Doran J et al. An update on the performance of STI services for gay and bisexual men across European cities: results from the 2017 European MSM Internet Survey. Sexually Transmitted Infections, online ahead of print, 3 November 2020.