Des restes à charge invisibles, mais réels

Publié par Sophie-seronet le 09.12.2019
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Droit et socialreste à charge

D’après les études, les frais de santé non remboursés s’élèveraient à plus de 200 euros/an par usager-ère. Mais selon le collectif France Assos Santé, ce reste à charge (RAC) sous-estimerait grandement les montants réels non pris en charge par les Assurances maladies. D’après une enquête de terrain, recueillant des témoignages, on atteindrait plutôt près de mille euros pour les patients-es. Une différence qui passe sous les radars, mais qui met les Français-es à l’amende.

Deux cent-quatorze euros par an. Un montant en baisse même, selon les études de la Drees (Direction de la recherche, des études, de l'évaluation et des statistiques, du ministère des Solidarités et de la santé). Selon les enquêtes nationales, le phénomène des restes à charge serait en voie de résolution. Pourtant, ces données statistiques semblent bien éloignées du ressenti et des expériences des personnes face au système de santé. Pour en avoir le cœur net, le collectif France Assos Santé a enquêté, lui aussi, et est allé voir les patients-es. Plus de trois cents ont été interrogés-es sur les frais et leurs montants affiliés à une prise en charge. Apparaissent alors des sommes jusqu’ici invisibles mais surtout très élevées : jusqu’à 1 000 euros par an et par personne. « Invisibles statistiquement, mais pas indolores pour les patients-es.

En amont de leur Journée nationale « Renoncement aux soins, restes à charge, refus de soins : comment lever les barrières de l’accès aux soins ? » France assos Santé a donc soumis à des personnes malades ou en situation de handicap un questionnaire standardisé en ligne. « Nous leur avons demandé d’évaluer l’ensemble de leurs dépenses liées à la santé, en particulier celles sortant du périmètre classique des restes à charge tels que définis par la Drees : matériels médicaux, produits d’hygiène et de stérilisation non remboursés, frais de déplacement ou d’hébergement pour se rendre aux consultations, consultations de psychologue, d’ergothérapeute, etc. », explique France Assos Santé dans son communiqué du 25 novembre dernier. Le collectif précise d’emblée que ces résultats ne sont pas représentatifs et n’ont pas la force statistique d’un sondage classique, mais que ces données demeurent des indicateurs assez éclairants sur les sommes dépensées par les Français-es pour leur santé et qui ne sont pas prises en compte (et en charge) par le système. « Un éclairage intéressant sur la grande diversité des restes à charge qui échappent aux statistiques officielles », selon Gérard Raymond, président de France Assos Santé.

Quand on se plonge davantage dans les témoignages des 351 patients-es interrogés-es, on observe que plus de 70 % déclarent renoncer à des dépenses de santé en raison du coût trop important et plus de 50 % font part de difficultés financières, du fait de ces dépenses. Avec pour un quart d’entre eux la nécessité de solliciter des moyens connexes pour faire face à ces frais (crédit à la consommation, sollicitation des proches). Et ce sont les plus vulnérables qui en payent le prix : « Nous le savons : la maladie précarise, le handicap précarise. Or ces personnes sont exposées aux restes à charge les plus élevés, qu’ils soient visibles ou invisibles. C’est un peu la double peine », dénonce Gérard Raymond. Face à cela, France Assos Santé demande que ces résultats, « lacunaires », soient confortés par des études « poussées et exhaustives » faites par les pouvoirs publics, ainsi que « la conception de dispositifs de prise en charge personnalisés, en fonction notamment de l’état de santé et du reste-à-vivre des personnes malades et/ou en situation de handicap ». Parce que, selon leurs propres mots : « Nous ne sommes pas coupables d’être malades ».