Des seringues propres dans les prisons en Moldavie

Publié par olivier-seronet le 14.08.2009
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prisréduction des risquesprogramme d’échange de seringue
Les programmes pilotes d’accès au matériel stérile d’injection dans les prisons moldaves ont été lancés il y a huit ans maintenant. C'est l'argument de la santé publique qui a convaincu les autorités moldaves de l'expérimenter. Un argument qu'on comprend à Chisinau, la capitale, mais toujours pas à Paris.

C'est un argument de santé publique, la possibilité de réduire l’incidence dans les prisons du VIH et du VHC, qui a convaincu les autorités moldaves de mettre en place des programmes d'échanges de seringues. L’un des plus grands défis a été de convaincre les surveillants et les chefs de détention. Pour cela, des formations régionales ont été organisées. Des formations sur le VIH, les infections sexuellement transmissibles et les hépatites virales ont également été proposées aux personnes détenues dont certaines sont d'ailleurs devenues volontaires. Si ces programmes fonctionnent, c'est aussi parce qu'ils obéissent à plusieurs principes : l’anonymat, la confidentialité, l’accès sans interruption (24 heures sur 24 et 7 jours sur 7), le travail de prévention et d'information mené par les détenus volontaires et l’échange "1 contre 1" (une seringue usagée pour une seringue neuve). Au départ, seuls les services médicaux distribuaient du matériel d’injection, mais les programmes étaient peu fréquentés. Le choix a donc été fait d’opter pour une approche par les pairs (en l'occurrence des détenus volontaires). Le matériel stérile d'injection est uniquement distribué dans les lieux de vie (et pas dans les zones administratives ou les ateliers). Les volontaires bénéficient d’une confiance absolue. Ils rendent les seringues usagées aux travailleurs sociaux qui leur en fournissent de nouvelles.


Grâce à ces programmes, on observe une diminution des nouveaux cas de VIH, d'infections sexuellement transmissibles et de VHC parmi les personnes détenues usagères de drogues par voie intraveineuse, une baisse de la discrimination à l’encontre des personnes détenues séropositives et/ou usagères de drogues. On constate aussi un accès accru aux traitements de substitution et une meilleure prise en charge psychosomatique. Ces programmes ont aujourd’hui été mis en place dans sept des dix-huit prisons de Moldavie. 60 000 seringues y sont distribuées chaque année. Les personnels pénitentiaires des établissements concernés se disent fiers de ces programmes et aucune seringue souillée n’a été trouvée lors des fouilles. La Moldavie mène actuellement une réforme progressiste des prisons, notamment en limitant les peines d’emprisonnement (de 10 000 personnes détenues en 2002 à 6 500 en 2008). Une mouvement très exactement contraire à celui que connaît aujourd'hui la France.