Des vacances thérapeutiques aux interruptions courtes programmées

Publié par Renaud Persiaux le 30.07.2011
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Si le concept d’interruptions de traitement a mis si longtemps à être de nouveau envisagé – et fait grincer tant de dents, aussi bien parmi les médecins-chercheurs que les activistes sida – c’est essentiellement pour des raisons historiques.
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Retour au début des années 2000. Les multithérapies antirétrovirales, si elles permettent de contrôler la réplication du virus, sont lourdes. Diarrhées, troubles de la répartition des graisses (lipodystrophies) et douleurs aux extrémités des membres (neuropathies), entre autres, ont un fort impact sur la qualité de vie. Au point que l’on envisage de les interrompre pour des durées plus ou moins longues (plusieurs semaines à quelques mois). Objectif : permettre aux personnes de souffler un peu, d’avoir des sortes de "vacances" thérapeutiques. Pratiquée par certains médecins, l’idée fait l’objet d’un essai clinique, SMART (Strategies for Management of Anti-Retroviral Therapy). Débuté en 2002 et incluant 5 500 participants de trente-trois pays, il formalisait une stratégie dite d’"épargne thérapeutique". Elle consistait à retarder ou utiliser de façon épisodique les antirétroviraux sur une période minimale pour maintenir plus de 250 CD4/mm3. Le traitement anti-VIH était arrêté quand les CD4 remontaient au-dessus de 350. En dessous de 250, il était repris. L’échec fut retentissant : en janvier 2006, l’essai fut interrompu devant l'augmentation des complications graves d'ordre cardiovasculaire, rénale et hépatique pour les personnes du groupe intermittent. Le risque de complications ou de décès était doublé par rapport au groupe prenant un traitement continu.
Parallèlement, des interruptions courtes (quelques jours à une semaine) sont testées. Dans un essai pilote de 1999, l’équipe de Tony Fauci, le respecté directeur des Instituts américains des allergies et des maladies infectieuses (NIAID), teste, sur 9 volontaires, un protocole qui parait fou aujourd’hui. Des interruptions de 7 jours, soit un traitement antirétroviral une semaine sur deux. "Des allumés, pour tenter ça, surtout en 1999 !", lâche Jacques Leibowitch. En 2004, la même équipe complète ses premières observations avec un nouvel essai pilote de traitement une semaine sur deux : le virus reste sous contrôle chez sept personnes sur huit. Puis ce fût l'essai FOTO (Five days On, Two days Off) dans lequel 26 personnes ont pris leurs trithérapies cinq jours sur sept pendant un an. Résultat : à la 48e semaine, un virus 23 fois sous contrôle sur 26 personnes. Enfin, en 2008, le NIAID avait annoncé un essai de traitement à quatre jours par semaine pour des adolescents séropositifs. Resté sans suite.

C’est un schéma similaire que Jacques Leibowitch, sur la base des observations qu’il a publiées dans la revue "FASEB" début 2010, veut tester dans le projet Iccarre. Aujourd'hui, la puissance des molécules antirétrovirales disponibles, le meilleur recul sur leur utilisation et la distinction de plus en plus couramment faite entre traitement d’attaque (ou d’induction), au début du traitement, quand la charge virale est élevée, et traitement de suite (ou de maintenance), quand la charge virale est contrôlée depuis au moins six mois, relancent l’intérêt sur des stratégies d’allègement de prises. Lesquelles sont d’autant plus d’actualité que les pistes de traitement curatif, permettant une guérison, sont encore bien lointaines. Il faudra vivre encore longtemps avec un traitement antirétroviral à vie, ce qui ne peut que susciter l’intérêt pour des traitements allégés.