Dimanche : tempête de neige et avalanche d’infos sur Boston

Publié par Renaud Persiaux le 28.02.2011
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présentationCroi 2011ouverture
Chaque jour, Emmanuel et Renaud, nos envoyés spéciaux, nous font vivre la CROI 2011 de l’intérieur. La plus importante conférence scientifique et médicale internationale sur le VIH a officiellement démarré hier : un dimanche. Depuis Boston, Renaud revient sur cette première journée marquée par une tempête de neige et une avalanche d’infos.
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Dimanche matin, lever à cinq heures. L’avantage du décalage horaire, c’est que même les lève-tard parviennent à arriver à temps pour les sessions qui démarrent à neuf heures. Cinq heures, c’est même un peu tôt pour le petit déjeuner qui ne démarre qu’à sept. Volets ouverts : une pensée pour Hicham qui posait l’an dernier, à San Francisco, avec des lunettes de soleil. Ici, ce serait plutôt avec le kit complet, écharpe, bonnet et mitaines. Il neige à gros flocons, mais je n’ai prévu qu’un mince chèche. Après trois cafés, un bagel saumon wasabi et un smoothie (glacé, ce que je n’avais pas prévu, recherchant un plein de vitamines), en route pour le Hynes Convention Center. Le dimanche de la CROI, depuis quelques années, est consacré à des ateliers du comité du programme destinés principalement aux jeunes chercheurs et aux apprentis.

Tous les champs du VIH
C’était dans mes plaquettes, et une clinicienne croisée dans le hall de l’hôtel, confirme que c’est à ne pas manquer. Alléchante présentation des sessions avec les résultats les plus remarquables, en proposant un "état de l’art" (car la médecine est un art, pas une science), c'est-à-dire une synthèse de nos connaissances et de notre ignorance, et en déterminant les grandes priorités des futures recherches. Malgré les talents variables des orateurs, le tableau dressé est passionnant, car il couvre l’ensemble des champs. Nouveaux concepts de la virologie fondamentale : cibler les interactions entre le VIH et nos cellules, pour empêcher le virus de détourner notre machinerie cellulaire. Comparaison de l’immunité et des mécanismes de la progression vers le sida (pathogénèse) chez le modèle singe et chez l’humain. Origine des problèmes neurologiques associés au VIH et aux antirétroviraux. Nouvelles stratégies de prévention, allant des préservatifs aux PrEP (prophylaxie pré-exposition orale et vaginale), en passant par la circoncision. Avancées dans le traitement de l’hépatite C. Etats et défis de l’accès aux traitements anti-VIH et soins dans les pays du Sud. Complications des antirétroviraux et du VIH. Cancers. Et pour finir, implication des communautés dans le passage de la recherche à la mise en œuvre des programmes de prévention et de soins.

Trop de choix tue le choix
Résultat : immanquablement, on a envie de tout faire, et d’assister à toutes les sessions. L’enthousiasme nous prend. Mais un rapide coupe d’œil sur le programme fait déchanter. Toutes les deux heures, quatre à cinq sessions se déroulent en parallèle. Alors, il va falloir choisir entre les interactions cellules-virus et les autres approches thérapeutiques innovantes (lundi matin), les résultats détaillés d’Iprex (un essai sur le traitement avant exposition à un risque chez les hommes gays et bisexuels) et les complications du VIH (mardi matin), les obstacles à l’éradication et l’épidémie de sida dans 30 ans (mercredi soir). Emmanuel [secrétaire permanent de  la Coalition PLUS, dont AIDES est membre] se consacrera plutôt au Sud. Après la pause déjeuner - une soupe au homard à 10 dollars (vive Boston !) avalée en 20 minutes, le nez sur le programme - direction les ateliers de méthodologie. Je ne cède pas à la tentation des "frontières dans les sciences de laboratoire", séance d’information sur les techniques innovantes (notamment des techniques d’imagerie, paraît-il saisissantes, car elles permettent de visualiser un à un les virus ou les cellules immunitaires) et sur ce qu’elles permettent comme avancées dans la recherche contre le VIH (par exemple, une compréhension ultra fine des mécanismes).

Break méthodo
Je me dirige donc dans la salle adjacente, pour l’atelier sur la conception et l’interprétation des essais cliniques, avec détail de leurs objectifs et de leurs limites. Pointu. Quelles sont les différences méthodologiques entre les essais de supériorité (qui comparent le traitement à un placebo, c'est-à-dire à un produit ne contenant aucune substance active) et de non infériorité (qui font la comparaison à une molécule de référence, et qui représentent la majorité des essais actuels sur les antirétroviraux). Comment interpréter leurs résultats ? Difficile de ne pas s’y perdre entre les différentes analyses, en intention de traiter, en intention de traiter modifiée, ou par protocole... La question qui me taraude est la suivante : que choisir quand on regarde les résultats ? hélas, pas de solution toute faite, ce qui ne facilite pas la vie du journaliste chargé de diffuser les résultats, en faisant son possible pour éviter les effets d’annonces et ne pas sur-interpréter les données. D'autant que certains chercheurs ont parfois tendance à survendre l’importance de leurs résultats... et que les équipes concurrentes qu’on interroge pour avis peuvent se révêler peu honnêtes dans leurs commentaires...

987 présentations et posters
17 heures, cérémonie d’ouverture. John Coffin, le président local de cette CROI 2011 (il est né à Boston et y travaille, à l'Université Tuft),  annonce les chiffres de la cuvée 2011. 4 300 participants de 76 pays. 44 % de participants internationaux (dans le langage de la très américaine CROI, ça veut dire ne venant pas des Etats-Unis). La CROI 2011, c’est aussi 987 posters et abstracts, avec un taux de sélection d’environ 50 %. Et 100 journalistes inscrits (dont seulement huit Français, essentiellement de médias communautaires). 36 présentations ont été sélectionnées en "late-breaker" (c'est-à-dire, dans une traduction toute personnelle : "les résultats de dernière minute, mais qui cassent la baraque"). 180 équipes avaient tenté leur chance pour cette sélection, la plus prestigieuse.

Très anglo-saxonne
Double plénière, ce soir. Décevante. La première présentation, intitulée "Virus et micro-ARN " (ce sont de tout petits ARN de moins de 22 paires de bases - les fameux "A", "T", "C" et "G" - qui régulent la transcription des gènes) a passablement énervé quelques spécialistes français. Trop déconnectée du VIH. L’orateur, qui ne travaille pas dans le domaine, n’a pas su montrer ce que les microARN pouvaient apporter comme pistes thérapeutiques. Et ce, alors que des chercheurs, souvent français, ont publié des articles reconnus sur la question, présentés à la Conférence de Vienne lors des ateliers "réservoirs du VIH" (car il s’agit bien d’espérer vider ces cellules dans lesquelles le virus intègre ses gènes). Ces travaux, qui ouvrent des perspectives intéressantes, n’ont même pas été cités. Mais la CROI, c’est vrai, est une conférence très anglo-saxonne.
Ce que souligne aussi la deuxième présentation, sur la prévention et le traitement du VIH au Malawi. "C’est bien d’avoir inscrit le Malawi en plénière, mais pourquoi être allé chercher un homme blanc de l’Université de Londres ? Comme s’il n’y avait personne au Malawi capable de parler à la CROI !", me souffle Emmanuel.
Après l’entrée en matière, demain on passe aux choses sérieuses, avec les premiers résultats.

Commentaires

Portrait de sonia

Renaud-seronet wrote:

 une pensée pour Hicham qui posait l’an dernier, à San Francisco, avec des lunettes de soleil. Ici, ce serait plutôt avec le kit complet, écharpe, bonnet et mitaines.>

 

Justement je me demandais où était passé Hicham M'Ghafri, le référent thérapeutique de Aides.

J'espère qu'il ne lui est rien arrivé de fâcheux, si vous pouviez me donner de ses nouvelles en France, je vous en saurais reconnaissante merci mister Renaud !

Renaud-seronet wrote:
C’est bien d’avoir inscrit le Malawi en plénière, mais pourquoi être allé chercher un homme blanc de l’Université de Londres ? Comme s’il n’y avait personne au Malawi capable de parler à la CROI , me souffle Emmanuel

Et ben, on en apprend de belles à cette Croi ! mais encore mister Renard ?

Portrait de arbre de la paix

pour cette info en continue sur les dernière avancée en matière de lutte contre le vih, nous sommes tous concernés et c'est réconfortant de sentir que des progrès sont on marche pour améliorer la vie des patients, je nous souhaite pour les années à venir à tous un super traitement définitif et qui viendrait à bout de ce virus, en attendant, au plaisir de vous lire.