Drogues : la légalisation fait salon

Publié par jfl-seronet le 16.11.2011
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Il y a quelques semaines, se tenait à Paris, à l’initiative de AIDES, d’Asud et de la Fédération Addiction un salon littéraire inédit réunissant des auteurs qui dénoncent la prohibition des drogues. Parmi eux des écrivains, des chercheurs, des sociologues, des militants et des personnalités politiques engagés dans ce combat contre la prohibition au niveau national et parfois international. Seronet y était.
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Ecrivains, chercheurs, militants, personnalités politiques engagés dans ce combat contre la prohibition au niveau national et parfois international, les associations organisatrices ont réuni le 23 septembre dernier un beau casting avec des personnalités qui comptent. C’est le cas de Ruth Dreiffuss, ancienne Présidente de la Suisse, ancienne conseillère fédérale de l’Intérieur, poste auquel elle a conduit la réforme de la politique suisse des drogues (elle est parfois connue sous le nom de réforme des quatre piliers). Si l‘ancienne présidente suisse est venue, ce n’est pourtant pas pour revenir sur ses lauriers, mais pour présenter la version française d’un très important document dont elle est une des contributrices : le "Rapport de la Global commission on drug policy", autrement dit le "Rapport de la commission mondiale pour la politique des drogues". Le document est sorti en juin 2011, il est le fruit d’un travail collectif associant de grandes personnalités comme l’ancien président du Mexique, Ernesto Zedillo, l’ancien secrétaire général de l’ONU Kofi Annan, l’actuel directeur du Fonds mondial de lutte contre le sida, Michel Kazatchkine, Ruth Dreifuss donc et des écrivains comme Carlos Fuentes, Mario Vargas Llosa, etc. Au total dix-neuf personnalités ont travaillé, de leur propre chef, à ce document. C’est un document, historique à bien des égards qui avance que la "guerre mondiale à la drogue a échoué" et propose, rien moins, qu’un changement de paradigme. Plusieurs principes guident ce rapport, comme l’a expliqué Ruth Dreifuss lors de sa présentation. Le premier est de "mettre un terme à la criminalisation, à la marginalisation et à la stigmatisation des consommateurs de drogues qui ne causent pas de préjudice à autrui". Le deuxième vise à "encourager l’expérimentation par les gouvernements de modèles de régulation légale des drogues, de manière à réduire le pouvoir du crime organisé et à protéger la santé et la sécurité de leurs citoyens". Pour les auteurs du rapport, cette recommandation s’applique tout particulièrement au cannabis. Concernant les autres drogues, les auteurs encouragent "d’autres expériences en matière de dépénalisation et de réglementation capables d’atteindre les mêmes objectifs". Autre point important, la recommandation d’"offrir des prestations de santé et des traitements à qui en ont besoin. Garantir la mise à disposition de traitements variés, notamment la méthadone et la buprénorphine, mais aussi des programmes de prescription médicalisée d’héroïne comme ceux qui ont été couronnés de succès dans bon nombre de pays européens et au Canada".
Le Rapport recommande aussi de "mettre en œuvre l’échange de seringues et les autres mesures de réduction des risques qui se sont révélées efficaces sur la transmission du VIH". Autre point, le respect des droits des personnes qui font usage de drogues…  
Mises bout à bout, ces mesures visent à "remplacer les politiques et les stratégies en matière de drogue, motivées par l’idéologie et l’intérêt politique, par des politiques et des stratégies fiscalement responsables, fondées sur la science, la santé, la sécurité et les droits de l’homme ; adopter des critères appropriés pour cette évaluation". Assez clairement, le document se prononce pour des politiques concernant les drogues qui soient donc fondées sur des preuves empiriques et scientifiques incontestables. "Le succès devrait principalement être mesuré en termes de réductions des risques pour la santé, de sécurité, de bien-être des personnes et de la société". Autre principe qu’a rappelé Ruth Dreifuss, c’est que les politiques "soient fondées sur les droits de l’homme et la santé publique". "Nous devrions cesser la stigmatisation et la marginalisation des personnes qui consomment des drogues", indique le rapport qui l’envisage également pour les personnes "impliquées aux niveaux inférieurs de la production et de la distribution". Le grand message est qu’il faut traiter les personnes dépendantes comme des patients, non pas comme des criminels."
Le grand intérêt du document est d’associer des politiques qui "réduisent réellement la consommation et qui préviennent ou réduisent les risques liés à la consommation des drogues et aux politiques anti-drogues", à une volonté de "remplacer la criminalisation et la pénalisation des usagers de drogues par des services de soins et de prise en charge pour ceux qui en ont besoin". Il est aussi de rappeler que la "décriminalisation n’entraîne pas d’augmentation significative de l’usage des drogues" comme le démontre les exemples du Portugal, de l’Australie et de certains Etats américains. Un des points sur lesquels Ruth Dreifuss a longuement insisté lors de sa présentation parisienne est celui de la cohérence des politiques. "Aujourd’hui, on voit bien que les politiques sont incohérentes, que les efforts des différentes acteurs se sabotent les uns, les autres… Nous devons aller dans le sens d’une plus grande collaboration, d’un meilleur équilibre des différents types d’intervention", insistait l’ancienne présidente suisse. Sa conclusion, il faut encourager l’expérimentation "par les gouvernements de modèles de régulation légale des stupéfiants (par exemple le cannabis) conçus pour contrecarrer le pouvoir du crime organisé et protéger la santé et la sécurité de leurs citoyens".

Commentaires

Portrait de frabro

L'Office Européen des Drogues et des Toxicomanies vient de rendre son rapport 2011, dans lequel il explique que les fabricants de produits euphorisants "légaux" vont toujours plus vite que les politiques de lutte contre la drogue.

Voici la conclusion de l'article du Quotidien du Médecin du 15/11 : "D’une manière générale, l’OEDT constate que la polyconsommation de drogues licites et illicites est devenue le mode de consommation dominant en Europe. Or, « un cadre politique global sur la consommation de substance psychoactives fait toujours défaut dans la plupart des États membres », note l’observatoire." L'article est accessible là :

http://www.lequotidiendumedecin.fr/information/la-polyconsommation-de-dr...

Il parait évident qu'un changement global de politique concerté de manière européenne, voir internationale est plus que jamais nécessaire en remplacement des politiques désordonnées de gouvernements nationaux impuissants.

Portrait de Ouhlàlà