Drogues : Noël Mamère, "nous réclamons depuis longtemps l’abrogation de la loi de 1970"

Publié par jfl-seronet le 23.06.2012
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Réélu dès le premier tour des législatives dans la 3ème circonscription de Gironde avec 51,98 % des voix, Noël Mamère était l’un des intervenants politiques du débat-citoyen proposé, fin mai, par AIDES dans la capitale girondine sur les drogues et la loi de 70. Dépénalisation, légalisation, le député Europe Ecologie Les Verts répond en exclusivité à Seronet.
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En matière d’usage de drogues, de prévention, de réduction des risques, quelle est votre position ?
Les Verts ont depuis longtemps arrêté leur position sur ces sujets de la prévention de la toxicomanie et de la lutte contre les drogues. Cela consiste en une politique qui est fondée sur l’humanisme et la prévention. Et donc nous réclamons depuis longtemps l’abrogation de la loi de 1970 qui montre son inefficacité et qui renforce encore davantage le côté sécuritaire. Cette loi de 70 a montré ses limites. Il y a des expériences qui sont aujourd’hui conduites à l’étranger, je pense en particulier à ce qui se passe aux Pays-Bas, en Suisse ou dans d’autres pays sur les salles de consommation avec une surveillance sanitaire. C’est vers ces orientations-là qu’il faut aller maintenant. Il faut  provoquer une forme de changement radical dans la  politique des drogues actuellement conduite en France. Cette politique est l’une des plus archaïques, des plus répressives… Elle conduit à l’enfermement qui est absolument inutile. Un enfermement dont les gens ressortent encore plus détruits que lorsqu’ils y sont entrés. Cette politique permet aussi aux mafias de se développer parce qu’aussi longtemps qu’on poursuit les consommateurs, c’est autant de moyens en moins pour lutter contre les mafias. J’en parle avec d’autant plus de force que j’étais candidat des Verts à l’élection présidentielle en 2002. Et que j’étais le premier et le seul à l’époque à demander la légalisation contrôlée du cannabis… qui n’a rien à voir avec la dépénalisation puisque la dépénalisation dépénalise la consommation, mais laisse le champ libre aux dealers. J’ai constaté avec un assez grand plaisir que monsieur Daniel Vaillant [député PS de Paris, ndlr] qui avait été ministre de l’Intérieur demandait la même chose et que cette idée ne paraît plus incongrue. Il faut aller vers ça.
 
AIDES défend l’innovation en matière de réduction des risques pour les personnes consommatrices, notamment la création de salles d’injection supervisée, de programmes d’échanges de seringues dans les prisons, etc. Qu’en pensez-vous ?
C’est ce que je vous ai expliqué, les salles d’injection supervisée existent dans des pays comme la Suisse et ailleurs… Il faut copier ce modèle qui marche plutôt bien. Evidemment sur la question de l’échange de seringues en prisons, il faut avancer. Cela doit passer par un texte de loi et plus largement cela passe par une politique de santé publique. Nous considérons que la question des drogues et des toxicomanies est une question de santé publique. Ce n’est pas une question qui doit être traitée par le ministère de la Justice ni celui de l’Intérieur.
 

Est-ce un sujet que vous avez abordé dans le cadre de votre campagne législative ? Les électeurs vous en parlent-ils ?
Non, les électeurs en parlent peu. Vous savez les électeurs sont surtout concernés par leurs jardins, leurs trottoirs… ce qui n’a absolument rien à voir avec une campagne législative. Quand c’est abordé, c’est le plus souvent à mon initiative. Pour leur montrer, par exemple lorsqu’ils rencontrent des problèmes avec leurs enfants, que c’est au député qui construit l’Etat de droit, qui vote les lois, d’adopter des lois qui permettront à leurs enfants de s’en sortir plutôt que d’être considérés comme de dangereux délinquants parce qu’ils consomment de la drogue.
 
Il y a une instance qui est en attente d’un nouveau président, c’est la MILDT (mission interministérielle de lutte contre les drogues et la toxicomanie). Cette structure officielle dépend désormais des attributions de la ministre (Europe Ecologie Les Verts) Cécile Duflot. Pour vous quel doit être le profil du futur président ou de la future présidente de la MILDT ?
Je vois le profil de quelqu’un qui vous ressemble ou qui me ressemblerait. C’est-à-dire quelqu’un qui considère que la question des drogues c’est une question de prévention des risques. On informe sur les risques que l’on court, on encadre et on accompagne.

Cette interview a été réalisée lors du débat citoyen organisé par AIDES le 31 mai dernier à Bordeaux sur le thème : "Punir… ou protéger les usagers de drogues ?" Remerciements aux militants de AIDES en Gironde pour avoir permis la réalisation de cette interview.