Droits des femmes : "troisième génération" !

Publié par jfl-seronet le 20.12.2012
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Droit et socialfemmesparité

Le gouvernement s’est réuni vendredi 30 novembre dans le cadre d'un comité interministériel aux droits des femmes, le premier du genre depuis 12 ans, afin de plancher sur l'égalité entre les deux sexes et proposer des mesures.

"Mon gouvernement est d'ores et déjà engagé, les ministres sont toutes et tous mobilisés, car comme moi ils sont convaincus que l'égalité femmes-hommes est un levier indispensable du redressement de notre pays", avait assuré Jean-Marc Ayrault, début novembre, en introduisant les contributions des membres du gouvernement, disponibles sur un site dédié. "Notre engagement est total", martèle notamment le Premier ministre dans sa propre contribution. L'entourage de la ministre aux Droits des femmes n'hésite pas à parler de "mini-révolution" à cette occasion. Il annonce même "l'avènement de la troisième génération des droits des femmes" : après le vote, l'accès à la contraception et l'IVG, un projet de loi "globale" sur l'égalité hommes-femmes doit en effet être présenté courant 2013. 

3ème génération

Cette "troisième génération" des droits des femmes, la ministre des Droits des femmes l’a reprise à son compte. "La troisième génération, c'est celle de l'égalité réelle", a déclaré la ministre des Droits des femmes sur Europe-1 le 30 novembre. "On est en 2012, on regarde les chiffres, tout est inscrit dans la loi et pourtant les inégalités sont bel et bien là. On est très loin du compte", a déploré Najat Vallaud-Belkacem. "L'égalité réelle, c'est une génération dans laquelle on va regarder pourquoi les lois ne s'appliquent pas, on rentre dans le dur des choses. On comprend très vite que les lois ne s'appliquent pas parce que on a eu beau adopter des textes on n'a pas suffisamment travaillé sur les mentalités", a expliqué la porte-parole du gouvernement. "Ce qui est a la racine des inégalités, c'est un certain nombre de stéréotypes, de constructions qui enferment chaque sexe dans un rôle préétabli", a-t-elle poursuivi. Afin de lutter contre ces inégalités, un enseignement à l'égalité entre les filles et les garçons va être mis en place "dès la dernière section de maternelle jusqu'à la fin de la primaire". Cela doit être mis en œuvre dans cinq académies différentes à titre expérimental dans les mois à venir, "puis généralisé l'année suivante", a déclaré la ministre. 

Egalité hommes-femmes : un arsenal de mesures

Le plan doit s'articuler autour de trois piliers : la lutte contre les violences, la lutte contre le sexisme ordinaire et le changement de la vie quotidienne des femmes. Certaines mesures sont déjà connues comme une "loi cadre" pour lutter contre les violences faites aux femmes, avant l'été 2013. Un Observatoire national de la violence sera créé, les téléphones portables d'urgence remis aux victimes seront généralisés et leur accompagnement sera amélioré. Le plan prévoit "la transmission systématique aux Parquets des copies des mains courantes faisant état de violences faites aux femmes".


On l’a vu un important travail de changement de mentalités sera fait dans le cadre de l’éducation. Le troisième volet du plan vise à améliorer la vie des femmes "au quotidien", en favorisant notamment l'égalité salariale et en luttant contre le temps partiel subi.

Le gouvernement entend aussi "renforcer la lutte contre les mariages forcés et la polygamie". 

D'ici au premier trimestre 2013, de nouveaux principes de nomination seront par ailleurs proposés pour assurer "une représentation équilibré, si ce n'est paritaire dans les grandes instances de la République". Le Premier ministre a annoncé qu'un Haut conseil à l'égalité entre les femmes et les hommes serait institué, avec pour mission d'évaluer l'application des lois en matière d'égalité. Sur le plan international, il est aussi prévu d"'initier une véritable diplomatie des droits des femmes". La France accueillera en 2013 le sommet des ministres des Droits des femmes de l'Union pour la Méditerranée. Un projet de loi sur les droits des femmes sera présenté par le gouvernement au printemps 2013. Le texte reprendra notamment les mesures législatives du plan pour les femmes victimes de violence et les conclusions de la négociation en cours des partenaires sociaux sur l'égalité professionnelle. 

Des contributions tous domaines

Par ailleurs, signalons que le site du ministère des Droits des femmes propose (   ) une synthèse des contributions des associations féministes, organisations non-gouvernementales ou partenaires sociaux. Plus de quarante contributions ont été adressées au ministère. Les organisations reviennent sur l’éducation à l’égalité femmes-hommes à tous les âges, l’égalité professionnelle, l’accès des femmes aux responsabilités, la lutte contre les violences, le droit à disposer de son corps et santé des femmes, une diplomatie des droits des femmes. AIDES a notamment contribué à ce travail.

Les points forts de la contribution de AIDES

"Prendre en compte les inégalités sociales, biologiques et de genre dans la lutte contre le VIH/sida, les infections sexuellement transmissibles (IST), les hépatites virales chez les femmes", c’est sur ce thème qu’a planché AIDES. L’association fait un ensemble de recommandations. "Pour arrêter le VIH, les IST et les hépatites virales chez les femmes, les principaux enjeux actuels sont de :

1. Lutter contre les inégalités de genre : les femmes sont exposées à des risques accrus de contamination à la fois pour des raisons biologiques et pour des raisons socio-économiques et culturelles (moindre maîtrise de leur prévention, rapport inégalitaire à la sexualité, précarité accrue, violences, etc.) et parce qu’elles sont femmes, les femmes séropositives sont plus nombreuses à vivre des situations de stigmatisation et de discrimination liées à leur statut sérologique.

2.
Permettre aux femmes d’avoir la maîtrise de leur prévention en développant des outils de prévention et de réductions des risques adaptés (préservatifs féminins, microbicides, prophylaxie pré-exposition (PrEP), favoriser l’accès des femmes consommatrices de produits psycho-actifs à leur propre matériel de consommation, etc.)

3. Prendre en compte les spécificités des femmes séropositives dans la prise en charge médicale (prise en compte des effets indésirables des traitements et de leur impact sur la qualité de vie, meilleur accès au suivi gynécologique, prise en compte du désir (ou non désir) d’enfants, de l’impact du VIH sur la sexualité, etc.) : leur parole et leurs besoins doivent être entendus dans l’ensemble des instances de démocratie sanitaire et sociale (COREVIH, CRS, etc.).

4. Exiger une meilleure représentativité des femmes dans la recherche médicale (pré et post autorisation de mise sur le marché /AMM) afin que les traitements développés soient mieux adaptés et mieux tolérés par celles-ci. Pour cela, il est nécessaire de réfléchir aux moyens concrets de répondre aux besoins des femmes pour mieux intégrer les essais cliniques, les phases pré-AMM du développement clinique, et d’initier de véritables études post-AMM correspondant aux besoins des populations prenant effectivement les médicaments développés chez d’autres.

5. Mieux comprendre et connaître l’épidémie chez les femmes jeunes de moins de 25 ans car elles sont nettement plus touchées par le VIH que les hommes du même âge (recours supérieur au dépistage ?)

Ces orientations comme celles qui concernent, plus globalement, la santé sexuelle et la santé au sens large des publics, communautés, personnes les plus exposées aux risques, passent par une évolution des dispositifs de prévention, de soin, d'accompagnement, de recherche. L'effectivité de l'égalité des droits demande une adaptation des moyens aux situations et besoins spécifiques. Il s'agit notamment de :
- Rapprocher la prévention et le soin des femmes les plus exposées, en proximité de leurs lieux de vie (aller vers, "reaching out") : un dispositif uniquement basé sur une offre fixe "sélectionne" trop les personnes.
- Améliorer la prise en compte des besoins et situations des femmes dans l'organisation et le contenu de l'offre de prévention et de soins qui gagneront à être envisagées de manière globale, à partir de leurs besoins spécifiques.
Renforcer (et si besoin créer) une synergie, une collaboration entre les différents intervenants dans le champ de la santé sexuelle.
- Veiller à ce que les femmes soient effectivement parties prenantes des décisions les concernant, notamment par leur présence dans les lieux de concertation, en favorisantl'expression de leurs besoins et leur évaluation des prestations proposées.


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