Durban 2016 : des rencontres au Global village

3 890 lectures
Notez l'article : 
0
 
ConférencesAids 2016

Le centre de la conférence Aids 2016 de Durban se composait de trois espaces : celui des salles de conférences et ateliers, celui consacré aux stands des laboratoires et aux représentations institutionnelles et le Global Village. C’est ce dernier que trois militants de AIDES, Agnès Daniel, Stéphane Calmon et Stéphan Vernhes, présents à Durban ont souhaité présenter… au gré de leurs rencontres.

Au Global Village, ce sont finalement les stands des "populations clés" qui ont retenu principalement notre attention. Notre première rencontre s’est faite sur le stand d’activistes Health through walls. Ces militants travaillent auprès des personnes détenues, dans plusieurs pays, notamment au Malawi. La principale mission des bénévoles est d’apporter quotidiennement le traitement anti-VIH à des personnes séropositives incarcérées et de dénoncer les conditions d’incarcération intolérables qui existent dans ces pays tant au niveau de la santé des personnes elles-mêmes que de leur propre sécurité. Notre deuxième rencontre a été avec Souhaila Bensaïd, présidente de l’association ATP+, l’Association tunisienne de prévention positive, créée en 2014. Elle était présente sur le stand de l’ITPC Mena. Ce collectif plaide pour l’accès aux traitements VIH comme hépatites dans le Maghreb et les pays du Moyen-Orient. Lorsqu’on discute avec Souhaila, on comprend vite la conception qu’elle a de son association. Elle voit l’ATP+ comme une "molécule dans le corps qui donne de l’énergie". Elle nous explique que c’est cette même énergie dont les militants ont besoin pour favoriser l’accès aux droits, contourner la propriété intellectuelle et ses conséquences sur l’accès aux médicaments, défendre l’égalité de genre, promouvoir la santé reproductive et travailler autour la prévention de la transmission mère/enfant.

Sur le stand des travailleurs et travailleuses du sexe, c’est une figure bien connue des activistes français que nous retrouvons : Thierry Schaffauser militant du Strass, le syndicat français du travail du sexe. Thierry nous explique que l’expertise du terrain est confirmée par la recherche qui démontre que "décriminaliser le travail du sexe réduit de 33 à 46 % les contaminations au VIH". A noter qu’en Afrique du Sud, le pays qui nous accueille, 60 % des travailleuses et travailleurs du sexe vivent avec le VIH. De surcroît, de façon complètement anachronique, c’est toujours une loi de la période de l’apartheid de 1957 qui criminalise les travailleuses et travailleurs du sexe. L’ANC, le parti au pouvoir, n’a pas abrogé ces mesures. Côté français, on constate déjà les premiers effets néfastes de la loi de 2016. Il y a deux fois plus de violences envers les travailleuses et travailleurs du sexe selon Médecins du Monde. On assiste à une baisse des prix, en particulier chez les travailleuses du sexe chinoises, due à une baisse de la clientèle qui n’est pas sans conséquences dans le pouvoir de négociation des professionnelles, notamment lorsqu’elles tentent de privilégier les rapports protégés par préservatifs.

Selon un membre du Global forum on MSM & HIV rencontré au Global Village. Il existe des disparités importantes selon les pays en Amérique du Sud en termes de dépistage : le Brésil et l’Argentine sont les plus avancés. Certains pays comme le Paraguay n’autorisent pas l’accès au préservatif pour les mineurs. La PrEP (prophylaxie pré-exposition) intéresse la communauté LGBT. Et comme en Europe, les questionnements se posent et les problématiques se font jour autour du Chemsex et du port ou non du préservatif. Dans le monde, la PrEP est disponible seulement dans six pays.

Nos pas nous ont évidemment conduits vers un de nos partenaires historiques, Nicolas Ritter, directeur de Pils, association mauritienne membre de Coalition PLUS. Nicolas a insisté sur la pertinence de ce collectif et son attachement d’en être une des composantes. Cette adhésion se concrétise sous différentes formes : outils à disposition, création de projets comme la plateforme "océan indien",  sentiment d’appartenance à un mouvement, à un réseau. Pils est très engagée en matière de réduction des risques auprès des personnes usagères de drogues.

La pertinence des autres stands était tout aussi évidente, mais le temps nous a manqué. Cela démontre la richesse et la diversité de la lutte contre le VIH/sida dans le monde.