EACS à Belgrade : des traitements d’actualité

Publié par Renaud Persiaux le 04.11.2011
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ThérapeutiquethérapeutiqueEACS 2011

L’objectif du 13e Congrès européen sur le sida (EACS) qui s’est déroulé à Belgrade, mi octobre, était de discuter des dernières avancées en termes de prise en charge médicale. Une occasion de présenter de nouveaux résultats et de faire le point sur les traitements qui font l’actualité. Seronet vous dit l’essentiel.

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Des traitements font l’actualité
La conférence de l’EACS, qui a lieu tous les deux ans, est centrée sur la prise en charge médicale des personnes vivant avec le VIH. Elle n’est traditionnellement pas l’endroit où sont révélés les scoops, mais plutôt l’occasion de faire le point sur les dernières avancées thérapeutiques et de recherches. Pas d’annonces fracassantes donc, mais quelques nouvelles données.


Ainsi, l’étude STARTMRK révèle que l’efficacité de l’anti-intégrase raltégravir (Isentress) se maintient après quatre ans chez les personnes dont c’est le premier traitement. 76% des personnes qui en recevaient avaient une charge virale  indétectable, contre 67% de celles qui prenaient de l’efavirenz (Sustiva). Une différence non significative. L’essai se poursuit un an de plus.

L’étude VIKING-2, menée sur 24 personnes, montre qu’il est plus prudent d’utiliser le dolutégravir, une anti-intégrase expérimentale, en deux prises par jour en cas de résistance au raltégravir (Isentress). C’est la dose qui est choisie pour l’étude de phase III VIKING-3. Chez les personnes n’ayant jamais pris de traitement et sans résistance au raltégravir, l’étude SPRING-2 a montré que le dolutégravir est utilisable en une prise par jour. Sa co-formulation avec Kivexa (en un comprimé par jour) est en cours d’évaluation dans une étude de phase III). Vincente Soriano (Hôpital de Madrid) a indiqué qu’un programme d’accès précoce était programmé pour le début 2012.

Déception pour l’essai ANRS Marimuno, qui évaluait l’intérêt d’une intensification du traitement antirétroviral par le maraviroc (Celsentri) pendant 24 semaines pour augmenter le nombre de CD4 chez les personnes chez lesquelles les CD4 ne remontent pas en dépit d’un contrôle du virus. Le gain n’est que d’une trentaine de CD4, et le taux revient au niveau d’origine à l’arrêt du traitement. "Le choix des 24 semaines a été conseillé par les immunologues. Si effet il devait y avoir, c’était pendant cette période", souligne l’investigateur principal Lise Cuzin (Hôpital de Purpan, Toulouse). Elle espère que des analyses supplémentaires montreront une réduction de l’activation virale. Une étude similaire (HSL/MVO1) réalisée par une équipe italienne a donné des résultats également décevants.

Enfin, une étude montre que les personnes ayant une charge virale indétectable peuvent, sans danger, "switcher" ("passer de … à …") de l’éfavirenz à la rilpivirine. Plus précisément d’Atripla à Eviplera. C’est une information importante car la rilpivirine n’a, pour l’heure, son AMM (autorisation de mise sur le marché) que pour les personnes n’ayant jamais pris de traitement et ayant moins de 100 000 copies/ml. Par ailleurs, on craignait que l’éfavirenz ne diminue les concentrations de rilpivrine de 25 % pendant 4 semaines. L’étude a été réalisée sur 50 personnes par une équipe du Community Research Initiative de Boston, dirigée par Cal Cohen.

Commentaires

Portrait de communard2011

J'avoue que je suis un peu surpris par la teneur des essais que relate l'article. Existe-t-il de nombreux séropositifs naïfs de tous traitements à qui on prescrit Isentress en première intention ? Combien ? Selon quels critères ? Associée à quelles autres molécules ? Parce qu'ls ont contracté une souche d'emblée résistante ?

C'est vrai que l'article indique que "l’étude VIKING-2 (a été) menée sur 24 personnes"... C'est un chiffre remarquable...

Portrait de Renaud Persiaux

Bonjour

Isentress a depuis la fin 2009 son autorisation de mise sur le marché chez les personnes naïves de tout traitement.

Dans l’édition 2010 du rapport d’experts français placés sous la direction du Pr Yeni, il fait partie des choix alternatifs comme premier traitement, en association à Truvada. Sa prescription n’est donc pas nécessairement reliée à un problème de transmission de souche résistante. Selon les données communiquées par MSD, Isentress est désormais prescrit à 15 % des personnes séropositives traitées.

Par ailleurs, l’étude de phase II VIKING-2 est en effet menée sur un faible nombre de personnes. Il s’agissait d’une détermination de dose optimale chez des personnes dont le virus est multi-résistant, y compris au traitement récent qu’est Isentress . Comme indiquée, elle sera suivie d'une étude comportant un nombre plus important de personnes.

Cordialement,

Renaud